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Patrimoine

Shakespeare vaut bien un milliard

Un grand projet, mené par la Royal Shakespeare Company, vise à faire de la délicieuse cité anglaise de Stratford-upon-Avon une multinationale du théâtre.


Erick van Egeraat devant le théâtre, © RSC
Stratford-upon-Avon vit depuis plus d’un siècle – c’est en 1879 qu’y a été inauguré le premier théâtre concerné – d’une rente confortable : elle est la ville natale de Shakespeare. Aujourd’hui, la RSC, comme l’appellent familièrement les Anglais, c’est-à-dire la Royal Shakespeare Company, y emploie 500 personnes à temps complet. Elle y exploite trois théâtres : The Other Place (celui de 1879), The Swan, de forme circulaire, comme les théâtres de l’époque de Shakespeare, et le Royal Shakespeare Theatre, construit en 1932, capable d’accueillir près de 2000 spectacteurs. Depuis quelques années, la RSC souhaitait donner un développement encore plus ambitieux à ses activités. Le projet, rendu public récemment, prévoit un investissement de 100 millions £ (environ 1 milliard de francs) pour un nouveau théâtre et un centre d’activités.


Theatre Village, © RSC
Le schéma a soulevé l’opposition du conseiller à la mairie pour le théâtre, Mick Crouchley. Selon lui, on se prépare à détruire le théâtre de 1932, qui est pourtant inscrit à l’inventaire des monuments historiques, à endommager le panorama bucolique de l’Avon et à éloigner du centre de Stratford le flux de touristes en créant une animation permanente, avec une rue à l’ancienne et des boutiques, autour du nouveau théâtre. Jonathan Thorpe, directeur du projet, ne l’entend pas de cette oreille. «Nous travaillons depuis six ans sur ce projet et je peux vous dire que la majorité des habitants y est favorable. Contrairement aux bruits qui ont circulé, il ne leur en coûtera rien. Sur les 100 millions £ , 50 millions sont fournis par l’Arts Council, les 50 autres provenant d’une souscription que nous avons lancée et qui en très bonne voie.»


Théâtre vu de l'extérieur, © RSC
Un concours international d’architecture a été lancé en 1998, sous l’égide du British Royal Institute of Architects. Il a reçu 83 candidatures et a été remporté un architecte hollandais, Erick van Egeraat. «Le lauréat est connu pour la bibliothèque de l’Université technique de Delft, des écoles à Rotterdam ou le siège de l’ING Bank à Budapest. Il n’a pas d’expérience spécifique dans la construction de théâtre, mais il sera épaulé par l’un des plus grands spécialistes dans le domaine, Iain Mackintosh.». La destruction du théâtre de 1932 - l'un des principaux motifs d'opposition au projet - n’est pas encore certaine, même si elle est probable. La necessité d’appliquer les dernières normes techniques et de respecter les nouvelles règles concernant l’accessibilité aux handicapés - elles entrent en vigueur en 2004 et rendent obligatoire la présence d’ascenseurs – justifient certainement plus encore la construction d’un nouveau théâtre.

Quant à ce que l’on présente comme un «amusement park», à côté des théâtres, Jonathan Pope rectifie le tir : «Rassurez-vous, il n’y aura pas de figurants en costumes. Nous sommes partis du constat que nous disposions des terrains et des édifices, et qu’il était possible de les utiliser pour que les visiteurs puissent aller plus loin dans la connaissance du monde de Shakespeare. Nous développerons donc un espace multimédia, des visites des coulisses, nous organiserons des expositions et des activités éducatives.» L’annonce dans le même temps, par la société Will Power, qu’elle entendait construire dans les environs un parc à thème sur Shakespeare, a ajouté à la confusion. «Nous avons été approchés par cette société mais nous ne lui sommes pas liés» conclut Jonathan Pope. Le premier théâtre du nouveau Stratford devrait être prêt en 2004, il s’agira de la reconstruction de The Other Place. Pour le Royal Shakespeare Theatre, la nouvelle mouture s’élèvera en 2007…


 Rafael Pic
26.12.2001