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N° 560 - du 28 novembre 2019 au 4 décembre 2019


Titien, Portrait de Pietro Aretino, 1545, huile sur toile, Galleria Palatina, musée des Offices, Florence.

EXPOSITIONS

L’Arétin, dircom de Titien et Charles Quint

FLORENCE – Il était surnommé « le Divin » tant sa plume était imparable. Pietro Aretino, né en Toscane, à Arezzo (d’où son nom), l’année de la découverte de l’Amérique, fut le plus grand polémiste du XVIe siècle. Il mit son talent au service des puissants de son temps - le pape Léon X dans sa prime jeunesse, Frédéric II Gonzague à Mantoue, puis le doge Andrea Gritti lorsqu’il dut s’exiler à Venise en raison du scandale causé par ses très luxurieux Sonnets, enfin Charles Quint. Maniant l’emphase, la menace, le chantage, le vers ou la prose, L’Arétin sut aussi se faire l’avocat des grands artistes de son temps, premier d’entre eux Titien qui nous a laissé un beau portrait de lui. Son époque et ses goûts sont résumés par une centaine d’œuvres, de Sebastiano del Piombo à Parmesan, en passant par Lorenzo Lotto et Raphaël.
Pietro Aretino e l’arte del Rinascimento au musée des Offices, du 27 novembre 2019 au 1er mars 2020.

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Konrad Mägi, Choux marins, 1913–1914, huile sur toile, 56 × 66,2 cm. Musée national d’art d'Estonie.

Mägi, redécouverte du plus grand peintre estonien

TURIN - Ses contemporains et homologues s’appelaient Vincent Van Gogh ou Alfred Sisley. Mais qui se souvient de son nom ? Si certains le confondent avec un bouillon-cube, Konrad Mägi, mort à 47 ans en 1925, est surtout considéré comme le père de la peinture estonienne du XXe siècle. Né sur un balcon périphérique de l’Europe, il ne cessera de bouger pour élargir ses horizons (études à Saint-Pétersbourg, longs séjours en Norvège, à Paris, en Italie) mais conservera toujours une passion pour les paysages (notamment les lacs) et les lumières de sa jeunesse. Mêlant des influences aussi variées que les motifs Art nouveau, le symbolisme, les contes d’Edgar Poe ou l’anthroposophie de Rudolf Steiner, il produira des paysages éclatants, tendant vers l’abstraction, des portraits, des scènes urbaines mais aussi des dessins épurés de motifs végétaux. C’est la première exposition de cette importance hors du pays : son œuvre, cachée pendant l’époque soviétique car taxée d’un excès de « subjectivité » n’a guère quitté le musée national de Tallin.
Konrad Mägi. La luce del Nord aux Musei Reali, du 30 novembre 2019 au 8 mars 2020.

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Felice Casorati, Portrait de Riccardo Gualino, 1922, huile sur bois, coll. part.

Collection Gualino, une incroyable saga

CHAMBERY – Sa collection a alimenté pendant des décennies les antiquaires d’Europe et d’Amérique. Riccardo Gualino (1879-1964) fut un condottière industriel, qui anima pendant cinquante ans le capitalisme italien (et français, où il eut des intérêts dans les engrais, l’immobilier ou la banque avec le mal famé Oustric). Il fut aussi un esthète raffiné qui s’entoura de pièces magnifiques – statuettes Han, panneaux sur bois du XIVe siècle ou toiles impressionnistes. Sa collection, qu’il perdit pour l’essentiel après la crise de 1929, comprenait aussi bien la Vierge en trône de Duccio que la Vénus de Botticelli ou le fameux Nu couché de Modigliani qu’un acheteur chinois a emporté pour 170 millions de dollars lors d’une vente chez Sotheby’s en 2015… Le musée présente cette extraordinaire saga avec quelques joyaux aujourd’hui conservés à la Galleria Sabauda de Turin ou à la Banque d’Italie à Rome (au Palazzo Koch, qui vient de rendre accessible, depuis le 28 novembre, sa collection d’art oriental). Y figurent notamment une Mater Dolorosa de Domenico Veneziano, Vénus et Mars de Véronèse, Paysage de campagne au coucher du soleil de Monet. Un portrait par Felice Casorati nous restitue le visage volontaire de Gualino, personnage romanesque qui mériterait un film…
Riccardo Gualino, le magnifique au musée de Chambéry, du 21 novembre 2019 au 22 mars 2020.

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LIVRES

Variations sur Soulages

Dans l’avalanche d’éditions pour le centenaire de Pierre Soulages (le 24 décembre prochain), en voici une qui n’a pas prétention à l’exhaustivité. Il s’agit plutôt d’une relecture stimulante, très anglée, de son œuvre. Michael de Saint Cheron, historien des religions, voit dans les épousailles de l’artiste avec l’outrenoir une forme de révélation – comme le fut la découverte, à l’âge de 12 ans, de l’abbatiale de Conques où il devait revenir un demi-siècle plus tard créer ses vitraux. Et comme le fut (alors qu’il patientait chez le coiffeur en 1941) la découverte, dans un article sur les artistes « dégénérés » de la revue collabo Signal, de l’abstraction. Chez Soulages, le noir est plutôt un baume qu’un signe de mort - et l’auteur rappelle à juste titre la puissance des mots : le nom de Soulages n’est–il pas un apaisement ? Après un étonnant article de Léopold Sedar Senghor, qui le collectionnait depuis les années cinquante et lui fit consacrer une exposition au musée de Dakar dès 1974, l’autre contribution de Matthieu Séguéla explore les liens de l’artiste avec le Japon. Il s’y rendit dès 1958 : une visite qui semble inéluctable tant l’aspect calligraphique de son œuvre (notamment dans les encres sur papier du milieu des années cinquante) présente des parallèles avec la discipline des antipodes.
Soulages, d’une rive à l’autre, par Michael de Saint Cheron et Matthieu Séguéla, Actes Sud, 2019, 80 p., 25 €.

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