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Expositions

Bon appétit, monsieur Spoerri !

La rétrospective consacrée à l'artiste suisse ouvre aujourd'hui au Jeu de Paume. Elle était précédée par une série de dîners dont les reliefs deviendront objets de musée…


Daniel Spoerri et Raymond
Hains © Françoise Monnin
Une fois la réservation faite par téléphone, les 85 euros par personne versés, il était possible à tout un chacun de se rendre pour dîner, du 18 au 29 avril, dans la Galerie Nationale du Jeu de Paume, où Daniel Spoerri avait ouvert son restaurant «Bonsnob». Chaque soir, les plats servis et la décoration ont été différents, en fonction d'un thème choisi par l'artiste. Il y a eu le Dîner des Homonymes, pour ceux qui aiment les pommes de terre Mona Lisa arrosées d'un Château Degas ; le Dîner cannibale, avec du chou aux allures de cervelle, de la viande de grisons en guise de langue et, au dessert, des pénis en chocolat chaudement applaudis ; etc. Le plus réussi ? D'après Laurent Enescot, chef du projet (traiteur Butard-Enescot), le Dîner Palindrome ! Cela consistait à commencer par le dessert et à finir par l'entrée ; tout cela, savamment truqué : dans la tasse à café, un bouillon de cèpes ; en guise de parmesan, du chocolat blanc râpé, etc.


Vue générale d'une des trois salles,
vendredi soir, au Dîner Hommage
à Raymond Hains
© Françoise Monnin
Chaque soir, trois tables, préalablement décorées par Spoerri - les autres se contentaient de cristaux prêtés par Baccarat et de porcelaines empruntées à Philippe Deshoulières -, ont été emportées au cours du dîner, et sur le champ collées en l'état, vaisselle et déchets compris, afin de constituer l'essentiel des œuvres présentées dans l'exposition à venir. Chaque nuit, une équipe de neuf jeunes artistes, embauchée pour l'occasion et dirigée par le régisseur du Jeu de Paume, s'est appliquée à respecter les accidents provoqués à table, à les fixer pour la postérité. Le concept avait été imaginé en 1963 par l'artiste. A l'époque, les menus étaient plus simples, les convives, plus innocents et plus drôles, le budget, infiniment plus modeste. Si Spoerri appartenait déjà à la turbulente équipe des Nouveaux Réalistes, ses tableaux-pièges valaient cent fois moins que le prix auquel mon voisin de table, expert en art contemporain de l'étude Briest, les a estimés vendredi soir dernier. «25000 à 30000 euros en galerie, a-t-il précisé, et la moitié en salle des ventes, car ce type d'objet n'est pas facile à placer dans un appartement».

Les soirées se sont, hélas, déroulées sans incidents créatifs. Daniel Abadie, directeur du lieu, et Daniel Spoerri, ont eu bien du mal à faire respecter les plans de table qu'ils avaient élaboré, à filtrer les resquilleurs habituels, à créer une ambiance conviviale. Certes, ont dîné là, parmi les deux cents convives répartis chaque soir dans trois salles, de grands collectionneurs - Gilles Fuchs, par exemple -, des marchands d'art branchés comme Claudine Papillon, des artistes médiatiques - Klasen ou Stampfli. Le peintre Jean Dubuffet a écrit que l'art couche rarement dans les lits qu'on lui fait. Il se déguste visiblement tout aussi peu aux tables qu'on lui dresse.


 Françoise Monnin
02.05.2002
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