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N° 525 - du 6 septembre 2018 au 12 septembre 2018


Georg Bartisch, Maladie des yeux, causée par la magie noire, de Opthalmodouleia, Dresde, 1583, encre sur papier, 25 x 42 cm © Bodleian Library, University of Oxford.

L'AIR DU TEMPS

Pourquoi nous avons besoin de magie…

OXFORD - En ce monde aux contours désormais finis, en cette époque de progrès et de raison (quoique on en douterait parfois en observant la Maison blanche et autres centres de pouvoir), en ce matérialisme omniprésent, le monde des songes et de la métaphysique semble avoir une autoroute devant lui. Les discours New Age, les fake news, les tentatives de ressusciter des âges d’or préindustriels (tentatives parfois désespérées, de régimes alimentaires intégristes en refus des vaccins) s’en nourrissent. C’est qu’une part de nous, toujours, a soif d’inexplicable. Il nous faut notre dose de magie… L’étonnante résonance médiatique d’une exposition à l’Ashmolean Museum d’Oxford semble prouver cet appétit. Baptisée Spellbound (« Envoûté »), elle brasse des siècles avec des objets dont le sens nous échappe parfois. Si une gravure représentant des sorcières, une broche en corail ou une corne de licorne (en réalité de narval) nous parlent, il en va autrement avec une « échelle de sorcières », un « miroir magique » ou cet étrange « pronostiqueur ». Il s’agit d’un cadran en cuivre dont on manipulait la flèche de métal en fonction des phases de la Lune pour connaître les moments idéaux des saignées. En parcourant cet étonnant cabinet de curiosités qui remue les méninges, on observera que certaines pratiques que nous croyons avoir inventées ont une longue histoire. Les cadenas standards accrochés par milliers sur le pont des Arts ont de jolis ancêtres dorés du XVe siècle, qui se portaient plutôt en médaillon, étaient personnalisés et avaient sacrément plus d’allure…
Spellbound à l’Ashmolean Museum, du 31 août 2018 au 6 janvier 2019.

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L’OBJET DE LA SEMAINE


Perle de cristal de John Dee, Europe, 1582, métal et quartz, 8.4 cm © Science Museum, Londres.

Quand John Dee parle aux exprits

Parmi les très curieux objets présentés à l’Ashmolean Museum, une perle de quartz enchâssée dans une monture métallique occupe une place de choix. Aujourd’hui dans la collection du Science Museum de Londres, elle a appartenu au mathématicien John Dee (1527-1608), personnage fantasque qui fut conseiller et astrologue de la reine Elizabeth I et, à ses heures perdues, également magicien. Lassé de la lenteur d’acquisition des connaissances par les voies classiques, il tenta d’aller plus vite en communiquant directement avec les esprits. Pour établir le contact, il utilisait cet instrument ésotérique qu’il prétendait avoir reçu en don de l’ange Uriel en un brumeux jour de novembre 1582. Dans son épaisseur translucide et dans ses reflets, il interrogeait des fantômes ou décryptait des messages venus d’en haut – surtout pour soulager les souffrances de l’humanité, un peu aussi pour se tirer de besoin. Avec une efficacité limitée : il ne trouva jamais le trésor qu’il appelait de ses vœux…

LES EXPOSITIONS QUI OUVRENT


Tintoret, Deucalion et Pyirhra en prière, vers 1542, Modène, Galleria Estense © sur concession du Mibac – Archivio Fotografico delle Gallerie Estensi

Tintoret a 500 ans

VENISE - On a récemment pu découvrir à Paris les années de jeunesse du trublion vénitien qui, selon la légende, se fit expulser de l’atelier de Titien tant son talent menaçait le maître établi. Il ne lui en tint pas rigueur et chercha sa vie durant à atteindre la synthèse parfaite, en combinant justement la couleur de Titien au dessin de Michel-Ange… L’intérêt d’une rétrospective à Venise pour fêter ses 500 ans (avec quelques mois d’avance) est évidemment de voir in situ ses principales créations, les grandes compositions murales du palais des Doges ou de la Scuola di San Rocco. S’y ajoutent des prêts internationaux pour dessiner en deux volets l’itinéraire de Jacobo Robusti : à l’Accademia la jeunesse, au palais des Doges l’âge mûr. Une création sur six décennies et une mort à 75 ans qui ne lui fit jamais perdre son surnom de « petit teinturier », car fils d’un teinturier en soie…
Il giovane Tintoretto à l’Accademia, du 7 septembre 2018 au 6 janvier 2019.

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Tintoretto 1519-1594 au palais des Doges, du 7 septembre 2018 au 6 janvier 2019

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Balthus, Le Roi des chats, 1935, huile sur toile, 78 x 49,7 cm. Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne. Donation de la Fondation Balthus Klossowski de Rola, 2016 © Balthus Photo : Etienne Malapert, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.

Balthus chez lui

BÂLE – Le nom de Balthus, qui a pu être directeur de la Villa Médicis en menant de front trois liaisons sentimentales, dont une avec une jeune étudiante japonaise qui allait devenir sa dernière compagne, sent aujourd’hui le soufre à tel point que le MoMA a récemment dû faire face à une tentative de déloger Thérèse rêvant, qui paraissait trop pervers à certains visiteurs... On aura la chance de la voir dans cette rétrospective, montée dans le pays où il décida de passer ses dernières années. Elle ne montre cependant pas le tableau le plus polémique, cette Leçon de guitare qui passa un jour entre les mains du marchand Ernst Beyeler avant de devenir la propriété du magnat grec Stavros Niarchos… Un moment très attendu de l’exposition est le rapprochement des deux compositions monumentales d’un Paris figé comme dans une fresque médiévale des Lorenzetti, le Passage du Commerce Saint-André (en prêt à long terme à la Fondation) et la Rue
Balthus à la Fondation Beyeler, du 2 septembre 2018 au 1er janvier 2019.

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Japon des marges

PARIS – La Halle Saint-Pierre n’a pas attendu l’actuelle saison japonaise pour se pencher sur l’art brut japonais. Elle l’avait déjà fait en 2010, et renouvelle son étude avec 36 artistes, mêlant figures « historiques » et créateurs plus jeunes – certaines œuvres datant des années 2016-2017.
Art brut japonais à la Halle Saint-Pierre, du 8 septembre 2018 au 10 mars 2019.

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LIVRES

Tatouage à la japonaise

Impossible, pour qui prend ses vacances sur les plages d’Europe – et particulièrement en Italie ! - de passer une journée sur la plage sans voir défiler toutes sortes d’anatomies tatouées. Papillons, serpents, mais aussi code-barres ou chiffres – comme si les camps de la mort n’avaient pas pu nous prémunir contre ce type d’inscriptions… On le sait, le tatouage a une longue histoire liée aux milieux marginaux ou aux groupes à forte identité – bagnards, marins – et le voici qui devient une mode universelle. Cet essai – par un très bon connaisseur du pays, correspondant du Monde - montre que le Japon a connu au début du XIXe siècle une frénésie comparable. Chez les palefreniers, tireurs de pousse-pousse, prostituées, dans différents milieux de la pègre mais également dans le prolétariat déraciné des villes en pleine croissance. Au point que le shogunat prit la décision d’interdire tout tatouage – aussi bien décoratif qu’infamant – punissant d’amendes ou d’emprisonnement les contrevenants. Des cahiers photographiques montrent les créations des maîtres actuels – Horihide ou Horiyoshi II. Un cliché de la page 129 fait froid dans le dos : un objet de la collection du docteur Fukushi, conservée sous verre à l’université de Tokyo : une peau humaine. Le nom du généreux donateur n’est pas indiqué.
Le corps tatoué au Japon par Philippe Pons, Gallimard, 2018, 160 p., 25 €.

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