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Dons en cascade à la Ca’ Rezzonico

Le musée vénitien, trois mois après avoir accueilli la collection Martini, reçoit une nouvelle donation. Le conservateur, Filippo Pedrocco, présente le legs Mestrovitch.


Francesco Beccaruzzi
Saint François
Huile sur toile, 192 x 125 cm
Qui est Ferruccio Mestrovitch ?
Filippo Pedrocco.
C’est un collectionneur, originaire de Zara, en Dalmatie. En 1945, au lendemain de la guerre, lorsque la ville est devenue yougoslave après avoir subi des bombardements destructeurs, Mestrovitch s’est installé à Venise. Son père, qui possédait des cinémas et des théâtres, et dont le patrimoine a été confisqué, était déjà un collectionneur averti.


Tintoret
Déposition de Croix
Huile sur toile, 140 x 70 cm
S’agit-il d’une dation ?
Filippo Pedrocco.
Non, malheureusement ! Ce système, que vous utilisez couramment en France, n’existe pas dans la législation italienne. Il s’agit d’un don généreux, sans contrepartie financière. Il s’accompagne simplement de clauses, qui sont tout à fait naturelles dans cette situation : tous les tableaux doivent être exposés et ils doivent être correctement protégés. De plus, comme Egidio Martini, Ferruccio Mestrovitch a demandé à ce que les œuvres ne voyagent pas, pour des raisons de conservation. Les tableaux sont exposés dans l’ex-mezzanine Browning, sur la gauche en entrant.

Comment est composée cette donation ?
Filippo Pedrocco.
Ce sont 15 tableaux, essentiellement de caractère religieux, d’une qualité exceptionnelle. Vous avez deux Tintoret, dont un très beau portrait du noble Francesco Gherardini, une Sainte Conversation de Bonifacio de’ Pitati, un fragment de tabernacle par Cima da Conegliano. Pour les époques plus récentes, on doit mentionner deux portraits par Jacopo Mingone ou celui du poète Giuseppe Chiribiri, dit Cherubini, par Alessandro Longhi.

Vous avez récemment achevé la restauration du musée. Pouvez-vous tracer un bilan après six mois d’ouverture ?
Filippo Pedrocco.
Le musée a en effet été fermé pendant près de deux ans pour des travaux de remise en état. Il a été inauguré à la fin du mois de juin. Nous exposons actuellement entre 400 et 500 tableaux de la collection historique, auxquels s’ajoutent les 265 de Martini et les 15 de Mestrovitch, ce qui en fait un ensemble unique sur la peinture vénitienne. Jusqu’au 11 septembre, nous avons connu une affluence remarquable : une moyenne de 400 visiteurs par jour. Après les attentats à New York, la fréquentation a évidemment baissé.

Tout en étant directeur du musée depuis 1983, vous conservez une activité éditoriale importante. Que préparez-vous ?
Filippo Pedrocco.
J’ai écrit sur Marieschi, Titien et Tiepolo. Je viens de publier Vedute veneziane del ‘700, qui est d’ailleurs en cours de traduction en France. Je travaille à une nouvelle édition du catalogue Tiepolo, qui sera édité l’an prochain.


 Rafael Pic
19.12.2001