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N° 495 - du 7 décembre 2017 au 13 décembre 2017


Ernesto Che Guevara dans la Sierra Maestra, 1958 © Centro de Estudios Che Guevara.

L'AIR DU TEMPS

Ce que nous dit Che Guevara sur le pouvoir de l’image

MILAN - En notre époque inquiète, la caisse de résonance des médias en ligne diffuse immédiatement à travers la planète, telle une traînée de poudre, le moindre événement. Dans le même temps, la portée réelle des faits est brouillée par la dictature de l’immédiateté : ce qui importe, c’est la dernière nouvelle, celle qui chasse la précédente. Le dernier mail vaut mieux que l’avant-dernier. Aucune « persistance rétinienne » : on est à peine saisi par l’assassinat de l’ex-président Saleh au Yémen ou par le casse-tête de la frontière irlandaise que voici Mme Macron apparaissant avec un petit panda dans les bras au zoo de Beauval. Et la mort de Johnny remet tous les compteurs à zéro… Dans ce contexte de zapping généralisé et permanent, les expositions qui posent, qui étudient, qui s’interrogent sur un moment passé ont une véritable vertu didactique. La rétrospective consacrée à Ernesto Guevara qui ouvre à la Fabbrica del Vapore à Milan pose ainsi la question du pouvoir de l’image. A notre époque où les tuyaux d’Instagram et de Facebook sont continuellement engorgés de clichés périssables (dont le selfie, « bibelot d’inanité » pour reprendre Mallarmé…), la faculté de bâtir un mythe universel - celui du Che ! - avec quelques photographies en noir et blanc tient presque du miracle. Quel « people » actuel consentirait à cette disette médiatique ? Boulimiques rivés à nos écrans, nous engloutissons chaque jour les images par tombereaux. Comme l’anthracite qui brûle sans laisser de cendre ni de fumée, elles s’évaporent sans laisser de traces… A quand des cours obligatoires pour muscler notre regard ? Pour reprendre une belle formule de Claudel (qui est également le nom d’une librairie historique de Montparnasse qu’une collecte de fonds vient de sauver de la fermeture), l’œil écoute. Il mérite un solfège plutôt qu’un « bruit » perpétuel et stressant. Fermez les yeux dix minutes et tâchez de vous rappeler le dernier tableau que vous avez vu…
Che Guevara à la Fabbrica del Vapore, du 6 décembre 2017 au 1er avril 2018.

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EXPOSITIONS


Beate et Serge Klarsfeld viennent perturber les obsèques de Xavier Vallat, ancien commissaire général aux questions juives et figure de l’extrême-droite antisémite, à Pailharès. 8 janvier 1972 Photo Elie Kagan, Coll. Klarsfeld

Les Klarsfeld : ne pas oublier

PARIS - On s’en inquiète ponctuellement, davantage ces derniers temps : la résurgence du néo-nazisme a été signalée par des quotidiens comme The Guardian en Grande-Bretagne ou La Repubblica en Italie. Elle se nourrit de la montée des mouvements identitaires et nationalistes, et des doutes sur l’utilité de la construction européenne. La banalisation du mal ne date pas d’aujourd’hui et une mise en perspective rappelle que le combattre n’était pas plus facile au lendemain de la guerre. A l’époque, les anciens dignitaires nazis occupaient des postes de responsabilité et il en fallut de l’audace pour gifler en 1968 le chancelier ouest-allemand Kiesinger, qui avait été l’un des artisans de la propagande du Reich à la radio ! C’est ce que fit Beate Klarsfeld au congrès du parti démocrate-chrétien. L’exposition montre le rôle qu’elle a joué depuis un demi-siècle avec son mari Serge pour continuer à traquer les responsables du régime, d’Allemagne au Paraguay, et les obstacles (procès, emprisonnement, diffamation) à surmonter. Beaucoup auraient préféré enterrer les fautes passées dans l’euphorie des Trente Glorieuses. Mais l’oubli de l’histoire est bien le terreau des nouvelles xénophobies…
Beate et Serge Klarsfeld, les combats de la mémoire au Mémorial de la Shoah, du 7 décembre 2017 au 29 avril 2018.

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La mécanique de la Terreur

PARIS - De mars 1793 (création du Tribunal révolutionnaire) à juillet 1794 (chute de Robespierre lors de Thermidor), la France connut une expérience unique : la Terreur. Concentrant le pouvoir en des cercles de plus en plus réduits (les deux tiers des députés de la Convention ne siégeaient plus, proscrits, morts ou cachés), faisant tourner la guillotine à plein régime (à Paris mais aussi en province), cette longue année fut-elle la première manifestation des régimes totalitaires modernes ? La complexité de la période est souvent réduite dans l’imaginaire collectif à l’affrontement de quelques personnages hors du commun (avec Robespierre et Danton en première ligne). Utilisant les riches collections du musée Carnavalet (actuellement fermé pour rénovation), l’exposition soulève une question toujours d’actualité : comment utilise-ton la peur comme outil de gouvernement ?
Gouverner avec la peur : la Terreur à la galerie Soufflot, du 4 décembre 2017 au 13 janvier 2018.

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10 regards sur Capodimonte

NAPLES - Les musées sont un palimpseste, une accumulation d’objets, dont on remet rarement en cause la pertinence et la valeur, surtout en Europe où le principe de l’inaliénabilité des collections est souverain. En laissant le temps comme juge suprême, il permet certes de sauvegarder des ensembles qui auraient pu être dispersés, mais il empêche souvent un regard iconoclaste - pourtant très nécessaire… Le musée de Capodimonte, un des musées universels du Vieux Continent, a trouvé une solution intermédiaire (déjà expérimentée ailleurs, par exemple avec Philippe Djian au Louvre). Il a choisi de bouleverser partiellement ses collections en demandant à dix commissaires invités d’y puiser pour constituer leur propre micro-musée. Au long des dix salles concoctées par l’historien Marc Fumaroli, l’artiste Giulio Paolini, l’industriel Gianfranco D’Amato, le chef d’orchestre Riccardo Muti et six autres intervenants, les choix sont autant d’éclairages, de points de vue qui remettent en cause l’ordre établi.
Carta bianca au musée de Capodimonte, du 11 décembre 2017 au 17 juin 2018.

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L’ARTISTE DE LA SEMAINE


© Jean-Luc Chapin, Hêtre, 2003.

Jean-Luc Chapin, retour sur photo

Dans les dix dernières années, la litanie des photographes passés de l’argentique au numérique est interminable. Celui-ci, Jean-Luc Chapin, a fait l’inverse : après avoir tenté de s’adapter à l’air du temps, il a rebroussé chemin, ne trouvant dans la technologie digitale ni la profondeur de champs ni la texture ni le velouté des vieilles méthodes. Il y a de l’artisanal revendiqué (notamment au tirage des photos) et de longues attentes dans ces paysages aux noirs très marqués, tantôt soyeux, tantôt gras comme une marque de khôl. Les blancs sont à la peine - parfois cachés dans l’œil d’une chouette. Il s’agit plutôt de gris, de nombreuses nuances, pluvieux, nacrés, dans les horizons, les feuilles mouillées, les joncs, les troncs… Amoureux de la nature, des fleuves, des champignons et des chiens, qu’il a abordés dans d’autres ouvrages, Chapin dresse ici un portrait d’une France que l’on pourrait qualifier de sauvage, et pourtant si accessible, de la Gironde à la Dordogne, jusqu’au Marais poitevin. Aucun humain en vue, ni de traces de plastique. Mais peut-être n’est-ce qu’un sursis…
Natures, photographies de Jean-Luc Chapin, exposition à la galerie Gallimard, jusqu’au 13 janvier 2018. Catalogue Gallimard, textes de Jean-Marie Laclavetine et Muriel Barbery, 168 p., 39 €.

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LIVRES

Le mystère Gibson

Il porte le nom d’une guitare et de l’acteur de Mad Max. Mais ce Gibson-là, prénommé Ralph, s’est illustré dans une autre discipline artistique, la photographie. Au début de la décennie 1970, à l’âge de 30 ans, alors que son destin est encore incertain (même s’il a été l’assistant de Dorothea Lange), il décide de contrôler de A à Z son processus créatif. Il produit en peu de temps trois ouvrages, dont il assure l’image (photos, bien sûr), le texte (très laconique) mais aussi la maquette. Ces livres aux titres énigmatiques (The Somnambulist, Déjà-Vu, Days at Sea) dévoilent un univers très personnel sans fournir de clé - ni explications ni légendes - laissant le lecteur développer sa propre interprétation. Devant cet homme se mouchant dans l’embrasure d’un tronc arbre, cette femme se caressant les fesses avec une plume, ou cette main ouvrant une porte, on est forcé de tisser des analogies avec le surréalisme et ses rapprochements incongrus. Accompagnant une exposition au Pavillon populaire de Montpellier (jusqu’au 8 janvier 2018), cette réédition invite une nouvelle fois le lecteur à se « faire son propre film ».
Ralph Gibson, la Trilogie, sous la direction de Gilles Mora, éditions Hazan, 2017, 200 p., 35 €.

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EN BREF

MIAMI - La foire Art Basel Miami Beach a lieu du 7 au 10 décembre 2017.

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PARIS - Le Salon des Beaux-arts a lieu du 7 au 10 décembre 2017 au Carrousel du Louvre.

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PARIS - Le salon Galeristes a lieu au Carreau du Temple les 9 et 10 décembre 2017.

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Biennale Thessalonique 2017

Fred Deux MBA Lyon

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