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N° 473 - du 11 mai 2017 au 17 mai 2017


Portraits réalisés en studio, Chine, c. 1950, collectés par Thomas Sauvin. Tirage gélatino-argentique rehaussé, 7,5 x 11,5 cm. Collection Beijing Silvermine / Thomas Sauvin, Paris. Photo droits réservés (exposition et catalogue Autophoto)

SPÉCIAL LIVRES DE PHOTO

L’automobile, une chanson douce

PARIS - L’automobile pollue, gaspille les ressources rares, déstructure les vieux centres urbains, bousille les paysages. Mais il est indéniable qu’elle a aussi sa beauté, et qu’elle n’a cessé de stimuler la créativité des artistes. C’est cette piste qu’explore ce catalogue qui accompagne une exposition à la Fondation Cartier (jusqu’au 24 septembre 2017). On s’attend à Lartigue shootant les rallyes de l’Automobile Club de France, à d’étincelantes carrosseries américaines des Sixties, à Rossellini et Delon au volant d’une Ferrari, illustrant le lien organique entre les stars et les bolides. On a tout cela mais le choix est bien plus large, de Doisneau faisant des publicités originales pour Simca (après avoir travaillé pour Renault) à Sugimoto et Valérie Belin photographiant, comme de véritables objets de contemplation, des pièces détachées rejetées sur une plage néo-zélandaise ou des moteurs immaculés. La voiture peut être vue de dessous (par Michalak et Völker), de côté (les stroboscopies d’Andrew Bush). On peut étudier ses trajectoires meurtrières (la série Karambolage d’Arnold Odermatt sur les accidents en Suisse) ou carrément la faire sortir du cadre. Son industrie a laissé tant de cicatrices (tatouages ?) sur notre planète : les parkings vus du ciel et leurs compositions géométriques (Ed Ruscha), les routes lancées comme des cisailles à travers l’horizon du Far West (Alex Mac Lean), les monstrueux échangeurs de Naples (Sue Barr) qui ridiculisent un palais Art déco, devenu jouet d’enfant dans l’ombre du béton colossal. Matteo Pérez Correa pousse à sa manière la distanciation en faisant des gros plans de tôles embouties, rouillées, décolorées. Apparaissent alors d’étonnants paysages imaginaires, cousins de ces pierres de Toscane auscultées par Roger Caillois…
Autophoto (en français), sous la direction de Xavier Barral et Philippe Séclier, Fondation Cartier pour l’art contemporain/Editions Xavier Barral, 464 p., 49 €.

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ARCHITECTURE

Milan caché

Depuis le XVIe siècle, rappellent les auteurs, Milan traîne comme un boulet une réputation de ville laide. Comment cela est-il possible quand on est considéré comme l’une des capitales mondiales du design ? C’est cet apparent paradoxe qui a poussé l’auteur, Karl Kolbitz, originaire de Berlin, à montrer qu’en réalité, la beauté de Milan est cachée - ce qui sied à son caractère plus introverti que celui de Rome ou Florence. Il suffit de pousser les portes des hôtels particuliers bâtis après le grand boom du début du XXe siècle (entre 1880 et 1910, la population double, dans une atmosphère d’euphorie économique) pour mesurer le soin apporté à la décoration des halls, des escaliers, des cages d’ascenseur. De la Ca’ Brütta de Giovanni Muzio (1919-23) à la Casa del Cedro de Giulio Minoletti (1951-52), marbre, cristal et bronze sont des matériaux communs. Outre les photographies sobres, frontales, respectant évidemment le parallélisme des verticales, l’intérêt de l’ouvrage tient au décryptage de tous les éléments décoratifs. Marbre de Carrare ou fleur de pêche ? Granite blanc de Montorfano ou rouge de Baveno ? Brèche de Macchavecchia, travertin de Tivoli ou calcaire de Trani ? Ces indications précieuses permettent de nourrir le sentiment du beau. Ici, un interphone qui est une sculpture d’Adolfo Wildt, là des chandeliers de Vico Magistretti ou des luminaires de Giò Ponti, ailleurs une rambarde dessinée par Ceramica San Paolo de Venise. Milan, laide ?
Entryways of Milan (bilingue anglais-italien), par Karl Kolbitz, Taschen, 2017, 384 p., 49,99 € .

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REPORTAGE

Signé Magnum

Magnum est probablement la plus célèbre agence de photographie au monde. Cette coopérative fondée en 1947 par trois « C » - Capa, Chim, Cartier-Bresson -, et un « R » (George Rodger) s’est illustrée sur tous les fronts, avec des reportages marquants pour Life, Paris Match ou Stern. Ses membres ont aussi publié des livres dont voici le premier recensement intégral. De Death in the Making de Robert Capa sur la guerre d’Espagne (1938) à Libyan Sugar (2016), compte-rendu par Michael Christopher Brown de la chute de Kadhafi, on feuillette un monde majoritairement macabre, où se succèdent les guerres (de Corée, du Vietnam avec Philip Jones Griffiths, du Golfe, etc.), les génocides (Cambodge, Guatemala, Rwanda), les révolutions (Nicaragua avec Susan Meiselas ou printemps arabe), les catastrophes écologiques (Minamata avec Eugene W. Smith). On y ausculte prisons (Danny Lyon), pauvreté, famine et sécheresse. Mais on y porte aussi des regards très personnels sur la communauté mennonite (Larry Towell), le kitsch (Martin Parr), une ville mythique come Valparaiso (Sergio Larrain) ou le dernier trajet de Kennedy : 8 heures dans l’un des 22 wagons du train qui transportait son cercueil (Paul Fusco)…
Magnum, les livres de photographies (en français), par Fred Ritchin et Carole Naggar, Phaidon, 272 p., 69,95 €.

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AVANT-GARDES

Le retour de Lotar

Les passionnés se souviennent avec émotion du catalogue de la première rétrospective du photographe Eli Lotar (1905-1969) au Centre Pompidou en 1993-1994. Les 112 pages petit format sont maintenant substituées par une nouvelle édition de plus grand format, de 224 pages, exactement le double… Pourquoi ? En vingt ans, le Centre Pompidou a bénéficié d’une nouvelle donation du collectionneur Jean-Pierre Marchand et une thèse de Damarice Amao a permis de mieux connaître certains pans de son œuvre. Le nouveau catalogue complète donc utilement ce que l’on connaissait déjà bien - les abattoirs de la Villette, les images surréalistes - par des chapitres complets sur son rapport au cinéma documentaire (avec Joris Ivens sur les polders de Hollande et avec Buñuel dans l’Estrémadure de Terre sans pain) et sur ses portraits (Artaud, Bataille, Georges-Henri Rivière, etc.). Le petit gars de Bucarest (né à Paris de deux intellectuels roumains mais éduqué chez sa grand-mère et revenu en France seulement en 1924, sans bagages) récupère ainsi sa position originale dans les avant-gardes de l’entre-deux-guerres. Ses dernières années seront moins fécondes, hormis ses rapports avec Giacometti (exposition au Jeu de paume jusqu'au 28 mai 2017).
Eli Lotar (en français), par Damarice Amao, Clément Chéroux, Michel Frizot, Cédric de Veigy, Pia Viewing, Jeu de Paume/éditions du Centre Pompidou/Photosynthèses, 2017, 225 p. 39 €.

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SOCIOLOGIE

Des parcs à thème, la nuit...

Notre monde n’est plus qu’apparence et réplique – sites et beautés standardisés, siliconés, mondialisés. Notre monde est aussi obsédé d’amusement, contraint au loisir forcé par l’extension du temps libre. Stefano Cerio croise les deux thématiques en étudiant l’envers du décor : les parcs d’amusement, montagnes de plastique et de résine qui ont fleuri en Amérique, bien sûr, mais aussi en France, en Italie, en Chine. Cerio les explore hors saison, la nuit, et restitue des ambiances mortifères, solitaires, décaties. Faux camions, faux avions, faux gratte-ciels à Gardaland (Vérone), Coney Island, Cinecittà Park (Rome) : à l’heure de la réalité virtuelle, de la reprographie 3D, ces lieux ont malgré eux un charme indéfinissable, daté. Face au laser, le carton-pâte a une vraie poésie.
Night Games (bilingue anglais-italien), photos Stefano Cerio, textes Gabriel Bauret, Angela Madesani, Hatje Cantz, 2017, 128 p., 35 €.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE


PIERRE BETTENCOURT

12 mai 2017 - PARIS - Galerie Les Yeux fertiles

Connu comme poète, romancier et éditeur (1917-2006), il fut aussi un artiste singulier

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