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Marché

Pluie d’expressionnistes

Pour sa vente d’art allemand et autrichien, Sotheby’s propose cet automne une collection familiale méconnue et estimée à 13,5 M £.


August Macke, Deux femmes devant
la vitrine d’un chapelier
, 1912,
huile sur carton, 73 x 52 cm.
© Sotheby’s.
LONDRES. Alors que Christie’s a annoncé sa décision de coupler sa vente germanique avec les enchères impressionnistes et modernes londoniennes du mois de février, Sotheby’s persiste et signe. À peine plus d’un an après l’établissement du record pour une œuvre germanique avec l’Autoportrait au cor de Max Beckmann, adjugé 22,6 M $ à New York, l’auctioneer disperse un gigantesque ensemble. Les huit cents lots mis en vente par les héritiers de la famille Beck, trop nombreux pour arriver à trouver un arrangement, constituent la majeure partie de cette collection longtemps restée dans l’ombre. «Elle n’était pas connue en tant que telle», précise Emmanuel di Donna, l’un des experts chargés de la vente. «Seules certaines œuvres avaient été exposées et toujours dans des expositions un peu obscures, en Allemagne».

Deux hommes pour une collection
L’histoire de cette collection remonte au tout début du XXe siècle. Paul Beck (1887-1949), un homme d’affaires de Stuttgart spécialisé dans le commerce de systèmes de chauffage, commence à réunir des œuvres d’art, avec un intérêt particulier pour ses contemporains, ceux-là même qu’il rencontre par le biais de ses marchands : Käthe Kollwitz, Willi Baumeister ou Oskar Schlemmer. Plus tard, son fils Helmut reprend le flambeau familial. La collection expressionniste est complétée par des objets africains et des pièces d’Ernst Wilhelm Nay, Alfred Kubin ou de Wassily Kandinsky, qu’Helmut Beck fréquente à Paris pour sélectionner ses futures acquisitions dans l’atelier de l’artiste…

Macke en vedette
Les lots sont répartis en quatre sessions, la plus prestigieuse étant celle du 8 octobre où figurent les «joyaux» de la collection. Y sont réunies une quarantaine d’œuvres comme le Châle bleu de Jawlensky (800 000 £) ou le Triangle noir, une aquarelle très représentative du travail de Kandinsky pendant sa période Bauhaus (500 000 £), «l’une des plus belles à passer sur le marché depuis longtemps», selon Emmanuel di Donna. Le catalogue renferme également deux peintures de Macke, Deux Femmes devant la vitrine d’un chapelier et Coucher de soleil après la pluie (1,5 million £, chacune), qui appartiennent à des séries bien connues : celle des vitrines, débutée en Suisse en 1913, et celle des couchers de soleil, la dernière de l’artiste. Ce membre du Blaue Reiter devait en effet être fauché par la guerre, l’année suivante, à l’âge de 27 ans. Ses huiles relativement rares sur le marché pourraient dépasser largement les estimations…


 Zoé Blumenfeld
09.10.2002