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Millet

Collectif

En 1889, une tournée attire les foules aux Etats-Unis. Dans chaque ville où elle passe, des dizaines de milliers de personnes suivent le convoi. Buffalo Bill ? Une star du music-hall ? Le dernier chef indien ou le vainqueur de la guerre de Sécession ? Non, un seul tableau, le plus célèbre du monde à l’époque : l’Angélus de Millet, qu’une réunion d’amateurs américains venait d’arracher à la France pour la somme mirifique de 553 000 francs. Quelques années plus tard, Chauchard, le propriétaire des magasins du Louvre, le rachète pour 800 000 francs, l’équivalent de plusieurs millions d’euros actuels - une acquisition alors saluée comme un geste patriotique. Aujourd’hui, Jean-François Millet (1814-1875) est bien négligé (sa dernière grande rétrospective en France remonte à 1973). Seul ce tableau est resté une icône mais une nouvelle exposition à Lille (au Palais des Beaux-Arts, jusqu’au 22 janvier 2018) se propose de gratter la croûte de l’oubli pour rappeler l’extraordinaire accueil qu’eut ce peintre de la vie paysanne. C’est un original catalogue qui s’en charge, au format carré, composé de deux volumes accolés sous une même couverture. Le premier parcourt la carrière du peintre du Cotentin - ses autoportraits, ses quelques nus mais surtout ses Glaneuses, ses Scieurs, ses Bergères, ses Gardeuses d’oies et ses Vanneurs, éparpillés à travers le monde, de Cincinnati à Cardiff, de Tokyo à Williamstown. Le second rappelle son étonnante postérité en Amérique, qui n’est pas révolue, son influence sur la peinture (Edward Hopper), la photographie documentaire (Lewis Hine, Dorothea Lange, Walker Evans) et, surtout, sur le cinéma : Roman Polanski, Gus van San et Terence Malick en sont amateurs et s’en inspirent ouvertement. Un artiste français contemporain de Millet, Jules Breton, donna une explication lumineuse à son aura : « Il peut avec un champ rugueux où repose une charrue, où se hérissent quelques grêles chardons, avec deux ou trois tons et une facture maladroite et laineuse, il peut remuer le fin fond de l’âme et chanter l’infini. » Un bémol à cette utile mise à jour : l’événement fondateur de 1889 est à peine esquissé…


Millet, Réunion des musées nationaux, 2017, 256 p., 35 €.

Millet - Collectif


Critique parue dans la newsletter N° 488 - du 19 octobre 2017 au 25 octobre 2017

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