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Expositions

Des Américains à Paris

Les événements du 11 septembre ont empêché la venue de nombreux tableaux attendus à Lausanne. Mais la question reste posée : les impressionnistes américains sont-ils vraiment impressionnistes ?


Mary Cassatt, Portrait de Lydia
Cassatt
ou L'Automne, 1880
© PMVP, photo Pierrain
Il suffit d’un titre pour créer une polémique, une controverse autour d’un terme : l’impressionnisme. Il suffit d’un événement dramatique - ici, l’attentat du 11 septembre 2001 à New-York - pour qu’une exposition prenne un tout autre sens et se révèle très compliquée à réaliser. Cette conjonction de faits a rendu l’exposition «L’Impressionnisme américain» quelque peu caduque. Bien que William Hauptman, le commissaire, s’en défende : «Mon propos est de montrer une approche de l'impressionnisme américain dans les années 1880 à 1915. Un mouvement qui reste encore très méconnu en Europe». Il entend prouver comment ce mouvement artistique d'origine française a été adapté aux traditions et à la mentalité d'outre-Atlantique et a donné naissance à de nombreux chefs-d'œuvre (qui, malheureusement, ne sont pas là en raison des faits mentionnés ci-dessus). Il aurait été probablement plus simple de l’intituler «Les Peintres américains en France au temps des impressionnistes», la confusion aurait été moins grande. «Ces artistes furent également influencés par d’autres formes d’impressionnisme, ou par ce qu’ils considéraient, non sans raison, comme relevant de l’impressionnisme» écrit également Nicolai Cikovsky Jr. dans le catalogue.


Henry Ossawa Tanner,
La Seine, vers 1902
© photo 2002 Board of Trustees,
National Gallery of Art, Washington
Ce qui ressort de cette exposition, c’est qu’effectivement certaines œuvres cadrent à l’intitulé : Crépuscule d’hiver sur la Charles River d’Edward Simmons, Sur la côte de Suffolk de William Leroy Metcalf, Scène de neige de John Henry Twachtman, L’Avenue des Alliés, 5e Avenue, New-York de Childe Hassam, La Seine de Henry Ossawa Tanner, Une femme et un enfant endormi dans une barque sous un saule de John Singer Sargent (un des tableaux les plus marqués par l’influence de Monet) et, bien sûr, les œuvres de Mary Cassatt, arrivée à Paris en 1866. Ce qui ressort également, c’est que malgré leurs séjours répétés à Giverny, les artistes américains qui adoptaient ce genre pictural avaient tendance à intégrer ses méthodes à leur style personnel plutôt que de céder d'emblée à la création d'images pleinement impressionnistes. L'on constate en général que les artistes américains représentés ici, continuaient à fonder leur composition sur une structure forte et un dessin académique, tout en les associant au désir enthousiaste d'innover en matière de traitement de la lumière et de la couleur et d'expérimenter différentes touches de pinceau.

«Le problème vient de ce que l’on parle de l’impressionnisme français en termes trop vagues, comme si l’on avait affaire à un phénomène monolithique et immuable. Or c’est faux, bien évidemment» s’insurge William Hauptman. Pourtant, on est bien loin des papillotements de couleurs et des formes, de la «soumission» à l’impression visuelle plus qu’à la vision elle-même, avec tout son apport cognitif, de l’exaltation poétique de la lumière… Les toiles présentées s’apparentent davantage à la période pré-impressionniste : un classicisme authentique débarrassé des théories académiques (et encore pas toujours) comme Saules et ruisseau à Giverny de Louis Ritter, Boulevard d’Edwin Scott… Cet impressionnisme reste une interprétation pondérée des exemples français, même s’il s'est affirmé tardivement, alors que le postimpressionnisme a déjà proposé de nouvelles formules en Europe. Reste que la majorité des toiles n’ont jamais été exposées et qu’elles suscitent la curiosité et nombre d’interrogations.


 Muriel Carbonnet
11.06.2002