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N° 381 - du 19 mars 2015 au 25 mars 2015

L'AIR DU TEMPS

Contre le terrorisme, Bonnard…

PARIS - En parler ou pas ? Il est évidemment légitime de pleurer les morts de l'attaque au musée du Bardo à Tunis et de compatir avec les familles des victimes. Tout en étant conscient que cet écho médiatique, et le sentiment de panique et d’impuissance qui l'accompagne, sont précisément les buts recherchés par les terroristes… Comme on l'a déjà vu en d'autres occasions, la transparence et la liberté d'information des démocraties occidentales deviennent des armes à double tranchant. Face à ces frappes aveugles et nihilistes qui rappellent le «¡Viva la muerte!» de la Légion espagnole de Millán Astray, pourquoi ne pas chercher un réconfort spirituel du côté de Bonnard ? Avec ses lumières, ses arbres en fleurs et ses idylliques scènes de famille, son monde semble un rêve plus fragile que jamais - et en même temps un salutaire antidote à la barbarie. La rétrospective d’Orsay est centrée sur son jardin secret : ses intérieurs, notamment la salle de bains qui constitue un univers à soi, ou la salle à manger, qu’il sait transfigurer en symphonie décorative. Un coin de table avec quelques reliefs, une fenêtre ouvrant sur un arbre, une enfilade avec deux portes, du papier peint rayé et une baignoire deviennent des thèmes universels et vibrants de couleur. Si les trois grands panneaux décoratifs commandés par le collectionneur russe Morozov, venus de Saint-Pétersbourg, closent en majesté le parcours, on est surtout frappé par d’autres prêts : les Femmes au chien du Clark Art Institute, la Salle à manger à la campagne du Minneapolis Institute of Arts ou ces Jeunes Femmes au jardin d’une collection particulière : autant de trophées venus de loin et rarement réunis. Comme les images d’un songe impossible : un monde en paix.
Pierre Bonnard, peindre l’Arcadie au musée d’Orsay, du 17 mars au 19 juillet 2015.

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EXPOSITIONS


Henri VIII, d’après Hans Holbein le Jeune, 1540-1550, 238,3 x 122,1 cm, huile sur bois, © West Sussex, Petworth House, National Trust.

Les Tudors en batterie

PARIS - «Me voir, c’est me connaître», proclamait une pièce de Samuel Rowley au début du XVIIe siècle, faisant référence à Henri VIII (1509-1547). Lorsque, dans l’exposition, on se trouve nez à nez avec le colossal monarque, haut comme une montagne, couvert d’hermine, le regard métallique, on imagine les sentiments d’inquiétude qu’il devait inspirer à ses interlocuteurs… Le tableau de 2,38 m de haut est dérivé d’un portrait de Hans Holbein le Jeune, qui fut un extraordinaire agent de relations publiques. Ses images officielles ont imprimé à jamais dans notre subconscient la toute-puissance du Barbe-Bleue anglais. Et ses délicats dessins à l’encre ont perpétué d’autres visages - ceux du roi enfant Edouard VI ou de Marie Tudor, la «Sanglante». L’exposition, montée avec la National Portrait Gallery, fait revivre une dynastie que ses frasques domestiques et sa politique de grandeur ont rendue aussi notoire que les Borgia et Napoléon. Elle est l’occasion de voir des œuvres qui quittent rarement Londres, notamment ces huiles sur bois de Master John ou Guillim Scrots, d’une impressionnante minutie documentaire où la dentelle, les tapis et les perles offrent un crin trompeur à la rudesse des caractères.
Les Tudors au musée du Luxembourg, du 18 mars au 19 juillet 2015.

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Jean Clouet, François I, roi de France © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Hervé Lewandowski.

François 1515

PARIS - Par une parfaite coïncidence, François Ier, l’alter ego d’Henri VIII, est célébré en grande pompe. L’occasion est évidente : le cinquième centenaire de Marignan, l’une des dates les plus célèbres de l’histoire de France. L’exposition ne se limite pas à la bataille de la plaine lombarde (les pèlerins ne trouveront guère de souvenirs dans l’actuelle Melegnano, près de Pavie, où l’affrontement eut lieu en septembre) mais brosse le portrait d’un souverain (1515-1547) que l’on crédite de l’introduction de la Renaissance en France, et qui a ses côtés sombres – notamment dans la répression de la religion réformée. Le metteur en scène de l’image royale, en miroir de Holbein, est ici Jean Clouet. Autour de la récente acquisition du manuscrit enluminé des Douze Césars, le parcours montre comment s’est bâtie l’image du roi chevalier et du roi lettré, grand combattant, ami des poètes et soutien de Léonard de Vinci.
François Ier, pouvoir et image, à la Bibliothèque nationale de France, du 24 mars au 21 juin 2015.

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Ces expositions ouvrent aussi cette semaine

Voyager en l’an mille

FLORENCE – Pour fêter son 150e anniversaire, le musée du Bargello, installé dans l’ancien palais du capitaine du peuple, construit au XIIIe siècle, tente de rendre palpable le Moyen Age. Se basant sur ses très riches collections mais aussi sur son partenariat avec d’autres musées médiévaux d’Europe, il évoque une époque encore pleine de mystères par le filtre du voyage – de pèlerinage, d’affaires, de guerre. Armes, lettres de change, reliques, chaussures et sacs sont autant de témoignages matériels des incessants déplacements de nos ancêtres…
Il Medioevo in viaggio au musée du Bargello, du 20 mars au 21 juin 2015.

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Altdorfer, le goût du fantastique

VIENNE – D’un côté, Dürer et sa vision rationnelle et réaliste du monde. En face, un autre versant de la Renaissance nordique, marquée par le fantastique et l’imaginaire. Incarnée en premier lieu par Albrecht Altdorfer, un des pionniers du paysage au XVIe siècle, elle réunit aussi, parmi les quelques 140 pièces exposées, l’énigmatique maître IP ou Wolf Huber.
Realms of imagination, au Kunsthistorisches Museum, du 17 mars au 14 juin 2015.

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VENTES


François Desportes, Chien devant un trophée de chasse. Signé et daté en bas à droite Desportes / 1724, huile sur toile, 121 x 155 cm. Estimation : 300.000-400.000 €. © Sotheby's Art Digital Studio

Esprit XVIIIe

PARIS – On a coutume de dire que le XVIIIe siècle français n’est plus en odeur de sainteté, notamment dans le domaine du mobilier. En peinture, les grands noms (Watteau) et quelques domaines précis (les natures mortes) échappent à ce constat. Cette vente, qui voit la dispersion d’une collection familiale enrichie par l’actuel propriétaire, en montre des exemples de bonne valeur, notamment une série de François Desportes, l’un des peintres favoris du vieux Louis XV avant l’irruption d’Oudry, et un plateau charnu, presque vénéneux, de grenades, raisins et figues blettes par Largillierre. Deux beaux Louyse Moillon, l’une des rares femmes peintres du siècle précédent, servent de lien avec les maîtres espagnols des bodegones. Mais le clou de la vente pourrait être une marine de Joseph Vernet, classée monument historique, le Lever du jour. Elle est estimée entre 400 000 et 600 000 € : dans le monde de l’art contemporain, ce serait une broutille…
Collection Louis Grandchamp des Raux chez Sotheby’s, en collaboration avec Artcurial, le 26 mars 2015.

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L'ARTISTE DE LA SEMAINE


Bruce Nauman à la Fondation Cartier. Photo R. Pic

Nauman revient à Paris

Est-il un vidéaste ? Un artiste conceptuel ? Un artiste minimaliste ? Difficile d’accoler des épithètes à l’œuvre de Bruce Nauman. Et la rétrospective que propose la Fondation Cartier, la première de cette importance en France depuis une quinzaine d’années, ne fait rien pour lever les doutes… De l’artiste né en 1941 dans l’Indiana mais installé depuis longtemps au Nouveau-Mexique, elle présente une pièce sonore, For Children (2015), lointainement inspirée de Béla Bartók, puis une gigantesque vidéo de crayons de papier en équilibre (Pencil Lift/Mr Rogers, de 2013) avant d’inviter à remonter le temps au sous-sol. C’est là que s’exprime la mémoire de l’artiste avec trois installations plus anciennes, dont ce couple de danseuses dessinant les aiguilles d’une épuisante horloge ou ce Carrousel, qui fait indéfiniment tourner son stock d’animaux morts. Autant de réflexions sur le passage du temps, sur notre humanité si fragile, sur nos sens ou sur le quotidien le plus banal.
• Bruce Nauman est exposé à la Fondation Cartier, du 14 mars au 21 juin 2015.

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LIVRES

1934 : l’aventure de la Korrigane

En s’embarquant pour un tour du monde sur un vieux morutier retapé, au lendemain des événements de février 1934, cette poignée d’aristocrates pensait-elle écrire l’un des derniers chapitres de l’exploration ethnographique dans le Pacifique ? Sans doute pas mais, rétrospectivement, le voyage au long cours de la Korrigane (1934-1936) a fourni une extraordinaire moisson d’objets avant que la guerre puis la législation rende quasi impossible ce type d’aventure. Dernière survivante du groupe, Régine van den Broek d’Obrenan (née de Ganay, et apparentée à la dynastie Schneider et à Anne-Aymone Giscard d’Estaing) est décédée dans sa 106e année en 2014. Dans ce récit à deux mains (incluant ses nombreux dessins), elle se remémore les péripéties de cette circumnavigation : lorsque l’équipage manqua de sombrer au large de la Nouvelle-Zélande, fut la proie de vrais-faux cannibales ou soutira aux locaux leurs artefacts. Ces éléments de poupe de pirogue, ce reliquaire à crâne en forme de requin, ces monnaies de plumes, ces coupes des îles de l’Amirauté font aujourd’hui partie des trésors du musée du quai Branly.
Régine van den Broek d’Obrenan, une artiste à bord de la Korrigane, par Christian Coiffier, Somogy, 2014, 300 p., 35 €.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE

EN BREF

PARIS – Le 24e Salon du Dessin se tient du 25 au 30 mars 2015.

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PARIS - Drawing Now, salon du dessin contemporain, se tient du 25 au 29 mars 2015.

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ROUEN – L’Historial Jeanne d’Art, évoquant un des principaux personnages de l’histoire de France, ouvre le 21 mars 2015.

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