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Les bonnes affaires du Pavillon des antiquaires

Jusqu'au 1er avril, 85 antiquaires et marchands d'art tiennent salon sous chapiteau, dans le jardin des Tuileries. Les petits trésors accessibles y font bon ménage avec le dispendieux mobilier Haute Epoque.


Pablo Picasso, Autoportrait,
1955, encre sur carton, signé
et daté, 39,7 x 31,8 cm
© Galerie Hopkins Custot
Oh, la jolie paire de peintures, fixées sous verre, signée par l'italien Fortunato Depero, en 1916 ! Chacune de ces images géométriques, de format rond, enchâssée dans un cadre métallique étonnant, mesure 22 centimètres de diamètre. C'est frais, dynamique, poétique. Renseignements pris auprès de l'heureux vendeur, la galerie Martin du Louvre (Paris), il faut débourser 37000 euros pour devenir le propriétaire de cet ensemble unique. Pas si cher, si l'on songe que Depero fut l'un des acteurs essentiels du futurisme italien…

Voilà l'une des trouvailles qu'il est possible de faire, en ce moment, sous le chapiteau blanc dressé dans le jardin des Tuileries. Le parquet craque, beaucoup de stands se ressemblent, avec leurs collections de toiles abstraites des années cinquante vues, revues, et fort négligemment accrochées. Mais ici ou là, on s'est donné du mal. Ainsi chez Laurent Herschtritt (Paris), qui consacre un cabinet à rideaux épais et fauteuils romantiques à une série de photographies de l'actrice Sarah Bernhard ; ou chez Luhoan (Paris), où l'on se croirait dans la demeure familiale d'un riche Asiatique.


Pierre-Louis Pierson, Scherzo di follia,
vers 1900, tirage effectué par l'atelier
Braunfils © Galerie Laurent Herschtritt
Le thème de ce cinquième Pavillon des antiquaires et des beaux-arts est «la lumière», comme en atteste la sculpture, peu convaincante, commandée à l'artiste Capmarty pour décorer le hall d'entrée. Plus évidente, la spécialité de certains vendeurs fait mouche. Ainsi la galerie Le Jardin dans l'Art (Paris) propose-t-elle d'intéressants plans d'architectes et des pages d'herbier ; ainsi, aussi, Hypnos (Paris) propose-t-elle des tirages photographiques inattendus et centenaires.

Et le mobilier, qui fit la réputation de cet événement à ses débuts, alors qu’il se nommait Salon de mars, qu’on s’y évanouissait de plaisir en découvrant, sous un tableau de Basquiat et près d’une sculpture africaine, une commode Louis XV digne du château de Versailles ? Les meubles présentés, s’ils sont toujours de grande qualité, sont moins nombreux. Six ténors parisiens seulement les présentent : Stéphane Bresset, Marc Perpitch, Jean-Claude Hureau, Jean-Marie Rossi, Maurice Segoura et Jacques Perrin, qui est à l’origine de ce Pavillon des antiquaires. Son stand, situé à l’entrée, rutile heureusement de feuille d’or et de bois précieux.

A chacun ses coups de cœur ! Pour ma part, j'emporterais volontiers, outre les deux tondi de Depero, cette photographie anonyme de la place Pigalle la nuit, prise en 1950 (Nakache-Tartarin, Paris) ; et aussi, cette huile sur toile du 17e siècle de Rijckaert, figurant une Tentation de Saint Antoine (De Jonckheere, Paris) ; et encore, ces deux anges baroques monumentaux en bois de tilleul, rapportés d'Italie du Nord (Mechiche, Paris). Tout compte fait, je ne prends que la photographie. Elle ne coûte que mille euros…


 Françoise Monnin
25.03.2002