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Politique culturelle

Rome inaugure son auditorium

Près de soixante dix ans après la destruction de sa salle de concert par Mussolini, l'Académie Sainte Cécile s'installe dans un bâtiment de Renzo Piano.


Auditorium de Rome, dessin en coupe de la grande
salle, 2700 places © RPBW, photo Publifoto
ROME, 20 avr (AFP) - Après des années d'attente et de polémiques, Rome a inauguré dimanche son Auditorium de la musique, la plus grande structure du genre en Italie avec trois salles et près de 5.000 places, chargé de faire émerger la capitale italienne de son provincialisme musical. La ville antique a vécu, jusqu'à présent, dans l'ombre du théâtre de la Scala de Milan ou des arènes de Vérone (nord) qui défendent la place de l'Italie au sommet de l'art lyrique mondial. Rome espère devenir à son tour une référence avec l'ouverture au public de deux salles de son nouvel Auditorium, celle de 700 places et celle de 1.200 places, fêtée par une journée marathon de concerts. La troisième salle, la plus spacieuse avec 2.756 places, sera achevée en décembre, un retard qui vaut à la municipalité de nouvelles railleries.

L'ouverture de l'Auditorium, confié en 1994 à l'architecte génois Renzo Piano, est sans cesse promise et retardée depuis plus de deux ans. La faute revient aux blocages bureaucratiques, à la surenchère maligne des entrepreneurs mais aussi à une de ces découvertes archéologiques dont le sous-sol romain a le secret. La mise au jour en 1995 des restes d'une villa datée du 6ème siècle avant J.C. a bloqué les travaux pendant deux ans, avant d'être intégrés à l'ensemble. L'Auditorium se présente au final comme un gros scarabée noyé dans ce qui est appelé à devenir un parc de verdure et s'étale sur 55.000 mètres carrés près du stade olympique de la capitale. Le coût du chantier a dépassé les 140 millions d'euros, le prix à payer pour ce que le maire Walter Veltroni (gauche) voit comme une "nouvelle Renaissance", "quelque chose qui puisse donner à Rome un rôle de premier plan dans la production culturelle internationale". "Même s'il y avait une offre d'un haut niveau à Rome, elle était limitée et épisodique. Le manque d'une structure adaptée capable d'accueillir un nombre élevé de concerts empêchait de faire une vraie programmation", a expliqué à l'AFP son adjoint à la Culture, Gianni Borgna.

Le pari est de rendre à Rome l'auditorium dont elle avait été privée par Mussolini. La salle de style Liberty jouxtait la tombe de l'empereur Auguste, une faute de goût impardonnable aux yeux du dictateur fasciste qui donna lui-même le premier coup de pioche destructeur le 22 octobre 1934. Cet épisode ne sera plus qu'un mauvais souvenir dimanche quand l'Académie Sainte Cécile, l'orchestre et le choeur le plus renommé de Rome, sans domicile fixe depuis ce temps, entamera en fin de matinée "Guillaume Tell" de Rossini sous la direction du chef d'orchestre Myung Whun-Chung. Le nouvel Auditorium deviendra la nouvelle adresse de l'Académie, même si la structure ne sera pas réservée à la musique classique, loin s'en faut. Il est conçu comme "un énorme espace polyfonctionnel ouvert à toutes les musiques, sans autre critère que la qualité", affirme M. Borgna.

L'Auditorium naît avec la bénédiction du plus grand des compositeurs italiens contemporains, Luciano Berio, 77 ans, pour qui il a tout pour devenir "un important laboratoire culturel". Outre les trois salles de concert, l'Auditorium a en effet sa bibliothèque, son musée et une salle de répétition. Seul bémol, les musiciens et mélomanes fauchés devront passer leur tour. Le premier prix pour les concerts de l'Académie Sainte Cécile passera à 25,30 euros, contre 12 euros du temps où l'orchestre était hébergé près du Vatican.

Par Claudine RENAUD

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  AFP
23.04.2002