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Expositions

Jean Mercure
© Photo : Birgit

Jean Mercure, une vie en scène

Tandis que Paul-Louis Mignon lui consacre une biographie, la Bibliothèque historique de la ville de Paris revient sur le parcours du fondateur du Théâtre de la Ville.

Il y a quatre ans Jean Mercure et sa femme, la comédienne Jandeline Jeannerot, mettaient fin à leurs jours... Après leur mort, leur fille a rassemblé les souvenirs de leur riche carrière théâtrale. Pour que ces affiches, photographies, dessins et maquettes ne soient pas dispersés, elle en a fait don à l’ART (Association de la régie théâtrale). Cette association, établie au sein de la bibliothèque historique de Paris, a été fondée en 1911 par des régisseurs pour protéger et conserver la mémoire de leur travail. L’exposition rassemble un nombre considérable de documents pour évoquer cette vie hors du commun, des débuts au théâtre de Jean Mercure, alors qu’il rentre du service militaire en 1931, jusqu’en 1985, date à laquelle il quitte le Théâtre de la Ville.


Douking, décor pour Le Silence de la
mer
, 1949 de Vercors au théâtre
Edouard VII © Bibliothèque historique
de la Ville de Paris
Jean Mercure (son vrai nom est Pierre Libermann) est né le 27 mars 1909. Sa mère, la cantatrice Jeanne Horwitz, décède à sa naissance. Dès 1929, Jean Mercure est un spectateur assidu des spectacles du Cartel, le groupe fondé en 1927 par Baty, Dullin, Jouvet et Pitoëff. Il se déclare même issu de ce mouvement. En 1937, il est remarqué par Bertold Brecht dans une reprise de L’opéra de quat’sous. Metteur en scène, son parcours est jalonné de rencontres avec des auteurs de son temps. Des maquettes de Georges Wakhevitch évoquent ces mises en scène. Mégarée de Maurice Druon au théâtre du Vieux-Colombier en 1946 ou encore Sud de Julien Green en 1953 à l’Athénée où apparaît Anouk Aimée. Toujours en 1953, il se penche sur La volupté de l’honneur de Luigi Pirandello, dont Léonor Fini signe les décors. Douking, lui, créé ceux de Maison de Poupée, avec Danièle Delorme en 1952, ainsi que ceux du Cardinal d’Espagne de Montherlant en 1960. Ces précieuses collaborations avec les plus grands décorateurs de théâtre se poursuivent tout au long de sa carrière. Christian Dior imagine les costumes de la pièce de Courteline Charivari. Trois de ces robes, portées alors par Jandeline Jeannerot, sont présentées.


Georges Wakhevitch, décor pour La
Tour d'ivoire
, 1958 de Robert Ardrey
au théâtre des Bouffes parisiens
© Bibliothèque historique de la Ville
de Paris
Des lettres témoignent, par ailleurs, des amitiés de Jean Mercure avec des personnalités du spectacle. Notamment, celle d’Ingrid Bergman qui joue en 1956 dans Thé et sympathie de Robert Anderson, qui lui offre à cette occasion un service à thé miniature dédicacé : «Jean, un peu de thé et beaucoup de sympathie». Un message de Maurice Escande, alors administrateur de la Comédie Française, lui affirme son regret de le voir quitter la célèbre maison. On peut, en outre, admirer les costumes d’une pièce de Voltaire qu’il y a montée en 1965 : L’Orphelin de la Chine. Puis vient, en 1967, la direction du Théâtre de la Ville. Sa rénovation est illustrée par des photographies. Jean Mercure fait abattre le cadre de scène et la salle à l’italienne du vieux théâtre Sarah-Bernhardt pour les remplacer par un amphithéâtre. Celui-ci offre mille places, avec une très bonne visibilité, aux futurs spectateurs. Jean Mercure met en place une programmation novatrice qui introduit des spectacles courts à 18h30 et mêle les genres en invitant des chorégraphes et des vedettes du music-hall. Le Nederlands Dans Theater en 1969 et plus tard Carolyn Carlson y font un passage, mais aussi les Frères Jacques ou Juliette Greco. Tout au long de sa mission, il fait découvrir de jeunes créateurs qui deviendront des maîtres : Jorge Lavelli, Patrice Chéreau, Jean-Pierre Vincent et Jean-Michel Ribes... Il collabore avec le décorateur Yannis Kokkos, notamment pour La guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux en 1971, dans laquelle débute Anny Duperey. Les pièces représentées au Théâtre de Ville sont illustrées par des affiches et des photographies. Elles mettent en évidence les choix de Mercure, portant plutôt sur des auteurs du 20e siècle : Brecht, Vercors, Jules Romains ou Eduardo de Filippo. Cette volonté, il la définit lui-même : «J’ai fait du théâtre pour communiquer, pour poser des questions au public, et jamais pour me débarrasser de mes fantasmes. Nulle pièce que j’ai montée, dont le sujet ne m’ait paru opportun à l’époque où je la montais.».


 Laure Desthieux
27.02.2002