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N° 524 - du 14 juillet 2018 au 5 septembre 2018


Masque,
Liberia, région côtière
Wobé. Fin XIXe, début XXe siècle, bois, peau, fer, coton, 33 cm. Photo © MEG, J. Watts.

L'AIR DU TEMPS

Un regard sur l'été 2018 : 10 expositions, de Rodez à Hambourg

On le sait, le spectacle est plus que jamais à l’extérieur - dans la rue, sur les stades, dans les cols. La Coupe du monde, le tour de France, les concerts, les feux d’artifice ou même les manifestations contre Trump et ses élucubrations… Mais les musées sont toujours là ! Au plus chaud d’un été certainement très chaud, ils fourniront le contrepoint bienvenu au farniente et à l’apéro-barbecue. Impossible évidemment de lister de manière exhaustive les expositions alléchantes – elles sont trop nombreuses. Voici simplement une petite feuille de route, qui essaie de mailler l’Europe aux vieux parapets (elle existe !), des provinces moins fréquentées à une poignée de grandes capitales. Et même au-delà, avec des incursions vers un plus grand large… Bonnes déambulations !


Saburo Murakami, Work, 1960, huile sur toile, contreplaqué, 183,2 x 139,7 cm
 © Tomohiko Murakami, Courtesy of the Estate of Saburo Murakami and ARTCOURT Gallery Collection of Hyogo Prefectural Museum of Art (The Yamamura Collection).

Furia japonaise

RODEZ – Les happening, les performances, l’Action Painting ? On attribue tout cela en bloc aux Américains. Pourtant, les Japonais se sont montrés précurseurs : les audaces d’un groupe de jeunes peintres dans un pays encore en reconstruction, dix ans après Hiroshima et Nagasaki, ont marqué Fluxus et Yves Klein. Autour d’un aîné, Yoshihara, ces membres du groupe Gutai (mot qui signifie à peu près « concret »), ont été de véritables iconoclastes, trouant des toiles, se roulant dans les pigments ou peignant avec les pieds en se suspendant à une corde. Dans le cadre de la saison Japonismes, une quarantaine d’œuvres sont montrées au musée Soulages, provenant du musée du Hyogo à Kobe, dont une belle sélection de Shiraga, qui a récemment battu son record lors d’une vente chez Sotheby’s. L’un des derniers membres du groupe, Matsutani, installé à Paris, rappelait lors de l’inauguration l’énergie de ces artistes qui reconstruisaient sur une table rase…
Gutai, l’espace et le temps au musée Soulages, du 7 juillet au 4 novembre 2018.

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Figure de reliquaire bwete, Gabon, région du Haut-Ogooué, aire culturelle kota, sous-groupes obamba ou mindumu. XIXe siècle Bois, cuivre, laiton. H 57 cm. Don du docteur Georges Graz en 1929. MEG. Photo: © MEG, J. Watts

Extases d’Afrique

GENEVE – Aujourd’hui l’extase et les cultes de possession semblent plutôt s’emparer des supporters des équipes du Mondial que des griots du Sahel. Le football, nouvelle religion ? Certainement, mais pour établir ce type de parallèle et l’asseoir sur une démonstration solide, rien de mieux que de plonger dans la dimension sacrée et extatique de rites traditionnels... Le musée d’Ethnographie le fait en fouillant dans ses collections africaines. Divination, rituels funéraires et sacrifices sont évoqués par des masques, des reliquaires et des manuscrits talismaniques : tout tend à relier le monde des vivants à celui des morts et des dieux pour s’assurer succès et prospérité. Un lien qui n’est pas (encore ?) avéré dans le culte du ballon rond…
Religions de l’extase au MEG, du 18 mai 2018 au 6 janvier 2019.

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Squelette dans un linceul assis sur un tombeau, France, daté 1547 Ivoire H. 9,6 ; L. 8,8 ; Prof. 3 cm Legs baronne Henri de Rothschild, 1926 Musée des Arts décoratifs, Paris ©

La mort en face

TOULOUSE – La vanité était autrefois un thème largement labouré par les artistes : la flamme vacillante d’une bougie, une bulle de savon, un sablier, et, plus encore, une tête de mort, servaient à rappeler l’inanité des projets humains face au grand vide de la mort. Il a toujours fallu avoir une certaine dose d’excentricité pour collectionner ce type de représentations, à plus forte raison lorsqu’on était une femme née à la fin du XIXe siècle. Mais la baronne de Rothschild (1874-1926) n’avait pas froid aux yeux et avait eu un contact quotidien avec la mort lors de son engagement comme infirmière pendant la Première Guerre mondiale. Cette étonnante collection de squelettes et têtes de mort (certaines fumant le cigare) a gardé son intégrité grâce au legs que la baronne fit à l’intention du musée des Arts décoratifs. Les ivoires japonais, les épingles de cravate, les tabatières sont complétés par des créations plus récentes d’Alberola ou Barceló pour montrer la permanence du thème.
Même pas peur ! Les collections de la baronne Henri de Rothschild à la Fondation Bemberg, du 29 juin au 30 septembre 2018.

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Kota Ezawa, Inondation, 2011, boîte lumineuse, 100 x 150 cm © Courtesy l’artiste et galerie Anita Beckers, Francfort

Les colères de Mère Nature

HAMBOURG – Les tsunami en Asie, les cyclones dans la Caraïbe, les tremblements de terre au Mexique, en Iran ou à Haïti, les pluies diluviennes au Japon, les glissements de terrain au Honduras ou aux Philippines… Même si son bilan mortuaire n’arrive jamais à la hauteur des guerres, la nature n’est pas avare de drames de toutes sortes. Et ces colères ont toujours fasciné peintres, photographes et écrivains, comme en témoigne cette rétrospective qui donne parfois la chair de poule. La mer est au premier rang, avec des toiles de Vernet, Püttner ou Isabey (son naufrage de l’Emily est saisissant). Mais il y en a pour tous les goûts avec des incendies, des éruptions volcaniques (le Vésuve en excite plus d’un, dont Wright of Derby et Valenciennes). L’exposition montre d’intéressantes variations contemporaines, notamment sur les inondations, par Olphaert Den Otter ou Kota Ezawa : la montée des eaux est devenue le danger numéro un…
Nature Unleashed. Images of the Catastrophe since 1600 à la Hamburger Kunsthalle, du 29 juin au 14 octobre 2018.

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Vue de l’exposition. Œuvres de Simone Fattal : à droite (mur) : Angel (I -V), terre cuite émaillée, 2018 à gauche : The Meeting, terre cuite émaillée, 2018;

Souviens-toi de Beyrouth…

MARRAKECH – La cosmopolite Etel Adnan (née en 1925 à Beyrouth) est considérée comme l’une des grandes artistes de ce début de XXIe siècle (les hommages à ses paysages synthétiques et colorées se multiplient dans les musées et les galeries) tout autant que poète. Bob Wilson (né en 1941 au Texas) est l’une des stars mondiales de la scène. La céramiste et peintre Simone Fattal (née en 1942 à Damas) est moins connue mais est l’indispensable troisième pointe de cette exposition originale : compagne d’Etel, elle en est également l’éditrice. L’exposition raconte cette amitié née en 1975 à Beyrouth, à la veille de la guerre du Liban, puis son développement au Maroc, en Californie, à Paris. Une sorte de chorégraphie chorale mêlant poésie, sons et sculptures, rythmée par le poème d’Etel Adnan – Conversation with my soul (III), interprété par Robert Wilson sur une musique de Michael Galasso.
Garden of Memory au musée Yves Saint Laurent, du 14 mai au 16 septembre 2018.

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Constantin Brancusi, Mlle Pogany Version I, 1913 (d'après marbre de 1912), bronze avec patine noire, 43,8 x 21,5 x 31,7 cm). Acquis par le Lillie P. Bliss Bequest (par échange). © 2018 Artists Rights Society (ARS), New York/ADAGP, Paris.

Brancusi, une histoire américaine

NEW YORK – Il y a exactement 105 ans, en 1913, un sculpteur inconnu, originaire de la Roumanie profonde, faisait sensation à l’Armory Show, à côté d’un autre dynamiteur de formes et d’idées, Marcel Duchamp. Le MoMA, qui possède un riche fonds de sculptures de Brancusi (11) les met en scène ensemble pour la première fois, en les accompagnant d’un appareil documentaire, pour montrer l’impact que cette simplification des formes eut à l’époque. Brancusi n’a jamais mis les pieds en Amérique, mais le MoMA lui voue une véritable admiration : c’est la 88e fois que ses œuvres figurent dans une exposition temporaire, ce qui le place parmi les enfants chéris du musée après les intouchables Picasso (314), Matisse (235), Miró (197).
Constantin Brancusi. Sculpture au MoMA, du 22 juillet 2018 au 18 février 2019.

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… et 4 pistes Picasso

Dans la programmation foisonnante consacrée à l’Andalou de Paris, on retiendra son rapport à la cuisine, avec un coup de main du chef Ferrán Adria (musée Picasso à Barcelone), sa longue relation d’estime et de concurrence avec Matisse, centrée autour de la question du modèle (musée Matisse à Nice), la figure incontournable du minotaure dans sa production (palais Lumière d’Evian) ou encore ses voyages, réels ou imaginaires, symbolisés par toutes les influences qu’il emmagasina et toute la correspondance qu’il reçut et conserva (Vieille Charité à Marseille).

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