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Musées

NicolasPoussin, La mort d'Adonis
Musée des Beaux Arts de Caen
© Photo : Martine Seyve


Tableau d’Alain Tapié, conservateur (musée des Beaux-Arts de Caen)

Dans La mort d’Adonis, l'un des chefs-d'œuvre de la collection, Nicolas Poussin fait brillamment revivre un mythe fondateur et… sanglant.

A Rome depuis 1624, Poussin entre dans le cercle de Cassiano dal Pozzo, érudit et amateur d’art. Sous son influence, il se tourne vers des sujets poétiques et d’inspiration mythologique.Pour les tableaux peints dans les années 1630, Poussin emprunte volontiers aux métamorphoses d’Ovide. Par-delà toute réthorique il transcrit l’instant énigmatique de la métamorphose d’Adonis. Vénus, penchée sur le corps meurtri d’Adonis «arrose de nectar odorant le sang qui, à ce contact, bouillonna, comme font les bulles transparentes montant des eaux jaunes d’un bourbier. Et, dans un délai qui n’excéda pas une heure entière, de ce sang naquit une fleur de même couleur» (Ovide, Métamorphoses, X/730-735).

Dans ce tableau, le peintre choisit d’illustrer l’acte final, le moment même de la transformation du sang d’Adonis en fleur, dans lequel se réfléchit aussi la défaite de la nature et sa renaissance, plus largement encore la mort elle-même et la résurrection. Ce tableau est une œuvre totalement spirituelle, son versant philosophique présente une méditation sur le temps qui passe, sur la mort et la résurrection au sens religieux du terme. Une toile qui se positionne entre le profane et le sacré. Le choix de cette œuvre relève de cette sensation d’effraction, la scène vous arrive droit sur le visage. Nous sommes loin de la composition classique qui encadre le sujet. La touche du peintre nous révèle un Poussin titianesque doté d’une touche à la vénitienne.

L’œuvre a eu une vie exemplaire : provenant de la collection de Louis XIV, elle est déposée au musée en 1803 et n’en bouge plus. Elle apparaît dans la salle intitulée : « Influence romaine et atticisme français ». Ce tableau extrêmement digne, reste semi-oublié, inspirant respect et méfiance à qui s’en approche. Le visiteur doit être attiré par l’œuvre et non par le nom de son créateur. Nous avons, volontairement choisi de ne pas mettre en valeur cette œuvre plus qu’une autre comme l’aurait fait un autre musée fier de posséder un tel patrimoine. La toile participe à toutes les grandes expositions Nicolas Poussin mais continue à garder humilité sur les murs du musée des Beaux-Arts de Caen.


  Propos recueillis par L'Art Aujourd'hui
24.09.2001
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