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Patrimoine

Renaissance d'un joyau

Le Parlement de Bretagne, dont les travaux de restauration touchent à leur fin, rouvre au public la Grand'Chambre.

Le Parlement de Bretagne, un palais au coeur de Rennes partiellement détruit par un incendie en février 1994, parachève sa renaissance et exhibe à nouveau son joyau, la Grand'Chambre, qui a recouvré l'éclat de ses boiseries et peintures.
La cour d'appel, maître des lieux, a choisi le week-end du 14 juillet pour rouvrir au public cette salle imposante, dont le plafond demeure le plus bel exemple de grand décor à la française de la deuxième moitié du XVIIe siècle.
La Grand'Chambre est la dernière des salles dites lambrissées à avoir été restaurée. D'ultimes travaux opérés sur la vaste «salle des pas perdus» constitueront un épilogue à la résurrection de l'édifice, qui devrait être totalement rénové en février 2004.
Anticipant la fin des opérations de restauration, la cour d'appel a choisi il y a deux ans d'organiser, tous les week-ends de juillet et août, des «journées découvertes» où le visiteur peut musarder, sans guide, dans les plus belles pièces du monument.
Après la salle des assises, l'ancienne chancellerie, la Grand'Chambre s'offre à lui, avec ses compositions ornementales en camaïeu de bleu ou d'or et ses tentures aux tons rouges.
Dans cette salle aujourd'hui dédiée aux audiences solennelles, où les élus bretons ont siégé de 1655 à la Révolution - avec une interruption entre 1675 et 1689 -, le regard est capté par neuf tableaux encastrés dans le plafond.
La réalisation du décor fut confiée à l'artiste parisien Charles Errard. Mais c'est son élève Noël Coypel qui a peint les toiles en 1661, épousant parfaitement l'esprit du lieu pour donner vie à La Bretagne protégeant l'Innocence, La Sagesse chassant la Calomnie ou encore La Justice arrachant son masque à La Fraude.

«Cicatrice»

L'ensemble a retrouvé son lustre d'antan. A un endroit toutefois, l'équipe de restaurateurs, pilotée par l'architecte en chef des monuments historiques Alain-Charles Perrot, a conservé l'aspect craquelé et calciné du bois sous l'effet du feu.
«Ils ont voulu garder une trace de l'incendie, comme une cicatrice», explique à l'AFP Alain Prédour, chargé de communication à la cour d'appel.
C'est que l'incendie de ce lieu mythique des «libertés bretonnes» avait provoqué un traumatisme auprès de la population locale. La solidarité s'était organisée dès la nuit du 4 au 5 août 1994, où le bâtiment avait brûlé à l'issue d'une violente manifestation de marins-pêcheurs.
Financés à la mesure de l'émotion, donc à grands frais - 60 millions d'euros selon une estimation établie en 2000 -, par deux ministères (Justice et Culture) et une association regroupant collectivités et médias locaux, les travaux de reconstruction ont été rapidement engagés. Et la cour d'appel a pu réintégrer le bâtiment dès octobre 1999, dans des locaux plus spacieux et modernisés.
La restauration des oeuvres et des décors a demandé beaucoup plus de temps. Gonflées par l'eau utilisée pour combattre le feu quand elles n'étaient pas réduites à l'état de serpillières, les toiles ont dû être décrochées, alors que les plafonds ont été «travaillés» sur place. Les tableaux de la Grand'Chambre ont nécessité 15 mois de travaux au cours desquels la couche picturale a été refixée écaille par écaille.
Cette salle réapparaît aujourd'hui dans toute sa majesté. Il lui manquera toutefois à jamais cinq tapisseries de la fin du XIXe siècle qui - ironie du sort - ont accidentellement brûlé en 1997 dans l'atelier de restauration des Hauts-de-Seine où elles devaient être restaurées.

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  AFP
17.07.2002