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Patrimoine

Les énigmes de Brassempouy

Depuis le XIXe siècle, les fouilles de Brassempouy apportent des indices sur la connaissance des cultures châtelperroniennes (-35 000 à -30 000) et aurignaciennes (-30 000 à -25 000).


Pointes de Châtelperron
© Photo : J. Pelegrin
Située sur une des plus hautes collines des Landes, la commune de Brassempouy offre aux archéologues un terrain riche en témoignages du paléolithique. C'est après la découverte des grottes du Pape en 1880 que les archéologues commencent à s’intéresser au site. En 1894, la «Dame à la capuche» et quatre autres statuettes en ivoire sont mises à jour. Les recherches continuent jusqu’en 1897, date à laquelle elles sont interrompues pour une centaine d’année. En 1980, les grottes sont classées monument historique et les fouilles sont reprises par Henri Delporte, conservateur au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. «Notre programme de recherche actuelle s’étend de 35 000 à 30 000 ans avant J. C., période correspondant à la disparition de l’homme de Néanderthal et à l’arrivée de l’homme moderne » explique Dominique Gambier, chargée de recherche au CNRS (Université Bordeaux I) et directrice des fouilles. «Dans la grotte des Hyènes, par exemple, des objets d’art en os, des lissoirs, des éléments de parures ou des objets en silex, réalisés durant la période aurignacienne, ont démontré que les hommes étaient installés de manière durable en ces lieux et y fabriquaient leurs outils. Des découvertes de vestiges humains, comme ces dents percées de l’aurignacien ancien, attribuées à l'Homme moderne, apportent également des éléments de compréhension d’un point de vue anthropologique, symbolique et technique. Brassempouy est, jusqu’à aujourd’hui, la seule grotte de la région landaise a posséder des informations archéologiques sur cette période. Certains outils lithiques en silex de Bergerac permettent d’émettre la possibilité d’un contact avec la Dordogne ».


Dent humaine perforée
© Photo : D. Gambier
Parmi ces chercheurs, Jacques Pelegrin, du CNRS, a étudié l’industrie châtelperronienne à Brassempouy. «Le site éponyme est Châtelperron dans l’Allier et les sites les plus importants se situent dans un grand quart Sud-Ouest ainsi qu’au nord de l’Espagne. Cette période, définie comme la dernière du Néanderthalien, se caractérise par la production de pointes ou couteaux. Ces petites lames en silex, aux bords abattus, étaient utilisées en guise d’outils. À Brassempouy, elles présentent des impacts en armature indiquant une utilisation spécifique, nous permettant de conclure que ce domaine devait être un site étape dans un circuit de chasse. Il est très rare de trouver des sites ainsi spécialisés à l’époque du paléolithique moyen». Les chercheurs s’interrogent aujourd’hui sur une éventuelle rencontre entre les Aurignaciens et les Néanderthaliens. «Il semblerait qu’il y ait eu succession et non pas cohabitation. La discussion reste évasive car les analyses au carbone 14 sur des éléments de parure en os ne permettent pas une précision suffisante pour évoquer une rencontre. Les dents percées, trouvées à Brassempouy, alimentent cette interrogation. Est-ce une imitation des Aurignaciens ou une initiative des Néanthertaliens ? ».


 Stéphanie Magalhaes
04.07.2002