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N° 539 - du 23 décembre 2018 au 9 janvier 2019


Real Gabinete Português de Leitura, Rio de Janeiro, Brésil. ©Taschen/Massimo Listri

LIVRES

Les forteresses du livre

Le livre papier résiste encore… Mais s’il succombe face au numérique, que deviendront ses sanctuaires, les bibliothèques ? Disparaîtront-elles ? On ose espérer que non. Elles s’adaptent du mieux qu’elles peuvent, mêlant prêts d’objets physiques et virtuels, développant les activités annexes (débats, conseils, etc.), s’ouvrant davantage sur leur environnement urbain. Pour certaines d’entre elles – notamment celles qui apparaissent dans cet ouvrage, fruit de vingt ans de travail du photographe Massimo Listri – la question de la survie ne se pose pas vraiment. Véritables merveilles architecturales, elles sont devenues des monuments historiques (notamment en Italie, de Fermo à Cesena, de Parme à Rimini). Les universités y ont évidemment une part importante : Coimbra, Sainte-Geneviève à Paris, Trinity College à Dublin. Mais le monde religieux, notamment monastique (la Bible n’est-elle pas, étymologiquement, le « livre » ?), compte tout autant voire plus. Entre les murs de Saint-Gall, Strahov (à Prague), Admont (en Autriche), Mafra, de l’Escorial ou du Vatican sont conservés des trésors qui ne touchent pas qu’à la foi : cartes, traités, correspondance avec le Nouveau Monde. Avec leurs boiseries et leurs dorures, leurs stucs et leurs fresques, elles sont parmi les plus beaux réceptacles du papier, du cuir des reliures, de l’or des fers…
Les plus belles bibliothèques du monde, photos de Massimo Listri, textes de G. Ruppelt et E. Sladek, Taschen, 2018, 562 p., 150 €.

Music, comment retranscrire Dachau

On connaît ses petits chevaux colorés de Dalmatie. Mais aussi ses spectres, sans cesse renaissants sur des toiles couleur terre. L’inspiration de cette humanité fantomatique, Zoran Music l’a cueillie lors de son internement dans le camp de Dachau, cauchemar qui ne l’a évidemment jamais quitté mais qu’il ne put retranscrire, comme des « paysages », que trois décennies plus tard, à partir de 1972. Derrière son apparent détachement, sa distinction, sa culture d’intellectuel de la Mitteleuropa (une classe décimée par la guerre), Music a sublimé ces visions d’horreur, par le pinceau mais aussi par la parole, comme ici, où il se confie à Jean Clair. Une réédition bienvenue à une époque de résurgences nationalistes - pulsions contre lesquelles le passé aurait dû nous vacciner…
Zoran Music à Dachau. La barbarie ordinaire par Jean Clair, éditions Arléa, 2018, 212 p., 9 €.

Maison rouge, un au revoir

900 pages pour résumer une aventure de 15 ans ? C’est ce que fait la maison rouge, de la Fondation Antoine de Galbert, qui a fermé ses portes en octobre au grand déplaisir de beaucoup, qui appréciaient ses expositions éclectiques et surprenantes, joliment montées, parfois à rebrousse-poil. Cette petite bible rouge (et bleue - pour ne pas concurrencer le Grand Timonier ?) volontairement sans texte, fait défiler des centaines d’images des expositions, sans respecter l’ordre chronologique, entremêlant « L’esprit français », « My Joburg », « Voyage dans ma tête », « Black Dolls ». L’ordre revient en revanche, dans un annuaire impressionnant, qui, d’A.C.M. à Zylberberg, mentionne de manière exhaustive (on l’imagine !) tous les amis, prêteurs, artistes, restaurateurs, intervenants qui ont participé à cette saga…
La maison rouge, Fondation Antoine de Galbert, 900 p., 45 €.

Une passion Mucha

Une biographie qui est aussi une autobiographie... Car Patrizia Runfola, professeur aux beaux-arts de Catane et écrivain, trop tôt disparue (en 1999, à 48 ans), raconte ici autant la vie d’Alfons Mucha, le géant de l’Art nouveau tchèque, que sa propre histoire d’amour avec Prague. De fait, le « il » et le « je » s’entremêlent constamment, sous l’égide d’Angelo Maria Ripellino, l’auteur de Praga magica, protecteur des chantres de Prague. L’arrivée à Paris à l’âge de 28 ans, l’amitié avec Strindberg, la nuit de Noël 1894 qui change tout (il dessine l’affiche de Gismonda pour Sarah Bernhardt et mue, du jour au lendemain, de rapin en artiste à la mode), l’atelier de la rue du Val-de-Grâce, l’aventure américaine (six voyages entre 1904 et 1913) puis le travail épuisant de l’Epopée slave… Autant d’étapes qui sont parcourues avec un allié d’exception, Jiri, le fils de Mucha, qui se souvient et raconte, entremêlant une nouvelle voix dans ce récit documente qui devient choral.
Les vies d’Alfons Mucha, par Patrizia Runfola, éditions Exils, 2018, 200 p., 20 €.

Dernières nouvelles de l’Arctique

Le réchauffement climatique, tout le monde en parle, certains le nient, mais à peu près tout le monde semble en ressentir les effets : étés torrides, hivers doux, multiplication des événements violents… Dans certains endroits, ses manifestations sont plus évidentes qu’ailleurs. C’est le cas sur le cercle polaire arctique que deux photoreporters chevronnés, le Russe Yury Kozyrev et le Néerlandais Kadir van Lohuizen ont exploré avec la dotation du prix Carmignac. On sait que le passage du Nord-Ouest est de plus en plus souvent libre de glace. Mais on voit davantage : une région autrefois quasi vierge d’interventions humaines, fief de quelques populations d’éleveurs de rennes, est devenue fréquentée (cargos, croisières), exploitée (mines, gaz), quadrillée (bases militaires). Les images ont une beauté dantesque : plus grande usine de liquéfaction de gaz, sillage des brise-glace, hordes de motoneiges, et calotte glaciaire qui s’effrite inéluctablement dans des nuances de bleu…
Arctic New Frontier par Yury Kozyrev et Kadir van Lohuizen, 2018, Reliefs éditions, 160 p., 35 €.

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