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Patrimoine

Les Contes de Canterbury en accès libre

Le chef-d’œuvre de Geoffrey Chaucer détient l’enchère-record pour un livre imprimé (4,6 millions £ en 1998). Il sera bientôt disponible, numérisé, sur le site internet de la British Library. Kristian Jensen, conservateur des incunables, entre dans les détails…


Pourquoi avoir décidé de mettre sur le web les Contes de Canterbury ?
Kristian Jensen.
Comme vous le savez, c’est une véritable icône de la culture anglaise et le premier livre imprimé en Angleterre. Il n’en existe que quelques exemplaires, très fragiles, auxquels même les spécialistes n’ont accès qu’en fonction d’autorisations délivrées au compte-gouttes. L’objectif de la British Library est de rendre accessible au plus grand nombre ces œuvres-phares. Nous y avons bien sûr été encouragés par le succès de la mise en ligne de la Bible de Gutenberg, qui a enregistré un million de connexions en six mois !

Quelle édition avez-vous choisi ?
Kristian Jensen.
Le premier éditeur anglais, William Caxton, était d’abord actif à Bruges, où il a traduit et imprimé en 1463-64 un roman courtois français, le Recueil des histoires de Troie. De retour en Angleterre, il a publié deux éditions des Contes de Canterbury. La première date de 1476-77 et est composée de 374 folios. La seconde, de 1481, en comporte 312 ainsi que 24 gravures sur bois. Il s’agit d’images qui n’ont pas le raffinement des gravures allemandes, italiennes ou françaises des années 1490. Elles sont «provinciales» en quelque sorte mais pleines de vie ! C’est pourquoi nous avons choisi de commencer la numérisation par cette seconde édition.

Il s’agit, je suppose, d’incunables de votre collection…
Kristian Jensen.
Bien sûr. La British Library possède un superbe exemplaire de la première édition. Il provient des collections de George III et nous a été légué en 1828. Il ne lui manque que neuf folios et demi. Il en existe d’autres en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis mais aucun n’est aussi complet. De la seconde édition, nous possédons un exemplaire quasiment complet. Mais le seul intégral est la propriété du Saint John’s College, à Oxford. On ne connaît pas le nombre total d’exemplaires imprimés mais il n’a pas dépassé quelques centaines.

Le papier était-il anglais ?
Kristian Jensen.
C’est un point encore très discuté. Paul Needham, de l’université de Princeton, a étudié les filigranes. Il y en a seize différents ! Il y a une forte probabilité que le papier soit originaire des Pays-Bas.

Quel est le coût de l’opération et quand sera-t-elle achevée ?
Kristian Jensen.
Elle est sponsorisée par l’université japonaise de Keio, qui possède un institut de recherche spécialisé dans la numérisation d’ouvrages rares et détient, par ailleurs, un exemplaire des Contes de Canterbury. Ce sont ses propres équipes qui s’en chargent. Le montant financier de l’intervention ne nous a pas été communiqué. On peut l’estimer, je pense, autour de 70000 £. La numérisation sera achevée au début de l’automne.


 Rafael Pic
02.03.2002