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Politique culturelle

Coup de balai sur la culture berlinoise ?

Le gouvernement du Land de Berlin a annoncé un important programme d’austérité budgétaire. Face aux protestations du milieu artistique, il fait marche arrière sur certaines de ces mesures.


Performance de Christian Schmidt-
Chemnitzer devant la Künstlerhaus
Bethanien © 2002 by Künstlerhaus
Bethanien/G.G.
Voilà près d’un mois que la scène artistique berlinoise est sous le choc. Le 19 mars, après trois jours de négociations, le gouvernement du Land de Berlin, contrôlé, pour la première fois depuis la chute du mur, par une coalition entre le SPD (Parti social démocrate) et les ex-communistes du PDS (Parti du socialisme démocratique), a annoncé une importante réduction de ses dépenses culturelles. Une mesure drastique destinée à sortir la ville d’une crise financière aigüe. La principale cible visée est l’Île des musées, cet ensemble classé patrimoine mondial par l’UNESCO, qui réunit cinq institutions dont le Pergamon et l’Alte nationalgalerie, réouverte au mois de décembre dernier. En retirant sa contribution de 55 millions d’euros pour les années 2002 et 2003, le Land a ainsi fait passer le projet de restauration sur dix ans, estimé à un milliard d’euros, à la charge du seul gouvernement fédéral. Programme d’austérité d’autant plus contesté que la «rallonge» budgétaire demandée par Simon Rattle pour l’Orchestre Philarmonique de Berlin ne semble pas remise en cause.


Podewil Zentrum für aktuelle Kunst
© Podewil
Au-delà de ce symbole, de nombreux établissements sont visés, dont trois centres de la scène artistique contemporaine : la maison d’artistes «Künstlerhaus Bethanien», le centre d’arts actuels «Podewil» et le centre «Kunst-Werke». Pour ces institutions, l’arrêt ou la diminution des subventions équivaut ni plus ni moins à une instance de fermeture. «Depuis les premières coupes dans le budget, opérées au milieu des années 1990», explique Christina Sickert du Künstlerhaus Bethanien, «les subventions d’environ 450 000 euros ne couvrent plus que les frais de personnel et les dépenses générales. Nous devons recourir à un mécénat privé, à hauteur de 350 000 euros, pour assurer notre programme d’activité. Les réductions échelonnées sur 2002 et 2003 prévoient une diminution de plus de 70% des subventions du Land. Ce qui signifie que nous serions obligés de licencier une partie de l’équipe et que nous ne pourrions plus assurer correctement notre mission». L’enjeu est à peu près le même pour le Podewil qui se verrait privé de 715 000 euros, sur un budget annuel d’1,2 millions d’euros. «Cela signifie que nous devrions abandonner notre programme interdisciplinaire et expérimental, y compris l’organisation annuelle de la Fête internationale de la danse et du festival Transmediale. Cela signifie également que nous fermerions les portes de notre résidence d’artistes et de nos ateliers de création : nous sommes un lieu de présentation mais aussi de production», explique Wilhelm Grossmann, le directeur du centre.

Face à la mobilisation de la communauté artistique et de la presse allemande qui n’a pas hésité à juger ces mesures de «braderie», le gouvernement revient actuellement sur ses décisions. Le Kunst-Werke semble tiré d’affaire depuis le 13 avril. Le ministre de la culture du Land, Thomas Flierl, a en effet annoncé que le budget ne serait pas amputé de 20 % (100 000 euros), comme prévu. Une décision peut-être liée à la situation médiatique de l’institution dirigée par Klaus Biensenbach, ancien directeur de la Biennale de Berlin et commissaire d’expositions internationales comme «Paris-Berlin», au Palais de Tokyo. La situation reste plus obscure pour le Podewil. «Le 22 avril, une nouvelle décision a été prise. La coupe est passée de 715 000 euros à 250 000 euros, sans plus d’explication», poursuit Wilhelm Grossmann du Podewil. «Mais l’avenir du bâtiment lui-même n’est pas réglé. On avait parlé de nous délocaliser pour installer à notre place des services administratifs des musées de la ville et cette question n’a pas été remise sur la table…» Même son de cloche pour la Künstlerhaus Bethanien. «Depuis quelques jours, on entend parler d’un report de la réduction budgétaire à l’année prochaine», explique Christiana Sickert «mais dans la situation actuelle, il n’est pas possible de croire quoi que ce soit avant d’avoir reçu une déclaration officielle». En attendant, la mobilisation des artistes se poursuit. Après les performances de Christian Schmidt-Chemnitzer balayant le pas de la porte, c’est au tour de Marc Bijl de détruire l’une de ses œuvres en public pour protester contre l’«absurdité» de ces mesures.


 Zoé Blumenfeld
29.04.2002