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Deux propriétaires, un seul tableau

Volé puis vendu par les nazis, Improvisation n°10 reste la propriété de la Fondation suisse Beyeler, mais les héritiers de l'ex-propriétaire du tableau de Kandinsky se voient dédommagés.

BALE (Suisse), 2 juil (AFP) - Un accord extrajudiciaire a été trouvé entre la Fondation suisse Ernst Beyeler et les héritiers de l'ancien propriétaire d'une oeuvre de Kandinsky, qui se disputaient la propriété du tableau, ont indiqué mardi les deux parties dans un communiqué commun.
Jen Lissitzky, un Américain d'origine russe, et fils de Sophie Lissitzky-Küppers, l'ancienne propriétaire d'"Improvisation Nr.10", un tableau de Kandinsky, avait déposé une plainte en janvier 2001 contre son propriétaire actuel, le marchand d'art suisse Ernst Beyeler.
M. Lissitzky accusait M. Beyeler d'avoir acheté en 1951 l'oeuvre, en sachant qu'il avait été saisi en Allemagne par le régime nazi.
Cet accord a été signé le 27 juin et permet à la Fondation Beyeler de conserver le tableau, et aux héritiers de recevoir une somme d'argent, précise le communiqué sans indiquer le montant de l'accord. La valeur du tableau de Kandisky est estimée par la Fondation Beyeler à une somme entre 20 et 25 millions FS (entre 13,4 M et 16,8 M d'euros).
MM. Beyeler et Lissitzky s'étaient retrouvés en novembre 2001 devant le Tribunal civil de Bâle pour tenter de trouver un accord à l'amiable, sans succès. En avril 2002, un tribunal russe avait rendu un jugement précisant que d'autres héritiers, Olga Küppers, Anita Templin-Küppers et Peter Küppers, pouvaient prétendre à l'héritage de Sophie Lissitzky-Küppers, au même titre que Jen Lissistzky.
Les héritiers se sont mis ensuite d'accord, ce qui a permis de parvenir à un arrangement avec Ernst Beyeler, et de mettre fin à la procédure judiciaire.

Une oeuvre "dégénérée" au destin mouvementé
Kandinsky a réalisé "Improvisation Nr.10" en 1910. La famille de Sophie Lissintzky-Küppers a acquis le tableau en 1919 et l'a prêté au musée de Hanovre. Les nazis l'ont ensuite saisi à titre d'oeuvre "dégénérée" avant de le vendre au marchand d'art Ferdinand Möller.
Le galeriste Ernst Beyeler a toujours déclaré avoir acheté de bonne foi le tableau en 1951 à Moeller, connu pour ses sympathies envers le régime nazi.
Selon les avocats de Lissitzy, Ernst Beyeler ne pouvait pas ignorer qu'il s'agissait d'un tableau volé, car il portait à l'arrière un tampon montrant qu'il faisait partie d'un inventaire nazi. Sophie Lissitzky-Küppers n'a reçu aucune compensation après la guerre pour cette oeuvre majeure de l'art du XXe siècle.

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  AFP
04.07.2002