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N° 370 - du 18 décembre 2014 au 7 janvier 2015

Ceci est le dernier numéro de 2014. Notre prochain numéro paraîtra le 8 janvier 2015. JOYEUX NOËL ET BONNE ANNÉE !



Shirley, Visions of Reality par Gustav Deutsch, avec Stephanie Cumming et Christoph Bach.

L'AIR DU TEMPS

Des livres et des films pour enterrer 2014

Noël, période de bilan mais aussi de temps libre : l’occasion de lire et d’aller au cinéma. Si notre sélection est marquée par une forte personnalisation, c’est que le biopic est à la mode. Dans l’édition, les monographies d’artistes sont pour l’essentiel des catalogues accompagnant une exposition rétrospective. Les ouvrages capables de s’affranchir de ce lien, comme le Goya d’Hoffman, sont une rareté courageuse à défendre. Au cinéma, la starisation encore plus poussée réserve les films biographiques aux grands maîtres, pourvu que leur vie ait un côté dramatique. On se souvient des Van Gogh de Minnelli et Pialat, du Pollock de Schnabel, du Frida Kahlo de Taymor, où la belle Salma Hayek incarnait sa compatriote mexicaine, des plus confidentiels Rembrandt de Matton et Artemisia de Merlet. Après une année 2014 marquée par Turner et Hopper, on attend pour 2015 la diffusion européenne du film d’Emma Thompson et Richard Laxton sur la scandaleuse Effie Gray, qui fut l’épouse de John Ruskin et l’amante de Rossetti. Et, peut-être, le Picasso habité par Antonio Banderas que tourne Carlos Saura sous le titre 33 jours. Une affiche alléchante, mettant en scène la passion de l’Andalou pour Dora Maar, mais un vrai risque. Est-il possible de restituer une tranche de vie romanesque tout en évoquant un univers aussi complexe de formes et de couleurs ?

LIVRES

Goya de sang et d’or

Artiste torturé, Goya a aussi bien immortalisé la famille royale espagnole qu’il est allé à l’encontre des bonnes mœurs du temps en produisant une Maja nue qui fit frissonner les derniers inquisiteurs… Pourtant détracteur impitoyable des Français lors de l’invasion de l’Espagne (avec son célèbre Dos de Mayo), Goya s’éteindra à Bordeaux, aigri, seul et sourd… Ce personnage hors norme méritait une biographie enlevée et lyrique. C’est le cas sous la plume de feu le directeur de la Kunsthalle de Hambourg, qui détaille sa peinture de chevalet, ses fresques (par exemple dans l’église San Antonio de la Florida à Madrid) et ses gravures, souvent cauchemardesques, reflet allégorique des mœurs du temps.
Goya, par Werner Hofmann, éditions Hazan, 2014, 336 p., 79 €.

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Baccarat XXL

A l’Exposition universelle de Paris, en 1878, Baccarat présente un temple de cristal de 4,70 m de hauteur. En 1896, un tiers des deux mille ouvriers sont employés à plein temps pour répondre aux commandes russes : le service du tsar, le candélabre de la tsarine, les verres armoriés du prince Demidoff… En 1925, à l’Exposition internationale des Arts décoratifs, le lustre Jets d’eau, aux 156 lumières, captive les visiteurs. Quant au service Harcourt, dont on produit encore dix mille verres par an, il n’a pas cessé d’être manufacturé depuis… 1841. L’histoire de la cristallerie lorraine, qui fête ses 250 ans avec une belle exposition au Petit Palais (jusqu’au 4 janvier 2015), est pleine de ces chiffres démesurés. Le livre qui l’accompagne a donc choisi d’être hors norme : un format de 38 centimètres, et une mise en page qui ressuscite l’esprit des catalogues commerciaux d’autrefois : du luxe avant toute chose…
Baccarat, la légende du cristal, Paris Musées, 2014, 128 p., 35 €.

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Un autre 14-18

En fin de cette année du souvenir, une overdose de 14-18 ? Peut-être mais, comme le rappelle David Van Reybrouck, on dispose paradoxalement d’assez peu d’images du conflit. Dans le cas de la Belgique, l’iconographie est plus riche sur le Congo de 1895 que sur les offensives en Flandre occidentale. Une explication : dans des conditions difficiles, les photographes récupéraient systématiquement le collodion de leur plaque pour en réaliser de nouvelles. D’innombrables originaux ont ainsi été perdus. Ce livre, fruit d’une sélection serrée par Carl de Keyser (lui-même photographe) montre que l’on peut encore découvrir des scènes inattendues : ces villes belges vidées de leur population à la demande des historiens d’art allemands pour en tirer des vues d’architecture… Ces clichés d’identité judiciaire des 23 jeunes Belges tués le 6 août 1914 à Vottem… Ces autochromes de Léon Gimpel montrant des enfants jouant à la guerre, rue Greneta… Ces images d’Isodore Aubert montrant les usines d’armement de Lyon, où les femmes manient le chalumeau pour produire des obus de 75… Cent ans plus tard, Van Reybrouck pose une question dérangeante : l’actuel taux de suicide en Flandre occidentale, double de la moyenne européenne, est-il une séquelle de 14-18 dans une région ravagée par la guerre ?
1914-1918, La guerre en images, par Carl de Keyzer et David Van Reybrouck, Mardaga, 2014, 45 €.

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Fenêtre sur cour parisienne

Nous avons tous une âme de voyeur : qui n’a scruté les mouvements du voisin dans son appartement éclairé la nuit ? Gael Albert Halaban assouvit notre curiosité dans le décor urbain de Paris, qui n’a jamais semblé aussi scénographique. Des tranches de vie – couples en train de dîner, femme sortant de sa douche ou repassant, hommes lisant, jeune fille jouant de la clarinette – cela pourrait être vous, cela pourrait être nous ! Et l’on se prend à étudier de près ces clichés. Allons-nous reconnaître un proche, un café favori, une star chez elle ? N’obéissant à aucun classement (ni par heure de prise de vue, ni par arrondissement, ni par rue), ces instantanés, ces moments d’intimité volés rue de l’Ourcq, place des Vosges ou passage du Désir vont sans doute susciter une forte activité judiciaire… Non, en réalité, car il s’agit de scènes consenties. Et même plus : réfléchies, construites, posées. Le naturel est parfois le fruit d’une longue préparation !
Vis à vis, par Gail Albert Halaban, La Martinière, 2014, 128 p., 55 €.

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FILMS

Hopper prend vie

Le genre des tableaux vivants n’a rien de nouveau mais il atteint ici à une sorte de perfection. Le fil conducteur est ténu – un demi-siècle de vie des Etats-Unis, à travers le monologue d’une femme actrice, en 13 étapes scandées par les bulletins grésillants des radios de l’époque. L’actrice sort à chaque fois d’un tableau d’Edward Hopper d’une manière surprenante – le jeu des couleurs et des lumières est d’une impressionnante justesse. Cette recherche fut l’occasion pour le réalisateur de tordre le cou à un mythe : la peinture de Hopper n’est pas réaliste. Ses pièces n’ont pas d’angle droit, ses fauteuils sont trop étroits pour s’y asseoir, ses lits font trois mètres de long… C’est plutôt une illusion de la réalité, dans une incommunicabilité oppressante, que rend bien le film. Hopper, au fond, est plus proche de Platon et de Calderón de La Barca (La vie est un songe) que de la photo documentaire.
Shirley, Visions of Reality par Gustav Deutsch, avec Stephanie Cumming et Christoph Bach.

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Turner, Mr Bourru

Une bouille incroyable, qui grogne, éructe et grommelle. Des grimaces et des rires tonitruants. Un égoïste, insensible au destin de ses deux filles, mais attaché à son vieux père. Un passionné, qui passe de longues saisons à Margate, au bord de la mer, et se fait ligoter au mât du navire pour sentir la tempête dans sa chair. Un sceptique toujours intéressé par la nouveauté – notamment l’énergie de la vapeur. Le portrait de Turner que dégage le film de Mike Leigh est impressionniste – une approche par petites touches - mais laisse comme un goût d’inachevé. Si le caractère de l’homme est bien cerné – reposant sur la performance et le physique de son acteur fétiche, Timothy Spall – on aurait aimé en savoir plus sur sa technique. Hormis quelques scènes d’anthologie à la Royal Academy (la rivalité avec Constable, l’achèvement homérique d’un tableau à grands coups de brosse et de crachats), le grand rénovateur de la peinture anglaise du XIXe siècle reste un vrai mystère.
Mr. Turner par Mike Leigh, avec Timothy Spall, Dorothy Atkinson, Marion Bailey, Paul Jesson.

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