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Goya de Carlos Saura. dr.
Francis Rabal dans le rôle de Goya

Goya vu par Saura

Dans le film actuellement sur les écrans, Carlos Saura dépeint la vieillesse du peintre espagnol.

Le film de Carlos Saura est une vision très personnelle des derniers jours du peintre. Le choix de Francisco Rabal pour le rôle de Goya ajoute à la force du personnage. Acteur mythique du cinéma et du théâtre espagnol, Paco Rabal est décédé le 29 août dernier. Nous sommes en 1828, Goya a 82 ans, il vit en exil à Bordeaux après avoir fui l’absolutisme de Ferdinand VII. Sa compagne Leocadia (Eulalia Ramón) et sa fille Rosario l’accompagnent vers la mort. Dans ses rêves, dans ses pensées, les vieux démons de l’artiste ressurgissent : la guerre, la misère humaine, sa longue maladie qui l’a rendu sourd en 1793 et surtout sa passion absolue pour la duchesse d’Albe (Maribel Verdú).


Goya de Carlos Saura. dr.
Maribel Verdu
Le film a été presque entièrement tourné en studio, sous la direction artistique de Pierre Louis Thévenet. La lumière de Vittorio Storaro baigne le film dans une ambiance rouge et contrastée. Les œuvres les plus célèbres du peintre sont évoquées tout au long du film. Certaines apparaissent en filigrane d’autres sont explicitement représentées. La compagnie de théâtre catalane La Fura dels Baus, par exemple, a reconstitué en tableau vivant la série d’eaux-fortes Les désastres de la guerre. La violence que Goya avait mise dans cette œuvre y est rendue avec sobriété. Le film rappelle aussi les influences du peintre. En scène d’ouverture, un bœuf écartelé est traîné sur le sol puis suspendu, on pense au tableau de Rembrandt Le bœuf écorché. Dans les entrailles de l’animal apparaît peu à peu le visage de Goya. Plus loin encore, le maître s’émerveille devant « Les Ménines » de Vélasquez. Il s’interroge : « Se regarde-t-il dans un miroir où regarde-il la scène qu’il est en train de peindre ? ».

Le trentième film de Carlos Saura est un projet mûri de longue date. Son admiration pour Goya, l’a accompagné tout au long de sa vie. Saura voit en Goya, non seulement un immense artiste, mais aussi une figure majeure de l’histoire de l’Espagne. Le générique du film nous laisse méditer cette citation de Malraux : « Après Goya commence la peinture moderne. ».


 Laure Desthieux
05.12.2001