Accueil > Le Quotidien des Arts > Un Duchêne sinon deux...

Expositions

Un Duchêne sinon deux...

Le Trianon de Bagatelle propose un parcours dans l’univers paysager des Duchêne. Entre Courances et Blenheim Palace, l’œuvre des paysagistes trouve enfin une reconnaissance à la hauteur de leur génie.


Le Tremblay, Château du Tremblay,
1920 © M. Duchêne
Paysagistes de père en fils, Henri (1841-1902) et Achille (1866-1947) Duchêne occupent une place majeure dans l’histoire des jardins de la fin du 19e siècle à la première moitié du 20e siècle. «Les Duchêne se sont appuyés sur un vaste héritage pour composer et inventer un style nouveau. Cette exposition a pour but de faire redécouvrir l’œuvre d’artistes tombés dans l’oubli après une notoriété nationale et internationale de presque un siècle. Après Bagatelle, les pièces partiront certainement à New York et pourquoi pas en Allemagne et au Royaume-Unis» explique Michel Duchêne, arrière petit-fils d’Achille et président de l’association Henri et Achille Duchêne. L’exposition présente des œuvres inédites du fonds Duchêne : photographies, dessins, plans et objets personnels. Fervents utilisateurs de la chambre noire, les paysagistes occupent une grande part de leur temps à photographier leurs créations. Des parterres du cloître de l’abbaye de Royaumont (1910) à la Terrasse de Bourlémont (1931), les clichés, couleur sépia, insistent sur les finitions et l’harmonie des ensembles. Du simple vase aux sculptures, le jardin selon Duchêne est un tout. En témoigne ce banc du château de Saudricourt. «Les Duchêne étaient à la pointe de l’actualité en matière de photographie. Tous les appareils présentés ici ont été commandés et réalisés sur mesure» précise Gabrielle van Zuylen, commissaire de l’exposition et auteur de Tous les jardins du monde chez Gallimard. Ainsi, les paysagistes peuvent attirer l’attention sur la perspective de Nordkirchen, sur un parterre de Blenheim ou encore sur une vue aérienne des jardins de Sassy. «Les tirages en négatif de certains clichés laissent apparaître des détails qui passeraient inaperçus sur des tirages classiques : les broderies des parterres, les alignements et la perspective».


Achille Duchêne, Fête de l'abondance.
Départ l'île enchantée
, 1930
© M. Duchêne
À la fin des années trente, les commandes se font plus rares. Achille Duchêne se tourne vers des projets utopiques laissant libre cours à son inspiration. Les fêtes sont nombreuses et les jardins se font idylliques. Toute une pièce est consacrée à ces dessins très achevés et parfois mis en couleurs. Les « féeries nocturnes » rivalisent de moyens comme les jets d’eau, les feux d’artifices, une végétation luxuriante ou des voûtes de feu. Motifs largement inspirés des dernières recherches de la pyrotechnie. Parmi les feuilles les plus impressionnantes, le projet de fête pour le duc de Marlborough à Blenheim. Les « Jardins de l’avenir » occupent une part importante de son œuvre : une Ecole moderne dans laquelle les étudiants trouveraient une piscine, des douches et un aquarium, un Bosquet de la musique ou encore une demeure d’artiste entourée d’un jardin des oiseaux et d’un jardin des abeilles. Parmi les « Jardins de rêve », on notera l’esprit visionnaire de l’Escalier des soleils et la modernité du plan de terrain pour le Musée du progrès.


Condé-sur-Iton, Treillage réalisé
par Achille Duchêne
, 1904
© M. Duchêne
La reconstitution du cabinet de dessins des Duchêne reflète l’activité intense d’une équipe composée d'architectes et de paysagistes dans le monde entier. Dans une vitrine centrale, tous les instruments de mesure, les croquis, les loupes et les ouvrages consultés, informent sur les étapes de création. Aux murs, les plans de Champs-sur-Marne (1895) et des croquis pour l’aménagement des terrasses aux immeubles Walter ou l’hôtel particulier de M. Higgins, Ambassadeur des États-Unis à Paris. La dernière pièce, évoque l’ambiance dans laquelle travaillait Achille Duchêne alors qu’il rédigeait les Petites et grandes résidences. Qu’en est-il de ces jardins aujourd’hui ? Selon Michel Duchêne, «Après plus d’un siècle, 85 % des 6000 jardins réalisés sont encore visibles. Alors que les jardins de Matignon semblent avoir retrouvé leur état d’origine, nous souhaitons à présent faire connaître le travail réalisé à Voisins. Les paysagistes y ont inventé le style du 21e siècle en mélangeant le jardin à la française, à l’anglaise et à l’italienne. On peut , à ce titre, les qualifier d’avant-gardistes». Si Blenheim et l’abbaye de Fontenay sont aujourd’hui classés sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité, la première préoccupation de Michel Duchêne est de faire classer les jardins, de multiplier les publications et de créer un musée. «Devant un refus d’aide du Ministère de la Culture de sauvegarder des plaques photographiques qui tendent à s’effacer, il nous faut penser à archiver ces documents précieux sur CD-Rom. On découvre tous les jours des éléments nouveaux qui s’ajoutent aux huit tonnes de papier déjà en notre possession. On peut comparer le phénomène Duchêne à un iceberg qui sort de l’eau ».


 Stéphanie Magalhaes
18.03.2002