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Expositions

L’Italie fait revivre le néoclassicisme

Milan accueille les scènes mythologiques et les portraits qui ont conquis les collectionneurs à partir de la fin du XVIIIe siècle.


Il a rarement été donné à l'amateur d'art de voir une exposition aussi importante et riche sur le néoclassicisme. Il faut dire qu'elle coïncide avec la présentation au public de salles jusqu'alors fermées du Palazzo Reale. L'escalier monumental a retrouvé la fresque originale de Giuliano Traballesi qui se trouvait sous une épaisse couche de peinture du XIXe siècle. La salle des tapisseries (qui proviennent de la manufacture des Gobelins avec La Fuite de Médée, Jason domptant les taureaux et Creuse victime de la vengeance de Médée) est ornée de décorations murales de Giuseppe Levati. Une seconde salle décorée de tapisseries est ornée de stucs et d'une fresque représentant L'Apothéose de Jason. La salle dite des lanternes a été réalisée entre 1822 et 1823 par l'architecte Giacomo Tazzini. Une troisième salle des tapisseries, toute décorée de stucs dorés d'Albertolli reprend le mythe de Jason et a été dotée de panneaux ornementaux peints par Levati et Appiani. Enfin, la grande antichambre dont les plafonds sont de Giocondo Albertolli contient des copies de vases antiques (XVIIIe siècle) et le tableau de Van Dyck, Lady Venetia Digby sous l'aspect de Prudence domptant l'instinct. En sorte que ce palais, largement endommagé par les bombardements alliés de 1943 recommence à trouver une apparence digne des conceptions de Giuseppe Piermarini, qui en avait fait un grand ouvrage néoclassique sous la domination autrichienne.

Un art cosmopolite
L'exposition temporaire part du phénomène européen du Grand Tour, qui fait de l'Italie le sanctuaire du monde antique. L'esthétique des ruines, théorisée par Volney, trouve ici son expression la plus forte dans des compositions d'artistes venus de tous les horizons, de Jacques-Henri Sablet (auteur d'une magnifique Élégie romaine, 1791) à Volaire, de Hackert à Bernardo Bellotto et à Giovanni Paolo Panini. Bien entendu, les œuvres de Giambattista Tieppolo servent ici à montrer le passage de l'esthétique baroque à l'esthétique néoclassique. L'immense salle des Caryatides réservée aux sculptures d'Antonio Canova (dont d'immenses œuvres d'inspiration mythologique en plâtre), qui conclue le parcours sert à mettre en scène le summum de cet esprit du temps.

Des histoires, des visages
Ce retour aux Anciens se traduit par de nombreuses scènes tirées de l'histoire romaine. Des artistes peu connus comme Julien de Parme voisinent avec le chef d'école incontesté à Paris, Jacques-Louis David. La salle la plus émouvante est celle des autoportraits, où l'on voit, entre autres merveilles, ceux d'Angelica Kauffmann et de Mme Vigée-Lebrun, bien représentées ici, qui ont été deux femmes d'exception capable d'être de grandes artistes tout en restant des artistes de cour. Le portrait joue enfin un rôle important dans ce contexte. Parmi les innombrables portraits présentés dans les salles non encore restaurées du palais, il faut évoquer celui de Giuseppe Parini par Martin Knoller ou celui de Lady Hamilton par Gavin Hamilton. Milan se réconcilie avec son histoire - c'est un signe qui indique que les temps changent radicalement.


 Gérard-Georges Lemaire
21.06.2002