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Expositions

Les maçons livrent leurs symboles

Cinq ans après une première exposition au musée des Beaux-Arts, la ville de Tours propose un nouveau parcours à la découverte de la franc-maçonnerie. Philippe Henri Morbach, président du comité scientifique, nous le présente.


Richard Texier,
Materia Prima, 2001
© Château de Tours
« La grande question que l’on est amené à se poser sur la franc-maçonnerie, c’est : « Qui est-elle ? Que fait-elle ? », explique Philippe Henri Morbach. Un cheminement sur quatre niveaux a été envisagé pour permettre aux visiteurs de découvrir le chemin initiatique de l’apprenti. L’exposition ouvre par un « jardin de la connaissance » où sont représentées les espèces utilisées comme symboles, la rose, l’acacia, le blé, les grenades, le laurier, mais aussi le pommier. « Ces symboles représentent la vie », indique Philippe Henri Morbach. L’initiation se poursuit à travers cinq salles qui mettent en évidence le projet du jeune initié. Tabliers, décors et bijoux nous guident dans la progression de bas en haut de l’échelle.

Secrets d’initiés
« Le spectateur évolue comme s’il portait un tablier. Le tablier d’apprenti est comme l’écran de la vie du nouvel initié. Une des notions essentielles est que seul le travail permet de progresser. La vie du maçon est rythmée par les saisons. Deux figures symbolisent ces deux grandes célébrations, saint Jean-Baptiste pour l’été et saint Jean l’Évangéliste pour l’hiver. » Nous passons ensuite entre les colonnes du temple de Salomon. Une des trois œuvres de l’artiste Richard Texier, commandées pour l’exposition, est accrochée à cet emplacement. Plus loin, une salle est consacrée à l’Écosse, l’un des pays fondateurs, au XVIIe siècle, de la franc-maçonnerie. C’est l’occasion de faire le lien entre les loges opératives, pour les gens de métiers, et les loges spéculatives, pour les penseurs. Puis, à travers les décors, les rituels, les faïences créées pour une loge, on découvre ce que Philippe Henri Morbach appelle « l’économie d’une institution ». Un diorama de 1760 représentant la loge de Berlin, où l’on voit des maçons en tenue, est exposé.

Un Ordre très prisé
À l’étage supérieur nous explorons la méthode. Plusieurs thèmes y sont évoqués, les rites, les décors, le grand armorial, les mythes et les légendes, ou encore la femme et l’Ordre. « Les femmes sont intégrées dès le XVIIIe siècle. » On aborde également les règles particulières à différents pays, comme le Danemark, la Finlande ou la Suède. « En Suède, par exemple, tous les rois sont francs-maçons. » Viennent ensuite des exemples des plus beaux tabliers européens, mais aussi de porcelaines allemandes de 1745. Une galerie de portraits rassemble les grandes figures de l’organisation, des prix Nobel, des chefs d’État, comme Churchill ou George VI. L’exposition s’achève sur une série de cartes postales de temples maçonniques. « Beaucoup d’ouvrages ont été publiés sur la franc-maçonnerie. L’Ordre n’est pas aussi secret qu’on le laisse entendre, conclut Philippe Henri Morbach ; ses symboles, comme la lune et le soleil, selon un dispositif particulier, appartiennent à la culture du monde. Le seul secret c’est la pratique. »


 Laure Desthieux
15.06.2002