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Patrimoine

La bataille de la mosquée d'Ibn Tulun

La mosquée du 9e siècle est au cœur d'un débat concernant la restauration des monuments islamiques du Caire.

LE CAIRE, 25 fév (AFP) - La mosquée d'Ibn Tulun, un des joyaux de l'art islamique où les touristes et nombre d'Egyptiens viennent trouver tranquilité ou recueillement, à l'écart de l'agitation du Caire, est depuis plusieurs mois le théâtre d'une bruyante bataille au sujet de sa restauration. D'un côté figurent le ministère de la culture et les entreprises engagées dans un vaste programme, d'un budget de 54 millions de dollars, de restauration de 150 mosquées, caravansérails, fortifications et autres monuments qui justifient la présence du "Caire islamique" sur la liste de l'héritage mondial de l'UNESCO. De l'autre s'est constituée une coalition de spécialistes égyptiens et étrangers, qui affirment que le ministère est tout simplement en train de détruire la ville médiévale en prétendant la sauver. Tout le monde est d'avis que les monuments islamiques du Caire sont sérieusement menacés par l'humidité, la montée de la nappe phréatique, les gaz d'échappement, dans une ville de 16 millions d'habitants en constante expansion sauvage. Mais le litige porte sur la nature et la taille des travaux, en particulier à Ibn Tulun. Le monument construit de 876 à 879, que le Guide bleu décrit comme "le plus ancien témoin architectural «intact» de la civilisation musulmane en Egypte", doit "rester dans son jus", même s'il a besoin de soins discrets, estiment les opposants aux travaux.

A travers le Caire islamique, les murs décapés au sable, couleur blanc crème, détonnent sur le beige patiné du reste des constructions, témoins des travaux entrepris depuis le début du programme, en 1998. A Ibn Tulun, la société Aswan a remplacé les pierres inégales qui formaient le sol depuis des siècles, par des dalles. "Ils veulent donner un coup de neuf à la mosquée, lui donner une allure propre et moderne", accuse Saïd Zulficar, ancien responsable de l'UNESCO et secrétaire général de l'organisation Héritage sans frontières, basée à Paris. Ce dallage "a dû coûter une fortune", explique M. Zulficar. "Quelle est la justification de toute cette dépense, alors que depuis presque 1.200 ans, il y avait de simples pierres?". De tels travaux, affirme avec moins d'égards l'expert Saleh Lamei, ne répondent qu'à une considération : "Combien d'argent les entreprises vont-elle tirer du projet ?" Un rapport de l'UNESCO, publié en août, a reconnu le bien-fondé de certains travaux, mais en a critiqué d'autres, dont la destruction d'ornements par le nettoyage au sable à haute pression, ou la transformation du bassin d'une mosquée du 14ème siècle, avec des effets lumineux qui lui donne "l'aspect d'un jacuzzi". L'an dernier, plus de 30 spécialistes ont adressé une lettre à l'épouse du président Hosni Moubarak, Suzanne, dénonçant des dégâts sur 31 monuments. La lettre était signée par Marianne Barrucand, professeur d'art islamique à la Sorbonne (Paris), Oleg Grabar (Harvard University), André Raymond (université d'Aix en Provence, France) et Ismaïl Séragueldine, directeur de la Bibliothèque d'Alexandrie. Certains travaux sont menés par des entreprises ayant "peu d'expérience dans l'art de la restauration", "des colonnes de nombreuses mosquées sont remplacées par des répliques en béton", et du ciment interdit par l'UNESCO est utilisé à Ibn Tulun, avaient-ils écrit. Les responsables égyptiens avaient rejeté ces accusations, mais elles n'en ont pas moins organisé la semaine dernière un symposium sur la restauration des monuments historiques, invitant la plupart des signataires.

par Steve NEGUS

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  AFP
26.02.2002