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René Princeteau, Veneur sur un pont et cerf à l'eau,
plume et encre brune, coll. part.
© Christophe Gœury

Sourd, muet et dessinateur

Les dessins inédits du maître de Toulouse-Lautrec, René Princeteau (1843-1914) sont enfin accessibles au grand public.

Né à Libourne, Princeteau gagne vite ses qualités de virtuose dans l’art de représenter les scènes de chasse ou les chevaux de course. Ses dessins déclinent les différentes sources d’inspiration du peintre : les militaires, la chasse aux chiens courants, le bestiaire, les portraits et les caricatures, la vie rurale. Avec ses pièces étonnantes comme ce Veneur à tête de sanglier caractéristique des scènes amusantes croquées par l’artiste. Pastels, mines de plomb, fusains et plumes mettent en évidence sa facilité à adapter une technique à un thème donné. Les paysages illustrent une grande liberté de facture associée soit au romantisme, dans Paysage hivernal avec soleil couchant, soit à l’impressionnisme, dans les Études de meules de foin. Des rapprochements éloquents sont rendus possibles par la mise en page. Si la feuille très achevée du Veneur en tenue rouge à cheval sonnant, veneur à cheval de dos s’éloignant s’oppose au rapide croquis du Valet et ses chiens au trait, la recherche du mouvement est bien commune aux deux. De même, le tirage albuminé de cet Attelage de bœufs à l’étable avec un bouvier et Princeteau coïncide avec l’étude des Deux bœufs tirant une charrette sur une feuille d'écriture.

La première partie de l’ouvrage est consacrée à la biographie de l’artiste : ses relations avec la famille Toulouse-Lautrec, ses difficultés scolaires et sa prédilection pour la sculpture. C’est lors d’un séjour à la pension parisienne Valade que l’artiste découvre cette passion qui lui permet de « faire le tour de (son) sujet et l’observer sur toutes les faces tandis qu’il n’en est pas de même d’une toile». Des citations ponctuent le texte de certains détails comme son désir de rejoindre l’artillerie durant la guerre 1870 en évoquant l’avantage de sa surdité qui « ne lui permettait pas d’entendre le signal de la retraite». Si le portrait équestre du président Mac-Mahon n’a abouti qu’à un « bon homme un peu blanc», le tout Paris se pressait dans son atelier pour lui passer commande. Le baron Schickler lui fait peindre son étalon Le Sancy et sa pouliche Semendria. La production graphique de l’artiste est également analysée, ses spécificités, sa manière de travailler et la difficulté de datation des feuilles qui superposent les dessins et multiplient les reprises. Si on ne peut qu’admettre la fraîcheur et la qualité des reproductions, on reprochera une présentation sans originalité dans laquelle les feuilles fanées par le temps ne sont pas mises en valeur. L’ouvrage a le mérite de faire découvrir le talent de cet artiste qui a su, malgré son handicap, exprimer le son de la trompe et les aboiements des chiens.


 Stéphanie Magalhaes
16.01.2002