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Haroué, riche et célèbre

Le château lorrain, fief des Bassompierre puis des Beauvau-Craon, fait l’objet d’une monographie, à mi-chemin entre histoire et échos mondains.

A la parcourir, on a le sentiment que l’histoire d’Haroué est comme une chronique simplifiée de celle de la France. Simple poste de guet sur un affluent de la Moselle, la baronnie d’Haroué échoit à la fin du Moyen Age aux Bassompierre. L’un d’eux, François, maréchal, amant des lettres et du sexe faible, sera le compagnon fidèle d’Henri IV, avant de finir embastillé. Le goût pour le faste et les fêtes qui s’attache alors aux lieux demeurera une constante jusqu’à nos jours, malgré les changements de propriétaires et le passage des générations. La lignée des Beauvau-Craon s’y installe au 18e siècle grâce à la bienveillance du duc de Lorraine, Léopold. Marc de Beauvau-Craon commande les plans d’un château à Germain Boffrand et, suite à son mariage, le peuple d’une vingtaine d’enfants. Les chinoiseries de Pillement, les sculptures de Guibal, les Canaletto, les manuscrits enluminés décorent les salons et les jardins. On joue passionnément à la cavagnole et au trictrac, on reçoit des têtes couronnées, comme Stanislas, qui y a ses habitudes au rez-de-chaussée.

Au 19e siècle, le brasseur Tourtel s’empare du château, à l’occasion d’une vente mais il n’en demeure propriétaire que l’espace d’une journée. La comtesse du Cayla, favorite de Louis XVIII, qui lui avait offert le château de Saint-Ouen, le rachète immédiatement et l’enrichit de mobilier royal et de compositions du baron Gérard. A côté des grands stratèges militaires, les femmes fortes semblent être une autre spécialité de la demeure. Lorsque, dans les années dix, le domaine est de nouveau à l’abandon, c’est la jeune épouse de l’héritier, une superbe aristocrate italienne, Minnie Gregorini Bingham - que les grands photographes de l’époque, comme Horst ou Hoyninghen-Huene, se feront un plaisir d’immortaliser - qui se prend de passion pour Haroué et entreprend sa restauration complète. Sous son magistère, Barrès et Lyautey deviennent des habitués et Emilio Terry dessine de nouveaux jardins à la française. Son fils, Marc, reprend le flambeau. Président de la Demeure Historique, il est l’un des premiers propriétaires de monuments privés à ouvrir au public, dès 1964. On regrettera que l’ouvrage, bien documenté, bien illustré, verse trop, sur la fin, dans la chronique mondaine. La densité de personnages connus qui ont lié leur nom au domaine (jusqu’à Laure de Beauvau-Craon, actuelle présidente de Sotheby’s France) rendait cette approche quasiment inévitable. Mais les clichés du cinquantième anniversaire de mariage de l’archiduc Otto de Habsbourg et autres signatures de livres d’or auraient plus avantageusement figuré dans la rubrique «gossip» d’un hebdo à grand tirage que dans une monographie de ce genre…


 Rafael Pic
13.06.2002