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Expositions

Une Amérique en forme d'Arcadie

La Tate Britain présente les œuvres des paysagistes du Nouveau Monde, de 1820 à 1880.


Albert Bierstadt, Rocky montains,
«Lander's Peak»
, huile sur toile,
1863, 110 x 90 cm, Courtesty of
the Fogg Art Museum, Harvard
University Art Museums, Mrs
William Hayes Fogg
Photo: Katya Kallsen
© President and Fellows of
Harvard College
La Tate Britain s'est mise au diapason de son rejeton, la Tate Modern, et a entrepris des travaux de rénovation fort réussis (rampe d'accès en pente douce, verre sablé, métal, bois blond), qui lui ont apporté un gain d'espace d'environ 30% obtenu, notamment, par creusement. C'est sous cette nouvelle apparence qu'elle offre ses murs à la peinture américaine de paysage des années 1820 à 1880. De la vallée de la rivière Hudson et des chutes du Niagara, à l'est, à la vallée du Yosemite à l'ouest, en passant par les Montagnes rocheuses, Yellowstone et le Grand Canyon, c'est une cartographie choisie du Nouveau Monde qu'accueillent huit salles dans lesquelles Andrew Wilton, commissaire de l'exposition, a choisi de montrer une quinzaine de peintres (Thomas Cole, J. F. Cropsey, Sanford Gifford, Frederic E. Church, Albert Bierstadt, Martin Heade.. .).


Frederic Edwin Church, Les
chutes du Niagara depuis du
côté américain
, huile sur
toile, 1867, National Gallery
of Scotland, Edinburgh
© Tate Britain
À une époque où la photographie n'était pas ou peu utilisée, et où l'on ne connaissait que les abords des villes de la côte Est, ces peintres, découvreurs de grands espaces, étaient les uniques témoins visuels d'une terre qui suscitait fantasmes et terreur. Il faut imaginer leur production au rythme de leur lente progression sur cet immense territoire, le plus souvent à dos de cheval. L'incroyable liberté dans l'utilisation des couleurs révèle leur enchantement devant ces forêts, ces lacs et ces montagnes à perte de vue, qu'ils ont sublimés. Leur palette, presque criarde pour souligner des couchers de soleil ou la fôret en automne, se fait plus sombre lorsqu'elle veut exprimer la grandeur des lieux. Et au fil des années, cette vision exacerbée s'apaise, les couleurs prennent un tour plus tranquille, l'approche se fait plus subtile. Elle exprime cependant une appréhension face à l'intervention de l'homme dans ces paysages quasi divins (arbres coupés, animaux poursuivis puis abattus).

Andrew Wilton a découvert cette peinture dans les années 70, lorsqu'il s'occupait de la section d'art britannique à Yale. «Cette vision parfois naïve, nourrie des influences des maîtres européens, notamment de Turner» retrace, selon lui, une forme de message biblique. Elle transcrit un voyage idyllique dans la nature édénique qui s'achève par la conquête irrésistible de cette terre par l'homme. En 1883 William F. Cody, alias Buffalo Bill, présentait son premier «Wild West Show». C'était la fin d'un rêve. La mise en scène de l'exposition dénote une patte anglaise par la couleur des murs (verveine, mirabelle et mastic) et une pointe d'humour. Aux trois quarts du parcours, une grande toile de Church représentant des icebergs (1861) est montrée comme sur une scène de théâtre, avec dorures et rideaux de velours rouge. Un vrai spectacle, grandiloquent et touchant à la fois…


 Yamina Benaï
22.02.2002