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N° 499 - du 18 janvier 2018 au 24 janvier 2018


Salle 12, Les Ménines de Vélasquez © Museo Nacional del Prado, Madrid.

LETTRE DE MADRID

Une année Prado

La capitale espagnole vient de célébrer le 400e anniversaire de sa Plaza Mayor et le 100e du début des travaux de son métro. 2018 aura évidemment d’autres éphémérides à défendre. Dans le domaine de l’art, le plus attendu est le 200e anniversaire du musée du Prado, qui vient de clore 2017 sur de bons résultats (2,8 millions de visiteurs). Le jour historique du 19 novembre 1819 qui vit l’ouverture au public des salles avec 311 tableaux espagnols sera fêté à la date précise. D’ici là, plusieurs expositions notables sont programmées, dont. En revanche, l’un des projets phares du Prado 200, la réhabilitation et l’incorporation au musée du Salón de Reinos, un palais du XVIIe siècle, par Norman Foster et son équipe, ne sera achevée qu’en 2021.

EXPOSITIONS


Mariano Fortuny, Cecilia de Madrazo, aquarelle sur papier, 520 x 380 mm, 1874, The British Museum, Londres © The Trustees of the British Museum.

La roue de Fortuny

MADRID - Je demande le fils ! C’est Mariano (1871-1949). Je demande le père ! C’est Mariano (1838-1874). Chez les Fortuny, il est facile de confondre les générations. D’ailleurs, c’est le fils, le couturier raffiné et polyglotte installé dans un grand palais vénitien, qui est le plus connu (à Paris, le palais Galliera vient de lui consacrer une exposition). Son père, dont la célébrité était pourtant extrême au XIXe siècle et qui partageait les mêmes caractéristiques cosmopolites, a mal vieilli… C’est donc une bonne raison de fréquenter le Prado qui détaille de façon exhaustive son parcours. Ce surdoué du dessin, après s’être fait la main sur les champs de bataille de la guerre au Maroc espagnol, perça en France grâce à l’appui de critiques enthousiastes comme Théophile Gautier. Ami des hautes sphères - les ducs de Riánsares à Paris pour qui il dessine un plafond de 15 m2 (une revue militaire) aujourd’hui au Prado, la comtesse Colonna à Rome qui lui ouvre à loisir son palais -, il sait aussi fidéliser des amateurs comme le collectionneur William H. Stewart. Tous en pincent pour ses scènes de genre, ses compositions orientalistes, ses vues de jardins andalous, ses reconstitutions historiques du précieux XVIIIe siècle. Le parcours chronologique, qui se conclut sur son propre cabinet de curiosités (il fut un grand collectionneur), permet d’apprécier son extrême virtuosité dans la technique de l’aquarelle. A la fin de sa vie, il expérimentait une touche plus libre et vibrante avec ses amis sur le littoral romain quand un ulcère foudroyant l’emporta à 36 ans à peine…
Fortuny au musée du Prado, jusqu’au 18 mars 2018.

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Ventura Rodríguez, Cathédrale, dessin, Accademia di San Luca, Rome.

Le Ventura architecte

MADRID - Il a une station de métro à son nom sur la ligne 3, près de la Plaza de España. Mais Ventura Rodríguez (1717-1785), quasi contemporain de son homologue parisien Soufflot, n’en reste pas moins méconnu. Cet architecte a pourtant contribué à donner sa physionomie au Madrid d’aujourd’hui, notamment dans les travaux pharaoniques du Palacio Real - mais fut aussi actif ailleurs, par exemple à Saragosse, avec la basilique du Pilar. L’exposition qui lui est consacrée pour le tricentenaire de sa naissance se tient dans une institution dont il fut l’un des piliers pendant quarante ans, l’Académie de San Fernando (où Picasso étudia brièvement en 1897). Elle replace ce grand connaisseur de l’architecture italienne, passionné de baroque, au centre d’un véritable réseau culturel, comprenant notamment Goya. Elle montre qu’il a certes laissé un corpus remarquable de bâtiments mais aussi de dessins (son projet de cathédrale en 1748, alors qu’il n’avait rien construit, lui valut d’être élu à l’académie de San Luca, à Rome) et même d’écrits.
Ventura Rodríguez, arquitecto de la Ilustración, à la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, du 21 décembre 2017 au 8 avril 2018.

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Vue d’une des salles avec les marionnettes de Woyzzeck in the Highveld, photo Joaquín Cortes / Roman Lores, archives photographiques du musée Reina Sofía, 2017.

Kentridge, bête de scène

MADRID - Ces grosses marionnettes de bois posées sur une estrade ? Les acteurs d’un étonnant Woyzeck on the Highveld, adaptation de la pièce de Büchner au décor et aux passions d’Afrique du Sud. Ces dessins au fusain de temples antiques ? Le décor d’un opéra de Monteverdi (Le retour d’Ulysse) monté à Bruxelles. Ces gravures et ces huit films courts ? Une partie de son grand projet sur Le Nez de Gogol… L’art de William Kentridge (né en 1955 à Johannesburg) est aussi varié que l’est son parcours. Etudiant en sciences politiques, metteur en scène précoce, venu à Paris étudier le mime chez Jacques Lecoq, il est aujourd’hui l’un des artistes les plus engagés de la scène contemporaine. Contre l’apartheid au début, aujourd’hui contre les différentes injustices que l’homme inflige éternellement à ses semblables… Heureusement qu’il reste la littérature ! Le Faust de Goethe et l’Ubu de Jarry sont d’autres influences qu’il a exploitées et l’exposition, l’une des rares qui lui aient été consacrées en Espagne et la première sur son travail pour la scène - met en avant ce goût ardent pour la chose écrite.
William Kentridge. Basta y sobra, au musée Reina Sofia, jusqu’au 19 mars 2018.

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3 CRÉATEURS CONTEMPORAINS

BRUXELLES - Jean-Luc Moulène est à la Verrière de la Fondation Hermès : dans Angle mort, il fait décomposer des champignons sur papier, expose des peintures à l’huile et au goudron et sublime le tout par un jeu de miroirs. Du 19 janvier au 31 mars 2018.

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ENGHIEN-LES-BAINS - Ange Leccia investit le casino de la station thermale avec une installation mêlant à son habitude vidéos et plans fixes pour une Communauté des images. Du 19 janvier au 15 avril 2018

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PARIS - Dans Le peuple de la vallée, le photographe Pierre de Vallombreuse montre ses recherches sur l’ethnie Palawan au sud des Philippines, chez qui il s’est rendu 17 fois. Au Musée de l’Homme, du 18 janvier au 8 juin 2018.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE


MICHAEL SCOTT

19 janvier 2018 - GENÈVE - Galerie Xippas

Né en 1958, un membre de la Nouvelle Abstraction de New York

Notre sélection de nouvelles expositions en galeries en France, Suisse, Belgique

LIVRES

Voyage à Versailles

Le 5 octobre 1789, la populace parisienne, emmenée par les dames de la halle, va chercher à Versailles « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ». C’est un très rare cas d’incursion populaire dans le château des rois de France. Mais, comme le montre cet ouvrage (qui accompagne une exposition jusqu’au 25 février 2018), les visiteurs n’ont jamais manqué. Ils étaient certes d’un autre ordre, plutôt ducs et cousins, généraux et princes alliés, ambassadeurs. Si les Européens se plient sans souci à une étiquette réglée comme du papier à musique, concernant le protocole, notamment les échanges de cadeaux (Louis XIV aimait offrir des boîtes à portraits, Louis XV des tabatières), les « exotiques » sont moins faciles à encadrer ! Le Perse Reza Bey, en 1715, se permet de fumer dans le carrosse du Roi Soleil et n’offre guère qu’un baume médicinal tandis que le bey de Tunis, en 1777, ose se présenter à l’audience avec un poignard. La fameuse ambassade de Siam de 1686 a été abondamment documentée par les chroniques. Les atours sont somptueux, les cadeaux étonnants (des canons en argent martelé), les reporters sont des peintres et non des photographes. Mais, pour le reste, les choses ont-elle vraiment changé par rapport aux missions économiques d’aujourd’hui ? Les ambassadeurs, invités à visiter la manufacture de Saint-Gobain, en repartent avec une commande de 4000 miroirs…
Visiteurs de Versailles, sous la direction de Danielle Kisluk-Grosheide et Bertrand Rondot, Château de Versailles/Gallimard, 2017, 336 p., 45 €.

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