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Mireille Bonnebas (Conservatoire de l’agriculture de Chartres)

À l’occasion du Salon de l’agriculture, la directrice du COMPA nous présente le tracteur Case 1912, le plus ancien de sa collection.


Le Case 1912
© Le COMPA
Pourquoi avoir choisi le tracteur Case 1912 ?
Mireille Bonnebas, directrice du COMPA. Le COMPA possède de nombreux objets insolites : la première moissonneuse, construite en 1836 et présentée à l’exposition universelle de 1900, les premiers tracteurs Renault fabriqués après 1918 qui ressemblent à des chars d’assaut, les charrues tic-tac qui labourent et sèment en même temps ou les trépigneuses, des batteuses actionnées par le trépignement des chevaux. Mais le Case 1912 est un objet exemplaire de notre collection et, qui plus est, une très belle «sculpture». C’est un tracteur de plus de 6 tonnes, peint de couleurs vives dont le logo, un aigle reposant sur un globe terrestre, constitue tout un programme.

Décrivez nous cette machine…
Mireille Bonnebas. Sans dresser une fiche technique complète, il faut évoquer certains détails précis. Le Case 1912 a des roues en fer dont le diamètre est de 104 cm à l’avant et 176 cm à l’arrière et sa cabine est en bois. Il a des caractères peu communs : un moteur bicylindre dont le refroidissement est assuré par des gaz d’échappement, ou un régulateur à trois boules. Il faisait du 3 à 6 km/h et avait un moteur de 20 chevaux. Quand on pense que certains prototypes présentés au salon en comptent près de 900 !

En quoi ce tracteur est-il exemplaire ?
Mireille Bonnebas. Comme Mc Cormick ou Sawyer-Massey, Case est une marque américaine mythique. Cette pièce est symbolique de la première génération des tracteurs à combustion interne. Vers 1910, les tracteurs à vapeur sont remplacés par ces tracteurs fabriqués en série. Ils sont plus faciles à utiliser car ils n’ont pas besoin d’être ravitaillés en eau et en charbon. Pourtant, ils restent peu maniables : ils sont très lourds et il faut une dizaine de personnes pour les faire fonctionner. Dès les années 1915-1916, ils sont dépassés par une seconde génération de machines conduites par un seul homme. Ils ont donc eu une durée de vie assez brève.

Comment cet objet est-il entré dans vos collections ?
Mireille Bonnebas. En 1985, l’Américain auquel il appartenait a dû disperser sa collection pour des raisons fiscales. Il a choisi de les revendre à des Européens. Le Case a été acheté, ainsi que 6 autres tracteurs, par un agriculteur lorrain. Il faut imaginer l’épopée de ces objets transitant par bateau jusqu’en Belgique ! En 1995, il a été racheté par le COMPA grâce à des fonds de l’État et de la région dans le cadre du FRAM. Quand il a intégré nos collections, il avait été remisé pendant 88 ans et il était dans un état d’épave. Le moteur était bloqué, des loirs y avaient fait leur nid, sans compter les parasites…

Vous vous êtes donc lancés dans une campagne de restauration…
Mireille Bonnebas. Normalement, nous tenons à présenter les objets «dans leur jus» mais l’état de conservation était tel qu’il nous a fallu le remettre à neuf. Il a passé deux ans et demi dans l’atelier de restauration du COMPA qui est dirigé par un spécialiste du machinisme agricole qui a travaillé plus de 40 ans chez Lecoq. Démantelé boulon après boulon, il a été remonté et repeint à l’identique. Pour moi, c’est le «tracteur de tous les records» : 830 vis remises sur la cabine en bois, 130 mètres de tubes en cuivre non soudés pour le radiateur, 200 litres de produit de traitement contre la rouille… Mais ce «digne ancêtre» méritait bien cela : c’est le premier maillon de la chaîne et un modèle unique en Europe.


 Zoé Blumenfeld
27.02.2002