Accueil > Le Quotidien des Arts > Entre pierre noire et sanguine

Livres, CD, DVD

Antoine Watteau, Sept études
de têtes de femmes, une tête
de jeune homme
(détail), vers
1717. Paris, Musée du Louvre,
département des arts graphiques

Entre pierre noire et sanguine

Pierre Rosenberg explore l’œuvre des grands dessinateurs français du 17e au 19e siècle.

Des textes riches, une mise en page agréable, des illustrations en nombre, le livre de Pierre Rosenberg, ancien directeur du Louvre, peut être considéré comme un ouvrage de référence. Si l’ouvrage s'attache principalement aux cinq artistes suivants : Poussin, Watteau, Fragonard, David et Ingres, son contenu ne manque pas d’évoquer les différents problèmes liés à la conservation des feuilles ou encore les difficultés d'attribution.

La lecture de l'ouvrage est ponctuée d'anecdotes qui éclairent des notions parfois ardues. Ainsi, on apprend qu'Ingres était de petite taille, que David souffrait d’une déformation de la joue gauche, que Watteau appréciait le théâtre contrairement à Poussin qui préférait les lectures philosophiques. Les comparaisons vont jusqu’à évoquer les deux mariages par procuration d’Ingres avec madeleine Chapelle puis avec Delphine Ramel, le divorce politique de David et sous-entendre l’homosexualité de Watteau. Qui collectionnait les dessins de David ? Comment les artistes considéraient-ils les travaux graphiques ? Les réponses se trouvent dans le second chapitre de l’ouvrage, peut-être plus accessible aux connaisseurs. Si Fragonard n’accordait guère d’attention à ses dessins, David les conservait avec soin. Pour Ingres, la qualité du papier revêtait une place majeure tandis que Poussin se contentait de pages de brouillon ou du verso des lettres. Les illustrations, parfaitement en accord avec le texte illustrent les arguments de l’auteur.

Les propos d’Antoine-Joseph Dezallier d’Argenville, dans son Abrégé de la vie des peintres (1745), les textes du Comte de Caylus, critique d'art du 18e siècle ou les écrits de Delecluze, élève de David, apportent des éléments complémentaires sur les techniques utilisées par les artistes et la caractéristique de leur méthodes. On apprend que David fit construire une maquette du chœur de Notre-Dame de Paris pour concevoir Le Sacre et que Poussin utilisait une « boîte » pour organiser ses compositions. La confrontation entre le Portrait de la baronne James de Rothschild d’Ingres et l’étude ayant servi à sa réalisation fournit des éléments sur les différentes phases de création. De même, les études de Watteau mises en rapport avec les toiles achevées, reproduites en noir et blanc pour faciliter la comparaison.

Rosenberg se penche ensuite sur les problèmes d’attribution et l’usage des dessins. À l’exception d’Ingres qui eut la chance d’exposer ses dessins au Salon des Arts-Unis de 1861, les autres artistes recourent à la gravure pour diffuser leur œuvre graphique. Ainsi Vivant Denon grava la Tête de Le Pelletier de Saint-Fargeau sur son lit de mort d’après un dessin de David. Comment transformer la pensée en ligne ? Telle est la réflexion menée par Pierre Rosenberg en conclusion de l’ouvrage. On apprécie la richesse des textes et des annexes (notes, bibliographies, expositions et index). Un vademecum tout trouvé pour le Salon du dessin...


 Stéphanie Magalhaes
18.03.2002