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Derrière les pharaons, les ouvriers

Après avoir visité l’exposition du Louvre consacrée aux artistes du pharaon, les amoureux de l’Égypte trouveront dans cet ouvrage un complément intéressant.

Dès le 15e siècle avant J.-C., les souverains ramessides, désireux d’organiser le chantier de la Vallée des Rois, fondent un village destiné à abriter les ouvriers et artisans aussi appelés «les hommes de la Tombe». Ce n’est qu’à l’époque chrétienne que ce lieu prendra le nom, bien connu aujourd’hui, de Deir el-Médineh. En treize chapitres, l’ouvrage passe en revue les différentes activités et les figures marquantes du Village à l’origine des plus célèbres sépultures égyptiennes. En s’appuyant sur des documents archéologiques, tels que le «Journal de la Tombe», qui consigne tous les évènements majeurs, les textes nous font découvrir les aspects cachés de ces constructions millénaires. On apprend ainsi que l’artiste chargé du décor trace d'abord les contours en noir puis les corrige en rouge, laissant ensuite au sculpteur la charge de créer de légers reliefs au ciseau de cuivre. Une illustration en double page, présentant un décor inachevé de l’hypogée du dernier roi de la XVIIIe dynastie, témoigne de la véracité de ces textes. C’est également à partir de ces peintures et d’inscriptions trouvées sur des stèles que les archéologues sont parvenus à reconstituer les responsabilités de Râmose, le scribe de la Tombe, «directeur du Trésor du domaine du défunt roi Thoutmosis IV (…), scribe comptable des troupeaux d’Amon, scribe assistant de la correspondance du prince héritier...»

Un chapitre sur l’amour et l’érotisme informe sur la sentence imposée à un homme accusé d’adultère : «Je n’adresserai pas la parole à la femme, sous peine d’avoir le nez et les oreilles coupés et d’être envoyé au pays de Kouch.» Tout au long du livre, des passages entiers en italiques, issus de stèles ou de papyrus, permettent au lecteur de s’approcher de la réalité archéologique. Certains écrits révèlent de véritables recettes destinées aux dieux pour vaincre aussi bien la cécité qu’un mauvais rhume. Qui aurait deviné que les ouvriers égyptiens manifestaient également pour leur salaires? Considérés comme les plus anciens troubles sociaux, ces faits sont rapportés par diverses descriptions, comparées et replacées dans leur contexte afin d’en faciliter la compréhension. Traités à la manière d’un récit descriptif, les textes sont de lecture facile et agréable. La mise en page soignée utilise un papier crème pour imiter les tonalités du papyrus tandis que des lettrines et des vignettes reprennent des détails d’illustrations. De bonnes qualités et en nombre conséquent, les reproductions donnent à l’ouvrage un autre intérêt : voyager dans le temps à travers les fresques des tombes de Khâbekhenet, les représentations de la déesse Nout ou les détails de décors funéraires. Pourtant, sans index des illustrations et des noms, il semble difficile de retrouver une information.


 Stéphanie Magalhaes
08.06.2002