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N° 511 - du 12 avril 2018 au 18 avril 2018


Intérieur de Punta della Dogana, avec vue du rideau Blood de Félix Gonzalez-Torres (1992). Photo R. Pic

L'AIR DU TEMPS

Lettre de Venise

« Dans Venise la rouge, pas un bateau qui bouge », chantait Musset. Que dirait-il de la Sérénissime en ce début de printemps, quand les gondoliers ne savent plus où donner de la tête face à l’afflux de touristes asiatiques ? Après le creux post-carnaval, la ville reprend des couleurs. La place Saint-Marc est pleine, tout comme les maxi-boutiques de luxe près de l’église San Moisè. Le pont de l’Accademia, construit en 1933, subit une cure de jouvence : il est entièrement empaqueté pour restauration et les touristes devront attendre juin (si tout va bien) pour revoir sa silhouette caractéristique. Autant dire que l’inauguration de la Biennale d’architecture, le 24 mai, se fera sans lui et que la polémique sur les ponts vénitiens aura l’occasion de rebondir. Tout en verre, le pont de la Constitution, signé Calatrava, est toujours aussi glissant et la neige de cet hiver y a causé un record de chutes. Une solution énergique comme celle prise à Bilbao pour son cousin (pose de tapis antidérapants), n’est pas encore d’actualité. Attention, donc, pour les touristes arrivant du parking : à Venise, la saison culturelle demande un pied sûr.

EXPOSITIONS


Albert Oehlen, Autoportrait à la palette, 2005, Pinault collection.

Gros plan sur Oehlen

VENISE – Dans l’exploration des artistes de la collection Pinault, le choix est tombé cette année sur cet artiste allemand né en 1954, qui n’a pas encore la notoriété de ses pairs et aînés Baselitz, Immendorf ou Penck – et surtout pas celle de Hirst, à l’honneur l’an dernier. L’ensemble du Palazzo Grassi (3000 m2) lui est consacré, présentant une étonnante variété d’œuvres, du quasi conceptuel (la boisson Cofftea, la projection du film 9 Semaines et demie sur une de ses toiles) à la peinture figurative pure (avec, notamment de beaux autoportraits), de l’abstrait fougueux et coloré aux motifs répétitifs noir et blanc, inspirés des codes binaires, jusqu’à une installation, où on le voit, en peintre dubitatif, couché dans un lit. Impossible donc de placer cet artiste discret dans une case. Et encore moins avec les conditions particulières du lieu : « La magie du Palazzo Grassi est que la lumière y change sans cesse, explique la commissaire Carline Bourgeois. On n’y voit jamais les mêmes œuvres ! »
Albert Oehlen, Cows by the water, au Palazzo Grassi, du 8 avril 2018 au 6 janvier 2019.

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Rudolf Stingel, Sans titre (Alpino, 1976), 2007, huile sur toile, 335,9 × 326,4 cm. Pinault collection, courtesy of the artist.

L’artiste par lui-même

VENISE – Le deuxième pôle de la galaxie Pinault se concentre sur une exposition collective où il est question d’introspection sans qu’il s’agisse d’autoportrait – une distinction ténue, pas toujours facile à saisir… Comment l’artiste fait de lui-même son matériau de base : dans cet assemblage, qui réunit des œuvres de la collection Pinault et du musée Folkwang à Essen, se succèdent des noms attendus comme Nan Goldin, Cindy Sherman, Gilbert & George, Bruce Naumann. Et d’autres qui le sont beaucoup moins, comme l’inclassable Marcel Bascoulard de Bourges, dessinateur émérite et artiste outsider, retrouvé assassiné dans sa roulotte en 1977, qui aimait se faire photographier habillé en femme, ou le Brésilien Paulo Nazareth. La vidéo de Lili Reynaud-Dewar, peinte en noir, dansant nue à la Joséphine Baker, est ensorcelant. Mais l’œuvre qui recueillera certainement les faveurs du public sera le personnage en paraffine d’Urs Fisher, prévu pour être entièrement fondu à la fin de l’exposition…
Dancing with Myself à Punta della Dogana, du 8 avril au 16 décembre 2018.

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Music vrai-faux vigneron

VENISE – On connaît Zoran Music (1909-2005) pour ses chevaux dalmates, dans des teintes terreuses, ses images remontées des camps de la mort (Nous ne serons pas les derniers) mais aussi pour ses vues de Venise, plus lumineuses et colorées. Alors que sa veuve Ida Barbarigo vient de décéder, en janvier dernier, cette petite exposition reconstitue une partie de son œuvre autour d’un objet étonnant – la cave à vin des environs de Zurich, qu’il décora à la fin des années quarante. Ce cycle a été péniblement décollé et est désormais préservé dans une nouvelle « pièce » transportable.
La stanza di Zurigo. Omaggio a Zoran Music au Palazzo Fortuny, du 24 mars au 23 juillet 2018.

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Fulvio Roiter, Sulla strada Gela - Niscemi, Sicilia 1953 © Fondazione Fulvio Roiter.

Un autre Roiter

VENISE – On le connaît comme le véritable deus ex machina du carnaval vénitien. Si cette renaissance impromptue, dans les années 1970, de la fameuse manifestation du XVIIIe siècle a si bien pris, c’est en partie grâce aux images flamboyantes du photographe, qui en tira gloire (dont un grand prix à Arles en 1978) et richesse. Mais qui, se faisant, vit la première partie de sa carrière totalement occultée. A deux ans de sa mort (le 18 avril 2016), cette exposition dans un lieu intime qui a auparavant montré Werner Bischof, met l’accent sur ses photos d’avant – portraits, scènes de vie en noir et blanc, architecture, paysages – qui le rapprochent de Cartier-Bresson ou, redécouvert récemment, de l’étonnant corpus espagnol de Carlos Saura.
Fulvio Roiter à la Casa dei Tre Oci, du 16 mars au 26 août 2018.

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Ruskin côté dessinateur

VENISE – Grand théoricien, notamment du préraphaélisme et de l’art gothique, John Ruskin sut allier la théorie et la pratique. Ses délicieuses aquarelles n’ont jamais été aussi séduisantes que lorsqu’elles ont pris Venise – où il fit de longs séjours (11 voyages sur plus d’un demi-siècle, de 1835 à 1888 !) – comme motif. Cette exposition, la première consacrée en Italie à son art – lui rend enfin justice.
Ruskin. The stones of Venice au Palais des Doges, du 10 mai au 10 juin 2018.

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LIVRES

L’axe Gide-Malraux

On voit Malraux tellement occupé à bâtir son personnage et sa légende qu’on oublie que ce grand individualiste a pu bâtir des amitiés durables. Au contraire de celles d’aujourd’hui qui ne laisseront aux générations futures que du vent (ou peut-être des bribes de mails conservées sur un miraculeux disque dur), celles d’autrefois, basées sur l’antique papier, ont bravé le temps. C’est ce que démontre ce volume qui recense les échanges entre l’aventurier hyperactif et son aîné, plus casanier (hormis une fameuse expédition au Congo et l’immanquable voyage en URSS). De 1922 à 1951, jusqu’à la mort de l’aîné, ils s’écrivent, se rencontrent rue Vaneau, discutent littérature (Malraux, beaucoup plus jeune, sera l’éditeur de Gide chez Gallimard) et mènent un combat commun (contre le fascisme), prouvant qu’ils partageaient beaucoup plus qu’un simple prénom. A noter qu’une exposition « Malraux, éditeur extraordinaire se tient à la galerie Gallimard du 19 avril au 19 mai.
André Gide et André Malraux. L’amitié à l’œuvre (1922-1951), par Jean-Pierre Prévost, 248 p., 35 €.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE

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