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Gauguin par Van Gogh : le chaînon manquant

On ne connaissait pas de portrait de Gauguin par Van Gogh. La lacune est comblée selon le musée Van Gogh d'Amsterdam, qui affirme avoir découvert la pièce tant recherchée.


Homme au béret rouge : cette huile sur toile de 37 x 33 centimètres, conservée dans les réserves du musée Van Gogh, à Amsterdam aurait pu longtemps rester sous l'attribution «disciple de Van Gogh». Le fonds du musée - environ 200 tableaux, 500 dessins et 700 lettres du peintre maudit - est étudié systématiquement depuis quelques années. En 1999, a été édité le premier volume, qui couvre 44 œuvres de la période hollandaise, dont la provenance, le style, la technique sont décrits avec exhaustivité. Un deuxième catalogue sera consacré à la période Anvers-Paris tandis que le troisième doit aborder la parabole finale : Arles, Saint-Rémy, Auvers-sur-Oise.

L'homme au béret rouge aurait dû être étudié dans quelques années. Mais à l'approche de l'exposition «Gauguin-Van Gogh» (actuellement présentée à l'Art Institute de Chicago, elle ouvre le 9 février à Amsterdam), on a jugé son cas suffisamment intéressant pour anticiper son examen. Les commissaires de l'exposition ont effectué des comparaisons stylistiques. Puis ils ont étudié les pigments utilisés sur la toile. Ils correspondent précisément à ceux utilisés par Van Gogh à Arles. Dans cette enquête policière rondement menée, une analyse s'est montrée décisive - et moins dommageable que les coups de couteau de l'autre inspecteur du moment, Patricia Cornwell, sur les tableaux de Sickert. Les spécialistes ont en effet pu étudier la toile de jute et la comparer avec succès à celle utilisée pour d'autres œuvres de la même période. C'est ce fameux rouleau de toile de 20 mètres, acheté au marché, dont Van Gogh parle dans ses lettres. Et dont il se plaint amèrement : une matière grossière, sans souplesse, qui ne lui convient pas.

Elle plaisait en revanche à Gauguin, qui s'en est notamment servi pour un tableau jaune représentant des potirons, selon les mêmes sources épistolaires. Or, l'homme barbu au béret rouge a bien devant lui un tableau jaune. Ultime indice, et non des moindres : le journaliste anglais Martin Bailey a récemment retrouvé une photo de l'époque arlésienne, où l'on voit Gauguin coiffé d'un béret rouge… Selon Heidi Vandamme, le porte-parole du musée, Douglas Druick et Peter Zegers, les commissaires du Chicago Art Institute, n'ont plus de doutes. Le tableau sera bien montré le 9 février, et légendé comme un authentique Van Gogh.

L'exposition s'annonce comme la dernière de cette ampleur avant de nombreuses années. Les événements du 11 septembre vont entraîner une hausse significative des polices d'assurance, rendant les emprunts bien plus onéreux. On prévoit entre 6000 et 7000 visiteurs par jour au musée, qui est déjà le plus fréquenté des Pays-Bas (1,3 millions de visiteurs l'an passé). Les horaires seront prolongés pour l'occasion jusqu'à 21 heures. Et l'on attend beaucoup de la confrontation des trois versions des Tournesols. A côté de celles de la National Gallery londonienne et du musée d'Amsterdam, la troisième, la plus contestée, celle de la Yasuda Fire & Insurance Company, devrait sortir lavée de tout soupçon. Elle aurait en effet été peinte sur le même support : le rouleau de jute assurément le plus cher de l'histoire de la peinture…


 Rafael Pic
12.12.2001