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Expositions

Les trésors cachés du duc d’Aumale

Le château de Chantilly présente, pour la première fois dans son intégralité, le cabinet d’antiques du duc d’Aumale.


Femme drapée et voilée,
seconde moitié du 4e s. av. J.-C.
© R. G. Ojeda, RMN /
Musée Condé
Collectionneur éclairé, le quatrième fils de Louis-Philippe est surtout célèbre pour avoir réuni des chefs-d'œuvre de maîtres comme Clouet, Champaigne, Poussin ou Raphaël. Son intérêt pour l’archéologie remonte à son mariage avec la princesse de Salerne en 1845 qui sera suivi de nombreux voyages en Sicile ou à Naples. Parmi les cent cinquante pièces de la collection, on compte un nombre important de dons mais aussi des achats de valeur considérable. «Concernant la muséographie, nous avons voulu reconstituer un cabinet d’antiques en utilisant les vitrines du cabinet des gemmes. Le principal intérêt de la collection réside dans sa grande variété : silex du Paléolithique, sculpture romaine, vase grec. À défaut de catalogue exhaustif - le duc avait commencé un inventaire manuscrit qui n’a jamais été publié - des recherches importantes ont été menées pour dater, identifier et authentifier les œuvres» explique Nicole Garnier, conservateur en chef du musée Condé.

Selon Ludovic Laugier, du département des antiquités gréco-romaines du Louvre, cette collection doit être perçue comme une photographie d’un cabinet d’antiques au 19e siècle». Conformément au goût de l’époque pour les Antiquités nationales, la présentation débute par la préhistoire avec une série de haches de l’âge du bronze. « Les antiquités égyptiennes sont illustrées par des «chaouabti», serviteurs en faïence, qui accompagnaient les morts dans les tombes du Moyen Empire. Cette série a été donné au duc par M. Gailly, probablement dans les années 1870, si l’on se réfère à des fouilles menées dans la région du delta». Les deux fragments de Livre des Morts, qui sommeillaient dans les réserves d’arts graphiques du musée, livrent les mystères du jugement d’Osiris. Ces papyrus avaient été achetés chez Sotheby’s à Londres à une date inconnue. Dans la vitrine consacrée à l’art grec trône le «Roi de la galerie des vases», nom donné à une amphore à figures rouges appartenant au collectionneur Pourtalès. La vente des chefs-d'œuvre de cette collection, en 1865, avait attiré l’attention de grands musées comme le Louvre qui acheta La Grande Odalisque ou encore le British Museum. Le duc d’Aumale parvient à acquérir cette grande amphore, attribuée à Aison, illustrant une scène d'amazonomachie, combat entre la reine Hippolyte et Thésée pour libérer Antiope. Autour, les sept terres cuites de Tanagra, achetées au marchand J. -P. Lambros, apportent un témoignage de l’histoire du goût. «Des tombes fouillées dans les années 1870 ont révélé ces statuettes dont le raffinement et la polychromie ont très vite séduit les collectionneurs. Certains faussaires ont dès lors profité du manque de documentation pour faire circuler des pastiches. L’érudition du duc d’Aumale n’a pu faire la différence. Ainsi, certaines des pièces présentées ne sont pas des antiques mais n’en restent pas moins caractéristiques de ces faux pittoresques de l’époque». Lorsqu’en 1882, trois hydries cinéraires des Ve et IVe siècles av. J. C. sont mises en vente à Paris par les antiquaires Rollin et Feuardent, le duc fait acte de sauvegarde d'un patrimoine national que le Louvre n’avait alors pas les moyens d’acquérir.


L'Enlèvement d'Europe,
mosaïque, Stabies
Premier siècle av. J. -C.
© R. G. Ojeda, RMN/Musée Condé
Si le fonds étrusque reste parcellaire, toute une vitrine est consacrée aux «fouilles spectacles» organisées à Pompéi le 8 novembre 1843 en l’honneur du duc. «Des recherches ont permis de déterminer l’emplacement du site fouillé. Il s’agissait de l’auberge de Gabinianus, située dans un quartier résidentiel de la ville, aujourd’hui appelée «maison du duc d’Aumale». Ont été exhumés des objets courant comme ces éléments de vaisselle en verre et en terre cuite, des dés à jouer, un mortier mais aussi des pièces majeures comme une cruche à embouchure oblique présentant un décor de Gorgone. Autre point important, les œuvres sont restées dans leur état original et ont échappé aux décapages intempestifs du 19e siècle». La visite s’achève avec les sculptures en marbre, appartenant au prince de Salerne, achetées en 1854 et les mosaïques antiques. Le Satyre au chien, restauré pour l’occasion, la Vénus pudique ou Pan tenant un thyrse proviennent tous des jardins de la région du Vésuve. Quand aux mosaïques, il est nécessaire de parcourir les salles du musée pour en découvrir l’ampleur. Au sol de la rotonde de la galerie des peintures, une composition provenant de la maison des Fleurs de Pompéi, la Mosaïque de la chasse, tandis que deux autels jouxtant l’escalier servent de support à des panneaux de petites dimensions. Il faut ensuite pousser la visite jusqu’à la salle des gardes pour admirer L’Enlèvement d’Europe du nymphée de la villa San Marco de Stabies, qui sert aujourd'hui de décor au manteau de la cheminée.


 Stéphanie Magalhaes
05.06.2002