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Musée du Quai Branly : où en est-on ?

À deux ans et demi de l'ouverture, Germain Viatte fait le point sur l'avancée du projet muséographique.


© Musée du Quai Branly
Alors que des orifices ménagés dans les grandes palissades révèlent aux curieux les premières avancées de la construction du bâtiment conçu par Jean Nouvel, le projet du musée du Quai Branly progresse sur différents plans. Prélude «modeste» et pourtant indispensable, le chantier des collections est en cours, dirigé par Christiane Naffah, conservateur en chef du patrimoine, précédemment en poste au Centre de restauration des musées de France. Cinquante ans après André Malraux, qui préconisait déjà la réunion des collections du musée de l’Homme et du musée des Arts d’Afrique et d’Océanie (MAAO), elle est chargée de superviser le transfert de quelque 275 000 objets vers le nouvel établissement. Après trois années consacrées à l’évaluation et à la cartographie des collections ainsi qu’à la définition du chantier, il s’agit à présent d’opérer leur traitement. Trois phases au moins peuvent être distinguées. La première concerne exclusivement les objets constitués de matériaux organiques, ce qui représente 75 % des collections. Il s’agit d’une désinfection opérée par anoxie, c’est-à-dire par privation d’oxygène, dans l’hôtel industriel Le Berlier, situé dans le 13e arrondissement. C’est dans les mêmes locaux que s’opèrent ensuite le nettoyage des objets et leur conditionnement, préalable indispensable au stockage dans les réserves provisoires aménagées sur deux niveaux de parkings de la BnF. «Nous avons commencé par les nouvelles acquisitions et par les objets de la muséographie», explique-t-elle. «À ce jour, près de 3 000 œuvres ont été traitées qui rejoindront l’exposition permanente et les premières expositions temporaires, comme Qu’est-ce qu’un corps ?. D’ici l’été, l’ensemble des objets du MAAO auront été traités. Puis nous nous concentrerons sur les collections du musée de l’Homme».

Changement de lieu et de point de vue, le projet muséologique, dirigé depuis 1997 par Germain Viatte, s’affirme lui-aussi, grâce au travail d'une dizaine de conservateurs et de chercheurs. Parallèlement à la définition du programme d’expositions temporaires qui débutera au printemps 2003, ils conçoivent une présentation permanente qui réunira environ 3 500 objets sur une surface de 4 500 mètres carrés. Le parcours mènera à travers les différentes aires géographiques (Océanie, Asie, Afrique et Amériques) tout en ménageant un espace circulation centrale, dit «le Serpent», dans lequel seront présentés des documents écrits, sonores ou audiovisuels. Dans cette optique muséographique, des échanges d’œuvres sont programmés, faisant suite aux dépôts consentis par des institutions françaises et étrangères lors de l’ouverture de l’exposition du Pavillon des Sessions au musée du Louvre. Cette politique de collaboration accompagne une campagne d’acquisition qui vise à enrichir les collections les plus «faibles». «L’ensemble le plus marquant que nous ayons acquis, c'est le millier d'objets d’Insulinde de Jean-Paul Barbier Mueller : les parures en or dont il nous a fait don ainsi que les sculptures et les textiles que nous lui avons acheté. C’est une collection exceptionnelle par sa cohérence géographique et par son ampleur», explique Germain Viatte. «Mais il faut également évoquer les objets Naga de l’est de l’Inde, offerts par Barbier Mueller, et une centaine de bronzes tribaux du Madhya Pradesh et de l’Orissa. Ces sculptures avaient été exposées avec un fort retentissement scientifique au musée Rautenstrauch-Joest de Cologne sous le titre Die anderen Götter».

Fruit de la rencontre entre deux institutions et leurs approches divergentes de l’objet ethnographique, le futur musée du Quai Branly se veut une institution à la fois esthétique et scientifique. Dans le discours de Germain Viatte, deux termes reviennent de manière récurrente : le caractère «patrimonial» des collections, qu’il préfère qualifier de «ressources». Derrière ces mots se profile une double volonté, celle d’exploiter la diversité des collections qui comptent, par exemple, un fonds de 350 000 archives photographiques jusqu’alors méconnues, et celle de mieux mettre en évidence leur profond ancrage historique afin de tourner définitivement la page de l’idée de «présent préhistorique» qui a longtemps prévalu dans l’étude des sociétés «primitives». À n’en pas douter, les points forts de ce renouveau seront l’organisations de manifestations consacrées à la création contemporaine ainsi que les espaces consacrés aux grandes figures historiques de la redécouverte des cultures extra-européennes et aux régions de contacts culturels, comme l’Insulinde et le Maghreb. En attendant l’ouverture du musée aux premiers jours de l’année 2005, des préfigurations sont accessibles au public : les chefs-d’œuvre de la collection Barbier-Mueller actuellement exposés à la fondation Mona Bismarck et, à l’automne prochain au musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, un ensemble de masques d’Alaska réunis au siècle dernier par l’explorateur Alphonse-Louis Pinart.


 Zoé Blumenfeld
25.04.2002