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Politique culturelle

Aillagon a-t-il les moyens de ses ambitions ?

En décrivant, hier, l'effet de ciseau qui affecte son budget, le ministre de la Culture a souligné sa faible marge de manœuvre.

C’est dans les salons, bondés, du premier étage de la rue de Valois que le ministre de la Culture tenait son premier grand rendez-vous avec la presse. En compagnie de son directeur de cabinet, Guillaume Cerutti, le ministre a commenté l’audit effectué par le cabinet KPMG. Il met en évidence un effet de ciseau : les dotations budgétaires du ministère évoluent moins vite que ses dépenses d’exploitation et de fonctionnement. Il en découle une «marge de manœuvre réduite». Sans vouloir lancer la pierre à ses prédécesseurs, Jean-Jacques Aillagon a rappelé que ce phénomène était vécu par de nombreux établissements culturels. Il a, en revanche, décoché quelques flèches sur la politique immobilière du ministère, trop ambitieuse, presque exclusivement centrée sur Paris et menée sans prévoir de dotations d’amortissement suffisantes. A périmètre constant, l’insuffisance de financement devrait être de 10 % à l’horizon 2006. Après avoir brossé ce tableau peu amène, Jean-Jacques Aillagon a rappelé les engagements de Jacques Chirac de ne pas écorner le budget de la Culture, en d’autres mots de le «sanctuariser». Il ne devrait donc pas être touché par le collectif budgétaire de la semaine prochaine.

Menaces sur la Cité de l’architecture
Se trouvant «très peu en situation d’innover», le ministre va profiter des mois d’été pour «remettre à plat» les projets engagés. Il n’exclut pas de redimensionner voire de faire marche arrière sur la Cité de l’architecture et du patrimoine à Chaillot ou sur l’Institut national d’histoire de l’art, un éventuel «monstre inefficace», qui doit regrouper l’école du Patrimoine, l’école des Chartes, des laboratoires de recherche, des bibliothèques, sur le site Richelieu de la Bibliothèque nationale «où le courant est encore à 110 volts»… La future cité des Archives, la nouvelle salle de concert de la Cité de la Musique ou la rénovation du Grand Palais sont en revanche des «projets à forte unité». Pour le Grand Palais, un appel d’offres européen, en 2003, pour désigner un exploitant en délégation de service public illustre la volonté de faire intervenir des entreprises privées pour soulager le budget du ministère. Dans la même optique, le régime des fondations et du mécénat devrait être prochainement amélioré. L’autonomie accrue des musées ? C’est un objectif déclaré du ministre, qui a fait la liste des salles fermées au Louvre (27 %), à Versailles (45 %), à Guimet (50 %). Cette autonomie, «qui n’est pas indépendance», passe, autant que possible, par la transformation en établissement public. Celle du musée d’Orsay sera engagée dès la rentrée.


 Rafael Pic
05.07.2002