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N° 527 - du 20 septembre 2018 au 26 septembre 2018


Caravage, Le Joueur de luth, 1595-1596, huile sur toile, 94x119 cm. Coll. musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg.

L'AIR DU TEMPS

Caravage, le charme de la malédiction

PARIS - Il y a fort à parier que Caravage aurait été vite dégommé par une campagne #MeToo au XVIIe siècle. Son existence n’a rien de très édifiant : il a dû se montrer coupable de quelque harcèlement sexuel, a probablement volé, a évidemment giflé et frappé, et a même tué un rival – on le sait puisqu’il fut condamné à mort. Il faut croire que les mauvais garçons fascinent : Caravage est devenu l’un des peintres les plus « bankables ». Avec une circonstance atténuante : il avait du génie. L’exposition du musée Jacquemart-André ne présente que quelques œuvres de lui – dix exactement. Hors d’Italie, pour un peintre aussi rare et aussi jalousement conservé, c’est un exploit. Et ces œuvres sont celles de la période romaine, la maturité, de 1592 à 1606, entre 21 et 35 ans – comprenant le Joueur de luth de l’Ermitage ou Judith et Holopherne. Admiré mais aussi durement contesté, Caravage est entouré de ses partisans (comme Gentileschi) et de ses concurrents (comme Annibal Carrache ou Baglione) pour donner un portrait équilibré de ces années de feu, dans une Rome qui est la véritable capitale de l’Occident, sous des papes à forte poigne. Une rixe qui tourne mal, un cadavre sur le carreau, Caravage doit fuir à bride abattue. Il passera ses dernières années en fugitif avant de mourir sur une plage de Toscane. Une toute récente étude menée par l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille, révélée avant-hier à partir de l’analyse des dents du peintre, nous apprend que le rebelle serait bêtement mort d’un staphylocoque doré. Le mythe en prend un coup : on le préférait émacié, tremblant, succombant à la malaria sur une plage toscane…
Caravage à Rome. Amis et ennemis au musée Jacquemart-André, du 21 septembre 2018 au 28 janvier 2019.

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EXPOSITIONS


Emilio Gola, Portrait de Margherita Sarfatti, pastel sur papier, 57,5x50 cm, coll. part., Venise.

Margherita Sarfatti, la muse juive du Duce

MILAN – TRENTE – Comment être une femme juive, belle, brillante et cultivée, et modeler un homme politique nommé Mussolini ? Ce paradoxe étonne, tant il a duré : Margherita Sarfatti rencontre le tribun alors socialiste en 1912, alors qu’elle vient de dépasser la trentaine, et le suivra, en tant qu’amante pendant vingt ans, en tant que pygmalion davantage encore (jusqu’au rapprochement avec Hitler, lorsqu’elle fuira l’Italie pour l’Argentine et l’Uruguay). Pendant les décennies vingt et trente, Sarfatti sera l’officieuse ministre de la Culture, animant ce retour à l’ordre, cette bouffée néoclassique, sous la bannière du mouvement Novecento. Elle y enrôle les principaux peintres du moment, dont elle théorise l’art et qu’elle montre dans des expositions en Italie et à l’étranger : Boccioni, De Chirico, Sironi, Wildt ou Funi lui doivent tous une part de leur notoriété. Deux musées se sont alliés pour faire reconnaître l’importance de cet étonnant deux ex machina : le musée du Novecento à Milan et le Mart de Trente et Rovereto qui conserve d’importantes archives et étudie sa politique de diffusion internationale.
Margherita Sarfatti. Segni, colori e luci a Milano au Museo del Novecento, du 21 septembre 2018 au 24 février 2019.

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Margherita Sarfatti. Il Novecento italiano nel monde au MART de Trente et Rovereto, du 22 septembre 2018 au 24 février 2019.

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Eugène Joseph Bastard, Sans titre [Portrait d’un Malgache vu de profil avec une pointe de lance], vers 1898-1910 © musée du quai Branly - Jacques Chirac, Photo Claude Germain.

Madagascar, le tour d’une île

PARIS - La Grande Ile, c’est l’ylang-ylang, la vanille, les plages paradisiaques (et aussi la misère – le salaire moyen dépasse à peine un dollar par jour). Dans le portrait-robot de Madagascar, où l’on case aussi des troubles politiques récurrents, on oublie que cette île-continent plus grande que la France a une véritable culture artistique. L’exposition du quai Branly, contestée pour certains manques, comble cependant un vide : depuis 1946 et une rétrospective au musée de l’Homme, on n’avait pas présenté de panorama global des arts malgaches. Mieux vaut s’équiper d’un glossaire pour distinguer des objets forcément exotiques comme le felana, coquillage accroché au front, à mille lieux de l’art d’importation, qui trouve ensuite sa place : l’île est découverte en 1500 par les Européens, et la technique de la peinture s’y diffuse autour de 1850 pour que les notables locaux puissent se faire représenter à l’occidentale, avec parapluie et canotier. Ornements corporels, amulettes, poteaux funéraires continuent cependant de subsister, démontrant l’importance des rites de passage que nous avons éliminé…
Madagascar, arts de la Grande Ile au musée du quai Branly, du 17 septembre 2018 au 1er janvier 2019.

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LIVRES

Mon portrait par Rembrandt

Etre néerlandais, historien de l’art et dénicher un authentique portrait de Rembrandt dans une vente aux enchères alors qu’il est catalogué sous une appellation trompeuse (« école de Rembrandt »), voilà qui est brillant. Mais s’appeler Jan Six, descendre d’une illustre lignée amstellodamoise et découvrir que le modèle peint par Rembrandt porte exactement le même nom que vous et qu’il est votre aïeul, voilà qui tient plutôt du conte de fée. C’est ce que raconte le principal intéressé, dont la découverte retentissante, en 2016, a été entérinée en 2018 par Ernst van de Wetering, autorité suprême sur le peintre et animateur du Rembrandt Research Project depuis plus de quarante ans. Format et origine de la toile, pigments utilisés, provenance, analyse du décor et des vêtements (gants de chevreau, col de dentelle à la française, manchette de batiste à volants : la progression de l’enquête est décrite précisément, délivrant de surprenantes révélations : ce portrait d’homme de format vertical était autrefois une grande composition horizontale incluant une femme ! Rembrandt est coutumier du fait : ses tableaux ont été coupés, rognés, même sa fameuse Ronde de nuit à laquelle il manque un bout… Autant d’étapes pour arriver à la conclusion - que certains continueront de contester mais que personne ne pourra jamais égaler : c’est un Rembrandt, et il porte mon nom…
Le portrait d’un jeune homme de Rembrandt, par Jan Six, Payot, 160 p., 20 €.

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