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Paul Belmondo : sereinement atypique

Depuis 1996, les sculptures et dessins de Paul Belmondo ont entamé un tour de France… Leur redécouverte tient pour beaucoup à son fils, l’acteur Jean-Paul Belmondo.


Paul Belmondo, Jean-Paul enfant, 1940
© Photo : P. Fuzeau
Pour écrasante que fut la gloire de Rodin, sa suprématie fut toujours contestée par les tenants d’un art traditionnel comme Charles Despiau, le maître et l’ami, d’un côté, et de l’autre par des sculpteurs indépendants de toutes obédiences comme Paul Belmondo (1898-1982). Ainsi, en réaction à l'expressionnisme de Rodin, naît en France dans les années 1920-1930, un « mouvement néoclassique » qui inspire une sculpture plus épurée, plus lisse, nourrie des œuvres de l'Antiquité et de la Renaissance. Peu perméable à la mode et aux modes ainsi qu'aux révolutions artistiques du XXe siècle, Paul Belmondo s’inscrit dans cette tendance et n'a jamais dévié de cette tradition classique, fondée sur l'harmonie. Il apparaît comme l’un des meilleurs interprètes de la sensibilité « néogrecque » de l'époque.

Classique et simple
Belmondo devient le sculpteur de la sérénité. « C’est ce terme qui revient le plus dans les critiques de l’époque, c’est pourquoi j’ai appelé l’exposition et le catalogue ainsi, s’explique Emmanuel Bréon, le commissaire de l’exposition ; Paul Belmondo a traversé le siècle sans se poser de question. » La mise en scène du Palais Bénédictine est sobre : « cela ressemble bien à mon grand-père », intervient le petit-fils homonyme de l’artiste. Issu d'une famille modeste, Paul Belmondo sera pour la sculpture ce que Camus sera pour la littérature, a-t-on lu souvent. Ah, les comparaisons ! La généreuse Algérie, terre de toutes les promesses, fera ces miracles ! On a dit l'homme d'une simplicité souriante, d'un accueil charmant et qu’il vivait modestement. Cela résume parfaitement son œuvre sculpté : une statuaire classique parfois éloquente dans laquelle ressort une sincérité, un raffinement, un souci d’harmonie, voire une certaine grâce. Mais il manque un je-ne-sais-quoi pour attendrir. « L’art, c’est sans doute d’arriver à faire comme tout le monde ! » Cette simple boutade de Paul Belmondo en dit long sur son parti pris qu’on ne peut que respecter. Et s’il sculptait le matin, il dessinait l’après-midi et se déplaçait toujours avec ses carnets de croquis. « Un bonheur de découvrir ses carnets par centaine dans l’atelier de l’avenue Denfert-Rochereau », s’exclame Emmanuel Bréon. Là, on est réellement convaincu face à ses impressionnantes sanguines. Les corps sont de véritables jaillissements foisonnants. Paul Belmondo était un virtuose du trait. Gérard Mathias, le PDG de Bénédictine, est ravi. La foule est aux anges. Il règne, il est vrai, une certaine sérénité…






 Muriel Carbonnet
18.06.2002