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Expositions

Pierre Hugo dans son atelier

Victor Hugo, ce géant, mon aïeul

La galerie d’art du conseil général des Bouches du Rhône expose des œuvres de l’écrivain et de ses descendants… Rencontre avec l’un d’entre eux, l’orfèvre Pierre Hugo.

Parlez-nous de l’exposition «Victor Hugo et les siens».
Pierre Hugo. C’est la première fois qu’on réunit les œuvres de tous les descendants de Victor Hugo. L’initiative revient au commissaire de l’exposition, Michel Bépoix, qui est aussi un ami. Il a rassemblé des encres de Victor Hugo, des photographies prises par son fils, Charles et des œuvres de son petit-fils, Georges, qui était peintre. On trouve des peintures de son arrière petit-fils, Jean, qui a fait ses débuts en tant que décorateur pour le groupe surréaliste du «Bœuf sur le toit» ainsi que des dessins de sa première femme, Valentine. Il y a les bijoux d’artistes créés par le frère de Jean, François, c’est-à-dire mon père, et par moi-même. Pour ma génération, il y aussi les tableaux abstraits de ma cousine Marie qui rappellent les compositions de Victor Hugo et les toiles plus naïves de sa sœur, Adèle. Ce sont des talents très différents dans leur forme et dans leur inspiration, mais le fil conducteur reste celui de la famille.


Pierre Hugo et Arman,
Tubes, or et émail
Et en ce qui concerne votre travail…
Pierre Hugo. J’ai pris la suite de mon père en 1972. Avant la guerre, Jean Hugo avait fait des premières expériences avec Derain jusqu’à ce qu’ils mettent le feu à son atelier, ce qui avait profondément déplu à sa femme ! Mais c’est dans les années cinquante que tout a vraiment commencé. Picasso avait eu une expérience malheureuse avec des fondeurs italiens pour la réalisation de plats en argent. Il s’est tourné vers mon père en 1953 pour qu’il trouve un moyen de réaliser ses pièces de grand format (45 cm de diamètre) de manière plus légère. Par la suite, tous les autres copains d’avant-guerre s’y sont mis, comme Max Ernst… En fait, c’étaient des amis avant de devenir des partenaires. Tout a démarré avec de l’amitié et de la rigolade, comme c’était souvent le cas à l’époque.

Quels ont été les changements depuis lors ?
Pierre Hugo. J’ai repris l’édition de bijoux pour lesquels mon père avait passé des contrats et j’ai sollicité de nouveaux artistes. À présent, Corneille ou Arman s’ajoutent à Picasso, Ernst, Derain, Matta, Cocteau ou Dorothea Tanning, la veuve de Max Ernst. Mais le principe n’a pas changé. Les techniques de fabrication à la main restent identiques : le repoussé, le ciselé, la soudure bord à bord, la gravure… Et cela n’a pas vraiment pris d’ampleur dans la mesure où nous ne travaillons pas pour de la grande diffusion. Je fabrique un «exemplaire avant la lettre» qui n’est pas commercialisé et sur lequel l’artiste effectue ses corrections. Et puis après, je tire le premier original de l’édition, suivi au maximum d’une cinquantaine d’exemplaires.


 Zoé Blumenfeld
27.02.2002