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N° 528 - du 27 septembre 2018 au 3 octobre 2018


José de Ribera, Saint Sébastien soigné par les Saintes Femmes, 1621, huile sur toile, 180,3 x 231,6 cm, Museo de Bellas Artes, Bilbao.

L'AIR DU TEMPS

Ribera, le maître des supplices

DULWICH - L’avertissement est posté au début du parcours : « Cette exposition contient un exemple de restes humains sous forme de peau tatouée ». Une façon de rappeler que Ribera n’est pas un enfant de cœur… L’Espagnol acclimaté dans les bas-fonds de Naples n’a-t-il d’ailleurs pas tiré gloire d’une représentation effrayante ? Celle de saint Barthélemy écorché vif – un des supplices les plus terribles dans l’infini catalogue de la perversité humaine, qu’il travailla à plusieurs reprises. Que cette exposition ouvre une semaine après celle consacrée à Caravage à Paris, à Jacquemart-André (voir notre dernière lettre), est une bonne chose : on peut comparer deux versions de ce naturalisme et de ce ténébrisme qui fouettent le début du XVIIe siècle. Ribera, plus jeune, est en effet marqué par Caravage sans en être le disciple direct. Lorsque le « petit Espagnol » (Lo Spagnoletto) arrive en Italie en 1606, à l’âge de 15 ans, il vit d’abord dans ce Nord que Caravage a quitté depuis longtemps. Et quand il arrive à Rome puis Naples en 1616, Caravage est mort depuis longtemps… L’aîné vécut une vie violente mais, dans sa peinture, cette sauvagerie est sublimée, ne s’exprime que dans les gestes, les regards. Chez le cadet, cette brutalité est sans fard, parfois vêtue d’oripeaux mythologiques (comme quand c’est Marsyas et non Barthélemy qui se fait découper, par le cruel Apollon). Ribera croque en permanence, sur feuille ou sur toile, des victimes de l’estrapade, des crucifiés, des pendus, des criblés de flèches. Temps sombres – qui étaient aussi ceux de Jacques Callot, dans une Europe à feu et à sang - sur lesquels réfléchir…
Ribera: Art of Violence à la Dulwich Art Gallery, du 26 septembre 2018 au 27 janvier 2019.

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EXPOSITIONS


John Armleder, Voltes IV, 2004, installation lumineuse, 450 x 450 cm. Courtesy Gallery Andrea Caratsch.

Cinétiques de tous les pays…

ROTTERDAM – Il y a cinq ans, l’exposition « Dynamo » au Grand Palais avait marqué, étant un des premiers panoramas complets de l’art cinétique. Serge Lemoine, son concepteur, remet le couvert, en en proposant aux Pays-Bas une version plus réduite mais intégrant des créateurs plus jeunes comme Carsten Höller, John Armleder, le collectif belge LAb[au] ou le Britannique Conrad Shawcross. Descendants directs de Mondrian et de Domela, les cinétiques sont en nombre chez les artistes du Cône Sud qui n’avaient pas oublié ces maîtres à penser, au contraire de l’Europe de l’après-guerre qui s’en était vite défait. Le Parc, Garcia-Rossi, Cruz-Diez, Martha Boto, souvent dotés d’une étonnante longévité, s’y entendaient (et s’y entendent encore pour certains) pour faire tourner boules, rayons, couleurs et lampes. Les mécanismes sont souvent simples mais l’effet toujours renouvelé par le jeu de l’aléatoire. Dans cette discipline où la science et le jeu se combinent, la relève est bien là : elle porte le nom de Zilvinas Kempinas (Lituanien né en 1969), qui fait danser des cerceaux de bandes magnétiques au moyen de ventilateurs, ou Pe Lang (Suisse né en 1974) qui anime une population de pions indifférenciés (nous autres humains ?) au moyen de cordelettes vibrantes.
Action-Reaction, 100 Years of Kinetic Art à la Kunsthal , du 22 septembre 2018 au 20 janvier 2019.

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Fragment de chapiteau, Ve-VIIe siècles, tuf. Courtesy Metropolitan Museum of Art, New York.

Quinze siècles d’Arménie

NEW YORK – Un critique demandait avec l’humour si l’ajout d’un point d’exclamation était marque d’une exposition plus intéressante. Car c’est ici « Armenia! » et non « Armenia » qui s’affiche en grand. Dans une époque qui aime l’hyperbole, peut-être devrait-on systématiquement monter des expositions « Monet ! » ou « Basquiat ! » plutôt que de fades « Monet » et « Basquiat ». Le procès n’a sans doute pas lieu d’être, car, dans ce Metropolitan Museum de nouveau à la une de l’actualité (pour avoir tout juste relancé, avec son nouveau directeur Max Hollein, le projet d’agrandissement ensablé sous Thomas Campbell), la rétrospective se veut complète, couvrant un millénaire et demi avec quelque 140 objets – croix, manuscrits, sculptures, reliquaires, textiles… Où l’on perçoit ce qu’est une diaspora : si les objets proviennent de nombreuses institutions comme c’est habituel dans un rassemblement de cette envergure, chacun de ces prêteurs a quelque chose à voir avec l’exil, la guerre, ou de fabuleux destins forgés par l’adversité : catholicosat de Cilicie au Liban, monastère mékhitariste de San Lazzaro à Venise, musée Gulbenkian à Lisbonne, église arménienne de New York…
Armenia! au Metropolitan Museum of Art, du 22 septembre 2018 au 13 janvier 2019.

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Henri Rousseau, Les joueurs de football, 1908, huile sur toile, 100,3 x 80,3 cm, Solomon R. Guggenheim Museum, New York 60.1583 © Solomon R. Guggenheim Foundation, New York (SRGF).

Thannhauser, une saga allemande

BILBAO – Sous ce nom wagnérien, avec un h surnuméraire, Thannhauser cache une épopée de l’art moderne - mais de celles qui ont subi la persécution nazie. Marchands juifs installés à Cologne, parmi les premiers à montrer Picasso hors de France (et avec lequel ils restèrent en contact pendant plus d’un demi-siècle), les Thannhauser (Heinrich le père et Justin le fils) furent aussi pionniers dans ce modèle de galeries « globales » aujourd’hui en vogue : ils étaient installés à Cologne, Berlin, Lucerne, Paris… En 1940, ils durent quitter l’Allemagne pour la France puis l’Amérique. En 1965, leur legs au Guggenheim révèle la richesse de leur collection : le musée, qui n’avait qu’un seul Cézanne, fait soudainement la culbute et multiplie par dix son patrimoine… Des Cézanne mais aussi des Van Gogh, des Picasso (dont l’une de ses premières œuvres parisiennes en 1900, le Moulin de la Galette), des Manet et des Monet, des Braque ou les Joueurs de football du Douanier Rousseau. Cinquante de ces œuvres, qui n’étaient jamais revenues en Europe font le voyage. Petits points sur les immenses espaces blancs du musée, elles invitent à la contemplation. Comment de petits bouts de toile deviennent des icônes qui résistent aux sarcasmes, aux guerres, aux ségrégations…
De Van Gogh à Picasso. Le legs Thannhauser au Guggenheim Bilbao, du 21 septembre 2018 au 24 mars 2019.

LiVRES

Le marché de l’art, opaque et juteux…

Avec les prix stratosphériques atteints par certaines œuvres – le fameux Salvator Mundi à 450 millions de dollars en novembre 2017, des Picasso à foison, les Joueurs de cartes de Cézanne ou ce Basquiat passés en trente ans de 19 000 dollars à plus de 100 millions, on peut légitimement se demander si le marché de l’art a gardé sa raison. Bonne connaisseuse, officiant à The Art Newspaper et au Financial Times, l’auteur décrypte en quelques chapitres clairs des sujets-clés : l’argent bien sûr, mais aussi les problèmes d’authenticité et d’ayants droit, l’art comme instrument de fraude fiscale et de blanchiment, l’émergence de nouvelles puissances comme la Chine, le boom des ports francs – selon un témoignage, 80% de l’art, devenu objet de placement spéculatif, serait en permanence entreposé loin du public. La rivalité sanglante entre Rybolovlev et Bouvier est assez connue du grand public mais d’autres personnages étonnants émergent de cette enquête, comme Simchowitz, le roi du flipping (la culbute), qui sélectionne des artistes dont il achète en bloc les œuvres pour monter artificiellement leur cours. Question finale : quels critères rationnels pour évaluer la cote d’un artiste ? Il ne semble guère y en avoir…
La face cachée du marché de l’art, par Georgina Adam, Beaux Arts éditions, 2018, 240 p., 23 €

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