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N° 533 - du 8 novembre 2018 au 14 novembre 2018


Paolo di Dono, dit Uccello, La Bataille de San Romano la contre-attaque de Micheletto da Cotignola. Vers 1435-1440, Paris, musée du Louvre, département des Peintures© RMN-Grand Palais.

L'AIR DU TEMPS

Campana, la plus belle collection du monde ?

PARIS – Jabach, La Caze, Crozat, Fesch… Ces noms oubliés du grand public recouvrent des collections majeures qui ont permis d’accroître de manière spectaculaires les fonds des musées français. Par ses dimensions et sa qualité, la collection du marquis Giampietro Campana (1808-1880) se distingue. Au milieu du XIXe siècle, cet aristocrate romain, qui dirige « ma Tante », c’est-à-dire le mont-de-piété, réussit à rassembler un ensemble colossal de plus de 12 000 œuvres, avec une ambition encyclopédique. Il en remplit son palais du Corso, mais aussi le siège du mont-de-piété, et doit même louer des dépôts pour les y entasser ! Tout en faisant preuve d’audace : il est l’un des premiers à s’intéresser aux céramiques utilitaires. Accusé et jugé pour malversations, il voit ses trésors saisis par l’Etat pontifical et vendus en 1861. L’Italie n’en garde qu’une part minime (les monnaies), l’Angleterre réussit à s’emparer de belles statues et les tsars de Russie font mieux en empochant 800 œuvres. Le grand gagnant est Napoléon III qui, dans une magistrale opération de diplomatie culturelle, met la main sur quelque 10 000 œuvres, qui vont enrichir le Louvre mais aussi irriguer des dizaines de musées en province. Pour la première fois, un ensemble significatif est rassemblé (environ 500 pièces), en suivant le classement en 12 catégories choisi par Campana (qui fut aussi un pionnier de l’inventaire et des catalogues). Quelques échantillons permettront de mesurer l’estampille Campana au Louvre : le bas-relief de marbre de l’Ara Pacis, le sarcophage étrusque des Epoux, la Croix peinte de Giotto, la Bataille de San Romano de Paolo Uccello, les nombreuses « plaques Campana » en terre cuite ou encore le doigt colossal de Constantin, en alliage cuivreux, identifié cette année. Réajusté à la main de l’empereur après des siècles de séparation, c’est la véritable star du moment…
Un rêve d’Italie. La collection du marquis Campana au musée du Louvre, du 7 novembre 2018 au 18 février 2019.

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EXPOSITIONS


Pierre-Auguste Renoir, Jean comme chasseur, 1910, huile sur toile, 172,72 × 88,9 cm. LACMA Los Angeles, don par la générosité de feu M. Jean Renoir et de Mme Dido Renoir, 1979. © Los Angeles County Museum of Art.

Renoir et Renoir

PARIS – Dans la famille Renoir, je demande… Le choix est cornélien : le père, Auguste, boss des impressionnistes ? Ou le fils, Jean, au panthéon du cinéma mondial ? On connaît d’autres lignées de génies mais celle-ci est particulière dans le sens qu’elle a entretenu un lien permanent : Pierre Auguste (1841-1919) a peint son fils et Jean (1894-1979) lui a rendu la pareille en le dépeignant à sa manière dans ses livres de mémoires (un de ses autres grands talents). L’exposition les rapproche à coup de tableaux (dont le célèbre Bal du Moulin de la Galette, propriété du musée d’Orsay), de films, de photos (certaines, dans l’intimité, de Pierre Bonnard, d’autres, sur les tournages, d’Eli Lotar), de muses communes (Catherine Hessling, modèle du père puis épouse du fils), de cadrages partagés (la scène de la balançoire dans Partie de campagne). Elle montre que bon sang ne saurait mentir : la passion de la peinture n’a jamais quitté le fils, dont certains films (Le Fleuve par exemple) sont de véritables tableaux animés et qui entretint des relations avec les peintres de son temps, comme Braque et Derain, auxquels il s’amusa à confier de petits rôles.
Renoir père et fils au musée d’Orsay, du 6 novembre 2018 au 27 janvier 2019.

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Bas-relief d'Assurbanipal chassant à cheval, Ninive, 645–635 av. J.-C.

Assurbanipal, roi soleil

LONDRES – Pas évident de placer l’ancienne Assyrie sur une carte ! Mais le nom d’un de ses monarques est resté ancré dans les mémoires : Assurbanipal est le sujet d’une exposition, qui explore la fortune iconographique de ce roi archer, homme le plus puissant du monde à son époque (VIIe siècle av. J.-C.). S’étendant de Chypre aux plateaux d’Iran, incluant l’Egypte, son empire avait son siège à Ninive, dont il ne reste aujourd’hui que des ruines, bien malmenées par les récentes guerres. De quoi méditer sur le destin des empires… Guerrier impitoyable, notamment contre son propre frère installé à Babylone, il fut aussi un lettré. A côté des stèles et des statues le glorifiant, le musée montre, dans un original décor moderne, sa bibliothèque de tablettes cunéiformes, où il pouvait puiser pour lire le soir au coin du feu, après une éprouvante chasse au lion…
I am Ashurbanipal au British Museum, du 8 novembre 2018 au 24 février 2019.

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Martine Franck, Piscine conçue par Alain Capeillères, Le Brusc, été 1976. © Martine Franck / Magnum Photo

Martine Franck, l’humanité d’abord

PARIS – La Fondation Henri Cartier-Bresson, longtemps installée dans le XIVe arrondissement, vient de déménager pour occuper un ancien garage du Marais entièrement restructuré. C’est là que seront prochainement accueillies les archives du photographe (1908-2004) et de son épouse, Martine Franck (1938-2012), à laquelle est consacrée la première exposition. Posant son regard sur ses semblables, qu’ils soient des célébrités (Albert Cohen, Michel Leiris, Ariane Mnouchkine), des vacanciers anonymes ou des vieillards pensionnaires d’hospices, elle constitue une comédie humaine pleine d’empathie.
Martine Franck, une rétrospective à la Fondation Henri Cartier-Bresson, du 6 novembre 2018 au 10 février 2019.

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LIVRES

Facteur Cheval, un scénario en or

Tel père tel fils : en voici une autre illustration. Nils Tavernier, fils de Bertrand Tavernier, est également cinéaste. Auteur de documentaires sur la danse, la santé ou la sexualité, il a récemment signé une fiction (De toutes nos forces). Pour son prochain film, il s’est attaqué à la vie du Facteur Cheval, incarné par Jacques Gamblin, accompagné par Laetitia Casta. Le sujet l’a tellement envoûté qu’il a mené des recherches détaillées et s’est pris au jeu de la biographie. Après avoir interrogé les conservateurs du Palais d’Hauterives, fouillé les archives diocésaines de Valence, scruté les actes notariés, il en a tiré un récit vivant, riche en anecdotes et chiffres. Outre la saga de la construction de ce « temple hindou », ses vicissitudes postérieures sont bien expliquées : comment des Américains tentèrent de l’acheter pour le rebâtir outre-Atlantique ; et comment en 1966-69, son classement, voulu par Malraux, suscita la bronca du directeur des Monuments historiques, Max Querrien, mais aussi de la famille, qui voulait en conserver l’usage sans contrainte. Dans une postface, le cinéaste annonce s’être inspiré pour la colorimétrie des peintures de Fantin-Latour, un contemporain du Facteur Cheval. A vérifier à la sortie du film, le 16 janvier…
Le Facteur Cheval, jusqu’au bout du rêve, par Nils Tavernier, Flammarion, 2018, 352 p., 19 €.

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