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N° 394 - du 18 juin 2015 au 24 juin 2015


Performance d'Olivier de Sagazan aux Cantieri culturali Zisa, Palerme, le 16 juin 2015 (Photo R. Pic)

L'AIR DU TEMPS

Lettre de Palerme

On la croyait la belle endormie de la Méditerranée, veillant distraitement sur son immense patrimoine : églises baroques, Teatro Massimo, palais liberty épargnés par le sac des années 60. En réalité, à l’heure où la France joue à la forteresse assiégée, Palerme, sous la baguette de son emblématique maire anti-mafia, Leoluca Orlando, croit plutôt en l’ouverture et propose d’abroger le permis de séjour pour faire de la mobilité un droit universel. Dans une Sicile que l’on croit volontiers à la traîne, s’y tiennent les plus importantes manifestations alternatives du Sud du continent, de la Gay Pride au festival trans-genres (Sicilia Queer). Et alors que le vote des étrangers est ailleurs un commode serpent de mer, les communautés immigrées y participent à un conseil des cultures, consulté par la mairie. Les artistes les plus dérangeants y sont les bienvenus (Regina José Galindo, demain Hermann Nitsch, dans les colossaux entrepôts industriels de l’ex-Ducrot) ou le compositeur Alvin Curran qui donnera un concert de cornes de cornes de brume avec les navires du port le 14 juillet. Un musée de la photographie, appuyé par Letizia Battaglia, est en gestation et la ville sera le siège de Manifesta 2018. Palerme n’a pas résolu tous ses problèmes. Mais, à une époque de crispation et de nationalismes, elle défend une autre idée de l’Europe : un peu la même que celle des Normands qui, il y a un millénaire, n’hésitèrent pas, une fois conquis le pays, à la jouer « fusion » et à édifier leurs palais dans le style des vaincus. La prochaine inclusion des joyaux arabo-normands (dont la chapelle Palatine) sur la liste de l’Unesco est comme un symbole et un rappel de ce que l’Europe doit au mélange et à l’hybridation…

EXPOSITIONS


Piero di Cosimo, Allégorie, huile sur panneau, National Gallery of Art, Washington.

Le monde enchanté de Piero

FLORENCE – Vasari, le «deus ex machina» de la Renaissance italienne, l’avait classé parmi les originaux. Elève de Cosimo Rosselli, de qui il devait tirer son nom, il promettait beaucoup et son maître l’avait emmené travailler à la chapelle Sixtine. Mais, au fil des ans, Piero di Cosimo (1462-1522) devint de plus en plus solitaire et bizarre. Il observait fixement les crachats de malades sur un mur ou les nuages dans le ciel et son esprit bizarre en tirait des scènes de bataille… Epouvanté par les éclairs, il se calfeutrait chez lui et on le retrouva, un jour, mort au pied d’un escalier. L’inventivité de celui qui fut le maître d’Andrea del Sarto est cousine de celle de Bosch ou Bruegel, et se loge souvent dans les détails. On regrette que quelques-unes de ses créations les plus folles, comme ce char de la mort qu’il conçut à l’occasion d’un carnaval, plein d’ossements, avec des montures chevauchées par des cadavres, n’aient pas survécu...
Piero di Cosimo au musée des Offices, du 23 juin au 27 septembre 2015.

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Pierre-Paul Prud’hon, Etude de femme nue en buste, crayon noir et blanc sur papier bleuté, sans date, musée Baron Martin.

Dessiner comme Prudhon

LONDRES (Dulwich) – Il fut l’un des plus talentueux dessinateurs du début du XIXe siècle mais sa gloire a pâli. Pierre-Paul Prud’hon (1758-1823) fut un favori de Napoléon et de la cour impériale, qu’il portraitura régulièrement. De ce virtuose de la pierre noire et de la craie blanche, l’exposition, qui se rattache au 200e anniversaire de la bataille de Waterloo (18 juin 1815), présente 13 dessins. Pour ceux qui voudraient percer le secret d’une technique aussi impeccable, elle prévoit plusieurs séances de copie. Elle donne aussi l’occasion d’un coup de projecteur sur un petit musée de province, celui du Baron Martin à Gray, qui possède 26 dessins de l’artiste.
Prud’hon à la Dulwich Picture Gallery, du 23 juin au 15 novembre 2015.

Le musée Baron Martin à Gray (Franche-Comté)

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Ernesto Ballesteros, Sans titre, de la série «Sources de lumière masquées», tirage couleur retouché au feutre noir, 2005-2015

Les chemins de Buenos Aires

PARIS – Comme dans toute capitale cosmopolite qui se respecte, près de la moitié de ses habitants sont nés ailleurs… Cité du tango, du polo et de Boca Juniors, Buenos Aires est également une métropole artistique majeure du Nouveau Continent. Dans le cadre d’échanges qui ont déjà été menés avec Winnipeg et Johannesbourg, la maison rouge propose une véritable cartographie de l’art contemporain argentin. Des monstres sacrés que sont León Ferrari ou Marta Minujin jusqu’aux plus jeunes Leandro Erlich et Tomás Basualdo, habitués des rendez-vous internationaux, l’exposition réunit une soixantaine d’artistes de tous médiums et pose en filigrane de nombreuses questions, communes à d’autres métropoles : l’émergence de nouveaux quartiers, l’autogestion face au libéralisme débridé, la place des minorités…
My Buenos Aires à la maison rouge, du 20 juin au 20 septembre 2015.

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L’ARTISTE DE LA SEMAINE


Ali Cherri, Wildlife, 2015. Photographie et light box, 200x125 cm. Courtesy de l'artiste et Imane Farès.

Ali Cherri, mémoires du désert

L’archéologie, son approche, et ses techniques ont inspiré de nombreux artistes contemporains, des époux Poirier à Arman, Spoerri ou Sophie Ristelhueber. Ali Cherri (né en 1976) s’inscrit en partie dans cette mouvance. Libanais, il suit depuis plusieurs années les fouilles menées dans les pays du Golfe (Sharjah et Abu Dhabi), étudiant la façon dont on essaie de se construire une histoire à partir des témoignages ténus issus du désert. Réalité scientifique ou paysage imaginaire ? Cette recherche est involontairement d’actualité puisque, comme on le sait, d’autres essaient aujourd’hui d’effacer systématiquement, à la masse et à la bombe, un passé « incorrect »…
• L’exposition Déserts présente des œuvres d’Ali Cherri ainsi que de Basma Alsharif, artiste palestinienne « nomade », à la galerie Imane Farès (41, rue Mazarine, 75006 Paris), du 11 juin au 31 juillet 2015.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE

LIVRES

Terre de Feu, un monde évanoui

Près d’un demi-siècle qu’il est mort mais son œuvre reste actuelle. Pour une raison simple : elle est définitive. Martin Gusinde (1886-1969) fut un missionnaire allemand, enseignant au lycée de Santiago du Chili, qui employa ses vacances à des voyages aventureux en Patagonie. Non pour pêcher ou chasser mais pour immortaliser, par la photographie, les Indiens de la Terre de Feu. Ces ethnies mises à mal par le colonisateur, pourchassées, brutalement converties, contaminées par des maladies dévastatrices, ont désormais disparu. Les plus belles images qui nous en restent sont celles de cet austère membre de l’ordre du Verbe divin, qui sut notamment documenter les saisissantes peintures corporelles – motifs abstraits de lignes et de points sur les corps entièrement nus. On imagine ce que des supérieurs trop rigoristes auraient pu faire de ces images uniques…
L’esprit des hommes de la Terre de Feu, Selk’nam, Yamana, Kawesqar, par Martin Gusinde, éditions Xavier Barral, 2015, 300 p., 60 €.

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EN BREF

BÂLE - La foire d'art moderne et contemporain Art Basel se tient du 18 au 21 juin 2015.

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BÂLE - La foire d'art moderne et contemporain Liste se tient du 16 au 21 juin 2015.

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HAMBOURG - La Triennale de photographie se tient du 18 au 28 juin 2015.

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