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N° 429 - du 28 avril 2016 au 4 mai 2016


Maquette du niveau VIII d’Eridu (Ve millénaire), détail : comblement des murs arasés. © MISHA / photo L. Brancaléoni (exposition, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg).

L'AIR DU TEMPS

Ce que nous savons de la tour de Babel

STRASBOURG – Une exposition au titre mystérieux (« Ana ziqquratim », qui signifie en akkadien « Vers la ziggurat ») tente de rassembler nos connaissances sur un mythe oriental. Si la tour de Babel a acquis une renommée enviable grâce au marketing biblique (elle est mentionnée dans la Genèse sous le jour négatif que l’on connaît, comme symbole de la vanité des hommes), la forme architecturale sous laquelle elle a été popularisée (notamment par les gravures de la Renaissance ou par les tableaux de Bruegel) correspond en partie à la réalité. La tour de Babel était le dernier avatar de la ziggurat, pyramide à degrés portant un temple sur son dernier étage. Au début (Ve millénaire av. J.-C.), il ne s’agissait que d’un bâtiment modestement surélevé. Sous l’empire néo-babylonien (VIIe et VIe siècles av. J.-C.), elle connaîtra sa forme la plus aboutie, devenant un édifice gigantesque dédié au dieu Marduk. Les Hébreux, exilés dans Babylone, l’y verront avec effroi et admiration et l’assimileront à la civilisation décadente et cosmopolite qui les persécute. Le drame des archéologues est que ces constructions en brique crue n’ont pas supporté le temps comme les pyramides de pierre des Egyptiens. Dans le climat sec et torride, elles sont retombées en poussière. L’exposition propose plusieurs maquettes qui leur redonnent vie, d’Eridu à Mari, d’Ur à Uruk, jusqu’à Babylone-Babel, qui a gagné sa place, jusqu’à la fin des temps, dans notre imaginaire.
Ana Ziquratim, à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, du 27 avril au 21 juin 2016.

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EXPOSITIONS


Fragment de tête colossale de jeune homme, Antikensammlung, Staatliche Museen zu Berlin (AvP VII 283) © SMB / Antikensammlung

Retour à Pergame

NEW YORK – Tout comme pour Babylone (qui se situe à une centaine de kilomètres au sud de Bagdad), placer Pergame sur une carte n’est pas une tâche aisée pour nos contemporains. Cette cité, proche de l’actuelle Smyrne en Turquie, a pourtant incarné pendant un demi-millénaire (depuis le IIIe siècle av. J.-C.) la somptuosité de la civilisation hellénistique en rayonnant sur un territoire de plusieurs millions de kilomètres carrés. Au début de notre ère, cette fidèle alliée de Rome reçut la visite de divers empereurs, comme Hadrien et Marc Aurèle. Centre de culture, elle avait une gigantesque bibliothèque et pour suppléer à l’embargo de papyrus par les Alexandrins jaloux, l’on y mit au point le parchemin (le mot latin, pergamena, dérive de Pergame). Le Metropolitan Museum, puisant dans l’immense collection du Pergamon Museum de Berlin, mais aussi d’autres prêteurs, reconstitue en près de 300 objets ce que fut cet âge d’or (mosaïques, orfèvrerie, statuaire de bronze, camées dont le célèbre camée de Vienne, etc.)
Pergamon and the Hellenistic Kingdoms of the Ancient World au Metropolitan Museum, du 18 avril au 17 juillet 2016.

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Pablo Picasso, Visage IV, Vallauris, 12 août 1950. Poêlon à châtaignes en terre cuite rouge chamottée tournée, décor peint à l'engobe noir, blanc et gris. 11,5 x 31 cm. Collection particulière/ Photo © Maurice Aeschimann © Succession Picasso 2016.

Picasso et l’art popu

MARSEILLE - Picasso cinéaste ? C’est un talent qu’on ne lui connaissait pas. C’est pourtant ce que prouve un étonnant film d’animation. Tourné par le céramiste Robert Picault (1919-2000), il est en réalité un tour de force de Picasso qui a recréé les personnages d’une corrida, mis en scène dans une séquence de 6 minutes. C’est l’une des pépites de cette exposition qui prouve l’inépuisable réservoir que furent les arts et traditions populaires pour l’artiste. La corrida mais aussi la musique, l’habillement (la barretina catalane, couvre-chef devenu symbole de résistance au fascisme), le cirque, les jouets d’enfant, tout trouve moyen de s’infiltrer dans sa création. Mises en perspective avec des objets de la collection du MuCEM, les œuvres de Picasso (tableaux, sculptures, céramiques, tôles découpées, etc.) sont parfois des raretés, comme ce Petit Picador de 1889, son premier tableau connu (il avait 8 ans !), ces quatre carreaux de céramique cosignés avec Derain en 1914, ces projets de boucles d’oreille avec François Hugo. Chez la superstar de l’art moderne, on respire une familiarité avec le quotidien, avec les matériaux pauvres, qui justifie l’expression de Michel Leiris, utilisée comme titre de l’exposition.
Picasso, un génie sans piédestal au MuCEM, du 27 avril au 29 août 2016.

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L’ARTISTE DE LA SEMAINE


Sawada Matsuharu, Interférences morphologies (eaux contre points), 100x76cm, technique mixte sur toile, 2016. Courtesy galerie Nichido.

Sawada, derrière le miroir

Sawada Mitsuharu (né en 1947), incarne cette génération d’artistes à cheval sur deux continents. Adolescent dans les faubourgs populaires d’Osaka où il faut savoir jouer du poing, diplômé de l’université de Kyoto puis de l’académie royale des beaux-arts de Bruxelles, il a d’abord bâti sa notoriété sur un hyperréalisme sans faute. Remarqué par Paul Delvaux, il assimile la technique des anciens maîtres flamands qu’il reproduit dans des compositions figuratives – femmes à leur fenêtre ou fleurs impeccables. Une épreuve personnelle – une maladie paralysante – et sa guérison grâce aux arts martiaux (dont il est aujourd’hui un maître reconnu) le poussent à chercher derrière l’apparence séduisante des choses. Sa production récente semble être le contrepoint absolu de sa première période : de grandes toiles presque monochromatiques, constellées de minuscules accidents, de petits reliefs, d’ombres imperceptibles. Une sorte de symphonie sur la matière, sur l’illusion, sur le plein et le vide : presque un exercice de philosophie.
• Sawada est présenté à la galerie Nichido (61, Faubourg Saint-Honoré, 75008), du 21 avril au 28 mai 2016.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE


Les 40 ans de la galerie

30 avril 2016 - PARIS - Galerie Farideh Cadot

Markus Raetz, Joel Fisher (photo), François Boisrond sont quelques-uns des artistes mis en avant pour cet anniversaire

Notre sélection de nouvelles expositions

LIVRES

Voyages, voyages…

Aller explorer Babylone, Pergame, les cités de l’Orient antique, voilà qui n’était pas de tout repos au temps des pionniers (ni même aujourd’hui). Quel était l’envers de ces missions, comment étaient-elles organisées, financées, affrétées ? Comment en transmettait-on les découvertes, le souvenir ? Puisant dans le trésor des Archives nationales, ce catalogue (qui accompagne une exposition jusqu’au 19 septembre) dévoile les coulisses des grands voyageurs entre 1800 et 1960. Maladies (liste des malades du scorbut sur le Géographe de l’expédition Baudin de 1801 à l’île Maurice), problèmes matériels (clichés du Faidherbe, le vapeur portatif que la mission Marchand Congo-Nil de 1896-99 remontait sur chaque cours d’eau) et dangers plus sérieux (note du ministère des Affaires étrangères sur l’assassinat de Dutreuil de Rhins au Tibet en 1894) sont le quotidien des grands voyageurs. Quelques lots émouvant donnent une chair plus contemporaine à l’ensemble : la lettre de candidature de Paul Emile Victor pour s’embarquer sur le Pourquoi pas ? du commandant Charcot en 1933 ou, quarante ans plus tôt, celle de Gauguin désireux d’obtenir une mission artistique à Tahiti…
Des voyageurs à l’épreuve du terrain, Archives nationales, 2016, 200 p., 25 €.

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BRÈVES

ALLIGNY-EN-MORVAN - Le musée des Nourrices, qui fait partie de l'Ecomusée du Morvan, est inauguré le 29 avril 2016.

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CAUDEBEC-EN-CAUX – Muséoseine, consacré à la Seine normande, ouvre le 30 avril 2016.

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DAKAR – La 12e Biennale de l’art contemporain africain se tient du 3 mai au 2 juin 2016.

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MILAN - La MIA Photo Fair se tient du 28 avril au 2 mai 2016.

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MONACO – Le salon artmonte-carlo se tient les 30 avril et 1er mai 2016.

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MONTPELLIER – Les Boutographies, rencontres photographiques de Montpellier, se tiennent du 30 avril au 22 mai 2016.

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MONTROUGE – Le 61e salon d’art contemporain de Montrouge se tient du 4 au 31 mai 2016.

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PARIS – François Pinault a annoncé avec le maire de Paris, Anne Hidalgo, que la Bourse de Commerce, transformée par l’architecte Tadao Ando, accueillerait sa collection à partir de 2018 pour une concession de 50 ans.

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