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N° 388 - du 7 mai 2015 au 13 mai 2015


Wangechi Mutu, Blue Eyes. Courtesy 56e Biennale d'art de Venise.

L'AIR DU TEMPS

Les gondoles et la mosquée à Venise

VENISE – Pour sa 56e édition, largement ancrée dans son troisième siècle (elle est née en 1895), la Biennale de Venise est plus que jamais l’événement fédérateur de l’art contemporain. La provocation, l’iconoclasme, le contrepied y sont donc de mise. Parmi les 88 participations nationales et les centaines d’expositions « périphériques », l’un des événements appelés à faire le plus de buzz est à mettre au crédit des Islandais : l’artiste Christoph Büchel a installé une « mosquée » dans l’église déconsacrée de Santa Maria della Misericordia. Appelée à servir de lieu de discussion et d’échange, son destin n’est pas assuré en cette période de raidissement religieux… Moins risquée sera l’existence d’une traditionnelle gondole que l’artiste Cristiano Carotti a équipée d’un canon : exprime-t-elle une résistance désespérée face aux lois du marché ou la crainte d’une militarisation croissante du monde ? Dans la valse des inaugurations, deux défections passeront inaperçues. Le Costa Rica a annulé sa participation après avoir appris que le commissaire indépendant prélevait une soulte sur les artistes qu’il sélectionnait. Rien de vraiment scandaleux dans notre économie capitaliste : comment louer autrement l’élégant Palazzo Bollani ? De même, le Kenya s’est rendu compte un peu tardivement que les artistes de son pavillon étaient surtout chinois. Beaucoup de bruit pour rien : ne vit-on pas une époque de mondialisation ?
56e Biennale internazionale d’arte, All The World’s Futures, sous la direction d’Okwui Enwezor, du 9 mai au 22 novembre 2015.

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EXPOSITIONS


Canaletto, Venise : Les Îles de la lagune du Campo San Pietro, avec Santa Maria delle Vergini. Milieu des années 1720 Huile sur toile, 64 x 108 cm.

Canaletto, l'homme de la Sérénissime

AIX-EN-PROVENCE – La cité provençale est connue pour ses hôtels particuliers de l’âge baroque. C’est l’un des plus spectaculaires, dont la première pierre a été posée il y a exactement trois cents ans, qui vient d’être restauré pour changer de mission. Ancien conservatoire municipal de musique, l’hôtel de Caumont devient un centre d’art géré par Culturespaces (comme le musée Jacquemart-André à Paris ou la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer). A côté des forums ou cycles de films, ce sont les expositions qui formeront l’essentiel de sa programmation. Le plaisant Canaletto (1697-1768) est une parfaite accroche : il est contemporain du lieu et synthétise une vision européenne avant l’heure, ayant œuvré chez lui, à Venise, dont il contribuera à diffuser l’image urbi et orbi, mais également en Angleterre, passant aisément des canaux aux châteaux et abbayes des prairies humides.
Canaletto, Rome, Londres, Venise, le triomphe de la lumière à l’hôtel de Caumont, du 6 mai au 13 septembre 2015.

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Photo: Attilio Maranzano. Courtesy Fondazione Prada

Les statues antiques s’habillent en Prada

MILAN – Une semaine après Expo 2015, la Fondation Prada inaugure son nouveau siège dans un lieu specatculaire : une ancienne distillerie réaménagée par le cabinet OMA du fantasque Rem Koolhaas. Les espaces sont généreux : 19 000 m2, comprenant le Bar Luce dessiné par le cinéaste Wes Anderson, appelé à devenir un rendez-vous à la mode de la capitale lombarde. Près de 11 000 m2 sont dédiés aux expositions, ce qui permet d’en présenter plusieurs simultanément. Pour l’ouverture, la plus originale est certainement celle qui répond au titre amusant de « Serial Classic ». Surprenante dans une maison connue pour son rapport à l’art contemporain, elle se penche sur l’influence de la grande statuaire classique : quel a été le destin des chefs-d’œuvre perdus ? Comment se sont-ils perpétués à travers les siècles par le biais de la copie ? La démonstration est menée avec une soixantaine d’œuvres, illustrant notamment deux archétypes, celui du Discobole et de l’Aphrodite accroupie.
Serial Classic à la Fondation Prada, du 9 mai au 24 août 2015.

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Jean-Léon Gérome, Souvenir d'Italie, 1849, huile sur toile,; 88,3 x 67,9 cm, Musée d’Orsay, Paris.

Comme un Grand Tour…

MONZA – L’Italie est à la mode, ne la boudons pas ! Dans le cadre de l’ancienne villa royale près de Milan, c’est cinq siècles d’attraction de la Péninsule qui sont retracés. De Cranach à Ingres et Christo, d’innombrables artistes du Nord et de l’Est s’y sont nourris à la sève de l’Antiquité et de la Renaissance, croquant monuments, paysages et scènes de genre. Certains y sont passés plutôt rapidement ou n’y ont même jamais mis les pieds comme Cranach. D’autres, tels les Français Poussin et Le Lorrain ou le Danois Thorvaldsen, y ont au contraire passé une grande partie de leur carrière. Cette réunion d’amoureux a nécessité d’incessants transports : la plupart des œuvres viennent de l’étranger, du Lichtenstein, de Budapest, du Louvre ou du musée Dalí de Figueras.
Italia, fascino e mito, dal Cinquecento al contemporaneo, à Villa Reale, du 23 avril au 6 septembre 2015.

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Lee Miller, Irmgard Seefried, cantatrice, chantant un air de Madame Butterfly, Opéra de Vienne, Autriche, 1945 © Lee Miller Archives England 2015. All Rights Reserved. www.leemiller.co.uk

Lee Miller, égérie photo

VIENNE – Comme Frida Kahlo, Tina Modotti ou Georgia O’Keffe, Lee Miller (1907-1977) fait partie de ces fortes femmes de l’art du XXe siècle… lequel a été à deux doigts de l’oublier. Mannequin à New York dans les années vingt, puis égérie des avant-gardes parisiennes (notamment de son amant Man Ray, qui invente avec elle les solarisations), elle se fait aussi un nom dans le reportage. Elle est l’une des premières femmes à entrer dans le camp de Dachau libéré et laisse de la Libération une photo symbole : elle-même prenant un bain dans la baignoire d’Hitler. Epouse de Roland Penrose (l’ami et biographe de Picasso), la seconde partie de sa vie est moins glamour. Retirée dans la campagne anglaise, elle se donne à la boisson, délaisse la photographie, développe une misanthropie que les horreurs de son temps pouvaient bien justifier. Ce n’est qu’après sa mort que son fonds est redécouvert, alimentant des rétrospectives régulières. Celle-ci fait le tour de son œuvre en laissant logiquement une place non négligeable aux clichés pris à Vienne en 1945.
Lee Miller à l’Albertina, du 8 mai au 16 août 2015.

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PATRIMOINE


Restauration P.A. Gatier - © Photo Médiéval-AFDP

La galaxie E-1027

ROQUEBRUNE-CAP MARTIN - En marge de la grande exposition Le Corbusier au Centre Pompidou, c’est un ensemble remarquable de l’architecture moderne qui ouvre enfin au public après une histoire compliquée. On sait que Le Corbusier est mort de noyade le 1965, en contrebas du cabanon – 3,60 m sur 3,60 m – qu’il s’était construit et qu’il occupait à la belle saison. Celui-ci était quasiment adossé à la mythique villa E-1027 construite (et meublée) entre 1926 et 1929 par la designer Eileen Gray pour son compagnon Jean Badovici. Si le nom ésotérique renvoie aux initiales du couple, le bâtiment suit les préceptes du mouvement moderne (toit-terrasse, baies horizontales, etc.). Invité, Le Corbusier l’avait couvert de fresques sans l’autorisation des propriétaires – comme pour signaler son mécontentement de voir « copier » ses idées - provoquant une brouille définitive avec Eileen Gray. Après diverses péripéties - dont l’assassinat en 1996 d’un occupant morphinomane (le médecin suisse Peter Kägi) - la villa a finalement pu être restaurée sous l’égide du Conservatoire du littoral, ainsi que les unités de camping conçus par Le Corbusier et l’Etoile de Mer, la guinguette voisine du plombier-couvreur Thomas Rebutato.
• Le site est visitable sur réservation auprès de l’association Cap moderne à partir du 3 mai 2015 (contact@capmoderne.com).

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LIVRES

Dévotions Grand Siècle

En nos temps de scepticisme, qui est capable de prononcer son Ave Maria sana hésiter ? Qui est capable de distinguer Pierre de Bérulle de François de Sales ? O tempora o mores ! Comme le montre ce catalogue, qui accompagne une exposition au Louvre, il en allait bien autrement au XVIIe siècle. Sous l’impulsion de la Contre-Réforme, le sentiment religieux était alors au cœur des préoccupations. De nouvelles congrégations (l’Oratoire par exemple) faisaient tout pour le stimuler, et les meilleurs artistes étaient sollicités pour illustrer les nouveaux thèmes en vogue – la vie de la Vierge, la Cène, l’Eucharistie. Montrant le rapport fécond, mais critique, entre Rome (une religiosité plus théâtrale) et Paris (une expression plus austère, marquée par la Réforme), les auteurs passent en revue quelques grands personnages et moments-clés, de Guido Reni à Philippe de Champaigne, de Le Sueur aux frères Le Nain, en rappelant des traditions oubliées. Ainsi des fameux « mays » de Notre-Dame : chaque 1er mai, de 1630 ) 1707, ce n’est pas un bouquet de muguet mais un grand tableau dédié à la Vierge que la corporation des orfèvres offrait à la cathédrale de Paris. L’enquête continue : dispersées ou détruites, un tiers de ces compositions manquent à l’appel…
La fabrique des saintes images, sous la direction de Louis Frank et Philippe Malgouyres, Somogy/Louvre éditions, 288 p., 35 €.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE

EN BREF

BRUXELLES – L’écrivain, historien d’art et spécialiste de BD Pierre Sterckx est décédé à 79 ans le 2 mai 2015.

FONTAINEBLEAU – Le Boudoir turc de Marie-Antoinette, témoin de la vogue de l’Orient au XVIIIe siècle, rouvre au public le 11 mai 2015 après la restauration de ses décors.

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GRASSE – La villa-musée Fragonard a rouvert le 24 avril 2015 après 18 mois de travaux.

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MONTROUGE – Le 60e salon de Montrouge (art contemporain) se tient du 5 mai au 3 juin 2015.

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TAIPEI – Le salon d’art moderne et contemporain Art Revolution se tient du 7 au 11

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