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N° 387 - du 30 avril 2015 au 6 mai 2015


Librairie Ler Devagar à la LX Factory, Lisbonne (photo Anaïs Pic)

L'AIR DU TEMPS

Lettre de Lisbonne

Comment s’adapte la culture en temps de crise ? Au Portugal, les grandes institutions semblent avoir passé ce cap, la fréquentation étrangère palliant le fléchissement de la demande interne. Ainsi, avec son billet « spécial famille » (pourtant fixé à 49 € pour 4 personnes), le château de Sintra, folie romantique du roi Dom Fernand, ne désemplit pas. Certes, le budget du ministère de la Culture (créé seulement en 1995, juste avant la loi sur le mécénat de 1999) reste bloqué aux environs de 0,5 % du PIB). Mais la tradition de financement privé continue d’exercer un rôle fondamental : la Fondation Gulbenkian, fondée par le magnat arménien du pétrole (« Monsieur 5 % »), active dans la musique, le cinéma ou les arts visuels, en reste l’exemple emblématique. Rares sont les nouvelles institutions muséales si l'on excepte le MUDE (musée de la Mode et du Design) en 2009 et, tout récemment, le Museu do Aljube, inauguré dans l’ancienne prison politique le 25 avril 2015, date-anniversaire de la révolution des Œillets. Et si la crise avait aussi du bon ? Elle a développé les rencontres informelles et donné plus de visibilité à la scène underground. Porto accueille depuis 2014 une véritable collection d’art brut à l’Oliva Creative Factory. A Lisbonne, le nouveau lieu trendy est la LX Factory, installée dans d’anciens entrepôts sous le gigantesque pont du 25-Avril. Des boutiques de mode et de design, des restaurants, des cabinets d’architectes et, dans une imprimerie reconvertie, l’une des librairies (Ler Devagar) les plus impressionnantes d’Europe…

EXPOSITIONS


Vincent Van Gogh, Terrasse de café la nuit, huile sur toile, 1888, Kröller-Müller Museum, Otterlo.

Le cercle Van Gogh

OTTERLO - Ce brave Vincent, qui n’avait guère vendu qu’un tableau dans sa vie (à son amie Anna Boch) et dont les œuvres servaient à colmater le poulailler, est devenu aujourd’hui l’étendard de la modernité, en compagnie de Cézanne et Picasso. S’il le savait, il en rirait jaune ! Mais comment mesurer cette indéniable influence ? Le musée Kröller-Müller, qui a la tâche plus facile que d’autres (il possède la seconde collection de Van Gogh au monde) s’y est essayé en croisant les clés de lecture. Des disciples et admirateurs (comme Toorop) mais aussi des inspirateurs (comme Millet) et des contemporains (comme Fantin-Latour), sont accrochés côte à côte pour montrer en quoi Van Gogh a été révolutionnaire ou simplement dans l’air du temps. Figure humaine, paysage, scènes urbaines, natures mortes : ces quatre genres suffisent à délimiter l’univers de Van Gogh. Cézanne, Ribot, Maximilien Luce et Isaac Israels l’y accompagnent. Pour une fois Van Gogh n’est pas seul avec Gauguin…
Van Gogh and Co au Kröller-Müller Museum, du 25 avril au 27 septembre 2015.

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Roland Barthes, dessin à en-tête de l’EPHE, fin novembre 1973 BnF, département des Manuscrits.

Les signes de Barthes

PARIS – On connaît ses digressions sur la Citroën DS (dans Mythologies), son analyse sémiologique de notre époque (L’Empire des signes), le compagnonnage avec Sollers et le Nouveau Roman, ou encore le lien très fort qui (comme chez Pasolini) unissait ce vieux garçon à sa mère. Pour le centenaire de la naissance de Roland Barthes (1915-1980), une exposition rétrospective lui est consacrée, mettant en bonne place la genèse de Fragments d’un discours amoureux, ses tapuscrits et ses dessins. Ses pleins et ses déliés, affichés de toute part dans une scénographie d’architecte (Patrick Bouchain), peuvent être admirés, ou lus, comme un véritable motif iconographique. Derrière le sens, il y a du beau : la métaphore lui aurait plu.
Les écritures de Roland Barthes. Panorama, au Centre Pompidou du 5 mai au 26 juillet 2015.

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Louis Soutter, Parvis, 1937-1942, dessin aux doigts, encre sur papier. Courtesy Galerie Karsten Greve, Cologne, Paris, Saint-Moritz, © Galerie Karsten Greve, Cologne

Soutter, géant du dessin

PARIS - On l’avait vu il y a quelques années à la Maison rouge. Louis Soutter (1871-1942), cet artiste inclassable (si ce n’est dans la catégorie de l’art brut), violoniste, accompagnateur de films muets, angoissé et névrosé, commença sa carrière de dessinateur à plus de 50 ans. Il est confronté à un autre visionnaire dont il admirait les romans, Victor Hugo. Les images hallucinées de l’un répondent, comme dans une vibration harmonique, à celle de l’autre : mêmes châteaux pointus comme des forêts menaçantes, mêmes personnages tremblants comme des cauchemars de Goya. Soutter noircira des dizaines de cahiers d’écolier et des feuilles à beau grain, fournies par son cousin Le Corbusier. Quand ses doigts ne pourront plus saisir le crayon, il les trempera directement dans de la peinture pour carrosserie, faisant du dessin un travail à perdre haleine. Sa mer à lui était d’encre…
Louis Soutter, Victo Hugo, dessins parallèles à la Maison de Victor Hugo, du 30 avril au 30 août 2015.

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L’ARTISTE DE LA SEMAINE


Markus Lüpertz, Sans titre, 2013, Galerie Werner. © ADAGP 2015.

Markus Lüpertz, une autre Allemagne

Avec Baselitz et Immendorff (présenté jusqu’au 14 juin à la fondation Maeght à Saint-Paul de Vence), il fut l’un des enfants terribles de la jeune scène allemande dans les années soixante. Markus Lüpertz (né en 1941), l’ancien iconoclaste, est aujourd’hui une « valeur sûre », un « classique ». Maniant aussi bien le dessin que la sculpture, passant sans états d’âme du figuratif à l’abstrait, Lüpertz n’a pas évité de se confronter au passé de son pays. Des peintures dithyrambiques de 1964, inspirées par Nietzsche, au thème récurrent du casque de soldat, de cette Antiquité qui fascina aussi bien Goethe que les paladins du Troisième Reich jusqu’à cette forme nouvelle d’utopie (ses récentes Arcadies), il n’a cessé de se renouveler en prenant plaisir à d’innombrables contrepieds : tout le contraire de l’Allemand massif et têtu des livres d’histoire de la Troisième République !
• Markus Lupertz, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris du 24 avril au 19 juillet 2015.

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LIVRES

Peinture fraîche

L’attention apportée par Daniel Arasse au détail en peinture avait fait date. Dans cette lignée, l’un de ses anciens élèves se penche sur un motif bizarre, la coulure. Si elle est facile à déceler dans le « dripping » de Pollock, il faut parfois un regard acéré pour la démasquer. Qui a remarqué le sang qui perle délicatement du cou de saint Etienne dans le diptyque de Melun par Jean Fouquet (conservé à la Gemäldegalerie de Berlin) ? Brassant large – des primitifs siennois à Cy Tombly ou au photographe Bernard Plossu – l’historien de l’art montre le statut de cet accessoire, qui ne se limite pas au sang si prisé par la peinture religieuse. Quelle est sa signification ? Est-il l’affirmation de la toute-puissance de l’artiste (lorsqu’il s’amuse à laisser d’incongrues taches de graisse, censurées par l’académie) ? Ou est-il plutôt la preuve de son extrême virtuosité technique (par exemple, dans le rendu de la transparence des larmes) ?
La coulure. Histoire(s) de la peinture en mouvement. XIe-XXIe siècles, par Guillaume Cassegrain, Hazan, 2015, 256 p., 45 €.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE


Festival européen de la photographie de nu

6 May 2015 - ARLES - Espace Van Gogh

La 15e édition d'un festival qui présente les tendances les plus contemporaines (Photo Franck Vallet)

Notre sélection de nouvelles expositions

EN BREF

CHAUMONT-SUR-LOIRE - Le Festival international des jardins se tient du 23 avril au 1er novembre 2015.

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KATMANDOU - Outre le prix en vies humaines, le séisme qui a touché le Népal le 25 avril dernier a causé de graves au patrimoine d'un site inscrit sur la liste mondiale de l'Unesco.

Un bilan en images sur le site de la BBC

LOS ANGELES - Le salon Paris Photo LA se tient du 1er au 3 mai au 2015.

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MILAN - L'exposition universelle 2015, sur le thème de l'alimentation, ouvre le 1er mai 2015.

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NEW YORK - L'extension du Whitney Museum dans le quartier de Meatpacking, dessinée par Renzo Piano, ouvre le 1er mai 2015.

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