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Nathalie Worthington : «Le Mémorial fait peau neuve»

Après un an et demi de travaux et un investissement de 13,7 millions d'euros, le Mémorial de Caen ouvre ses nouveaux espaces.


Les nouveaux espaces du musée
© Mémorial de Caen
Pourquoi avoir décidé la construction de nouveaux espaces ?
Nathalie Worthington, responsable chargée de l’extension.
Cette extension était inscrite dans les gènes du Mémorial. Du point de vue scientifique, nos collections sont organisées en «cercles concentriques». Après la Seconde Guerre mondiale et le Jour J, nous avions le désir d’assurer une continuité historique et d’approfondir la seconde moitié du 20e siècle. La période contemporaine est traitée dans des espaces réactualisables, actuellement consacrés à une réflexion thématique sur la paix. Du point de vue économique, nous avons besoin de faire des modifications régulières de manière à faire revenir le public. Depuis notre ouverture en 1988, nous avons déjà ouvert la galerie des prix Nobel de la paix, des salles consacrées à la Résistance et, en janvier dernier, un espace sur les prisonniers de guerre.

Comment avez-vous procédé ?
Nathalie Worthington.
Nous avons commencé à réfléchir à ce projet dès 1996. Comme nous n’avions pas de collection pour cette période, nous avons d’abord déterminé le discours et conçu, avec Zette Cazalas, une scénographie en totale rupture avec la sobriété des anciens locaux. À partir de là, le projet architectural a été créé par Jacques Millet (4 500 m2 répartis entre une nouvelle aile et une galerie qui la relie à l’ancien bâtiment) tandis que nous commencions à réunir les contenus : films, bandes sonores, textes et objets. Cette «quête» a duré trois ans. Notre équipe, ainsi que des collaborateurs basés à l’étranger, ont arpenté les lieux de vente et lancé des démarches auprès de témoins. Nous avons fait des acquisitions, bien sûr. Mais nous avons aussi reçu les dons de personnes privées, comme les deux pans tagués du mur de Berlin, ou des dépôts d’autres musées : des débris de l’avion U2 qui a déclenché la crise de Cuba ou une bombe du National Atomic Museum d’Albuquerque, attendue depuis 2 ans.


Deux pans du mur de Berlin
© Mémorial de Caen
Décrivez –nous le parcours…
Nathalie Worthington.
La galerie de liaison, passerelle entre 1945 et l’après-guerre, est consacrée aux villes détruites. Elle débouche sur le hall de la paix, un espace lumineux présentant des témoignages du plus ancien traité de paix de l’humanité, une réplique monumentale d’un pan de mur du temple de Karnak et son pendant hittite, une plaquette d’argile du musée d’Istanbul. Ce hall dessert deux espaces : «Le monde à l’heure de la guerre froide» et «Des mondes pour la paix». Le premier parcours s’ouvre sur «Le face-à-face de deux systèmes» symbolisé par l’opposition entre deux grands blocs de 7m de haut et consacré à la présentation des blocs de l’Est et de l’Ouest : vie quotidienne, propagande et limites de chaque système… Vient ensuite «Les temps, les lieux et les hommes», une mise en scène autour des grandes dates et des principaux protagonistes de la Guerre froide, articulée autour de 1962 pour la crise de Cuba et 1965 pour la guerre du Vietnam. Suivent encore «Les armes de la Guerre froide» illustrée par des archives rares et des armes, un authentique Mig-21, une tête de missile français SSBS issue du démantèlement du plateau d’Albion, un missile balistique américain et une bombe B28. Le parcours s’achève avec «Les autres voies», une présentation transversale consacrée aux tentatives d’émancipation de l’affrontement Est-Ouest (les porte-parole du non-alignement, la décolonisation ou la constitution de l’Europe). Le parcours s’achève sur une interrogation sur «La fin de la guerre froide» : les deux pans du mur de Berlin, tagués côté Est, posés en hauteur comme lors de leur enlèvement par des grues, et sept dominos marqués des dates-clés de la chute de l’empire soviétique.

Et en ce qui concerne les espaces sur la paix ?
Nathalie Worthington.
«Des mondes pour la paix» a été conçu en collaboration avec Johan Galtung, chercheur et médiateur lors de conflits. Il incite à une réflexion sur ce qu’est la paix. On commence avec «Penser la paix», une mise en perspective à l’échelle de l’humanité sous la forme de kiosques proposant des dialogues entre des philosophes et des sceptiques, issus des mondes gréco-romain, chrétien, judéo-arabe, extrême-oriental, bouddhiste et hindouiste ou des cultures rurales. On trouve ensuite une approche des autres modes de règlement de conflits sous la forme de quatre cas concrets, une présentation typologique des différentes formes de violence, un «Observatoire de la paix» mettant en évidence certaines de ces fractures sur de grands planisphères et, en contrepoint, pour rendre l’espoir, une présentation des modes de lutte quotidienne contre la violence. Le parcours se termine avec deux mezzanines : un gros plan sur le non-respect des équilibres écologiques et des «Ateliers de la paix» dans lesquels les visiteurs sont ramenés à eux-même et incités à se poser des questions pratiques à l’aide de systèmes interactifs et de manipulations.


 Zoé Blumenfeld
21.03.2002